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Sahara occidental : Guterres rappelle que l’autodétermination reste inaliénable

Le Conseil de sécurité n’a pas renouvelé le mandat de la mission onusienne au Sahara occidental, mais le secrétaire général de l’ONU affirme que cela ne change rien au droit des Sahraouis.

Le mandat de la MINURSO n’a pas été renouvelé, mais le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination demeure intact. C’est le message adressé dimanche par le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, au lendemain de l’expiration, le 31 octobre, du mandat de la mission, faute pour le Conseil de sécurité d’avoir adopté l’un des deux projets de résolution présentés vendredi par les États-Unis et la Russie.

Par la voix de son porte-parole, Stéphane Dujarric, le chef de l’ONU a voulu couper court à toute lecture qui ferait d’un vide institutionnel un vide juridique. « La MINURSO a été créée pour protéger et servir le peuple du Sahara occidental, et en particulier pour lui permettre d’exercer son droit inaliénable à l’autodétermination », a rappelé M. Dujarric dans un communiqué. L’échec du Conseil de sécurité à se prononcer sur l’avenir de la mission « n’annule pas ces droits inaliénables », a-t-il précisé. Antonio Guterres appelle toutes les parties à « respecter et promouvoir les droits du peuple du Sahara occidental » et réaffirme l’engagement de l’ONU à les soutenir pour « parvenir à une solution politique juste, durable et acceptable qui garantisse le droit du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination ». Les Nations unies restent prêtes à appuyer le dialogue par l’intermédiaire de l’Envoyé personnel, Staffan de Mistura.

Alger dénonce un texte qui rendait l’impasse inéluctable

L’Algérie avait regretté profondément, samedi, le non-renouvellement du mandat. Dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères, Alger estime que « l’excessive partialité du projet de résolution soumis au Conseil de sécurité a rendu cette issue inéluctable ». Le texte, poursuit le communiqué, « penchait avec une telle outrance en faveur d’une partie, le Royaume du Maroc, au détriment de l’autre, le Front Polisario, qu’il ne pouvait prétendre sérieusement servir de base à une solution juste et durable ».

La diplomatie algérienne rappelle avoir alerté en amont. Avant même le vote, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, avait adressé des lettres officielles aux membres du Conseil pour les mettre en garde contre une résolution dont l’orientation « tend à consacrer un fait accompli territorial et à légitimer une situation d’occupation ». Selon le communiqué, la version finale « vidait le droit à l’autodétermination de sa substance » en retenant le plan d’autonomie marocain comme unique base de négociation, tandis que la suppression de la lettre R, celle du référendum, dans l’acronyme de la mission constituait « un signal politique préoccupant ». Le projet privait en outre le Front Polisario, représentant exclusif et légitime du peuple sahraoui, de la possibilité de soumettre ses propres idées. Pour Alger, « ce projet dénaturait un processus de décolonisation, il légitimait l’acquisition d’un territoire par la force ».

Le Polisario met en garde l’occupant

Du côté sahraoui, le Front Polisario a pris acte de l’incapacité du Conseil à adopter un texte et en impute la cause au projet américain, qui reprenait les positions du Maroc et de la diplomatie américaine avec l’appui d’un groupe restreint d’États. Dans son communiqué, le représentant légitime du peuple sahraoui exprime son soulagement. « S’il avait été adopté, ce projet de résolution aurait gravement sapé les fondements du processus de paix mené par l’ONU au Sahara occidental et constitué un précédent dangereux, aux conséquences déstabilisatrices pour la paix et la sécurité régionales et internationales », écrit-il. Il dit sa profonde gratitude à la Fédération de Russie pour sa position de principe, salue l’abstention de la Chine, du Pakistan et de la Somalie, et exprime sa reconnaissance à « l’Algérie sœur » ainsi qu’aux pays alliés et amis.

Le Front rappelle que la MINURSO a été instituée par la résolution 690 de 1991 et déployée avec l’accord des deux parties dans le cadre du Plan de règlement ONU-OUA. Dès lors, « toute tentative de s’écarter unilatéralement de ce cadre accepté par les deux parties et de modifier le mandat de la mission pour l’aligner sur la position de l’État d’occupation marocain est totalement rejetée ». Il dénonce la présentation déformée que Rabat fait des délibérations et tient l’occupant pour « pleinement responsable » des conséquences graves de toute initiative menaçant le processus de paix. Le Polisario réitère son engagement à coopérer avec le secrétaire général et le Conseil en vue d’une solution juste, durable et définitive à la décolonisation du Sahara occidental, « dernière colonie d’Afrique », et rappelle avoir remis une proposition élargie à Antonio Guterres le 20 octobre 2025.

Un tournant politique majeur

Interrogés par l’APS, des analystes voient dans le rejet du texte, après le recours de Moscou à son droit de veto, un moment charnière. Pour Ahmed Mizab, spécialiste des questions politiques et expert en géopolitique et en sécurité, la séance de vendredi n’a pas été une simple confrontation diplomatique mais « un tournant politique majeur ». Elle a, dit-il, « replacé la question dans son contexte naturel, en tant que question de droits d’un peuple et de son droit à l’autodétermination ». Le veto russe, ajoute-t-il, « a véhiculé un message politique clair », puisque « la question relève, dans ses fondements de référence, du processus de décolonisation ».

L’universitaire Redouane Bouhidel, chercheur en sciences politiques et relations internationales, parle d’« un échec retentissant de la diplomatie marocaine » et de ce qui est présenté comme le plan de « soi-disant autonomie », « mis en échec par le veto russe, ramenant ainsi la question à son point de départ, à savoir la légalité internationale dans le cadre du référendum ». Il appelle à « réfléchir désormais à des solutions politiques réalistes garantissant le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination ». Idriss Attia, enseignant en sciences politiques et relations internationales, note de son côté que le projet visait à « supprimer toute référence au référendum ou à l’autodétermination », ce qui revenait à redéfinir le cadre juridique, institutionnel et politique du dossier. La Russie, souligne-t-il, a défendu ce principe en rappelant que la question ne peut être tranchée d’avance sur la base d’une vision unilatérale, sans l’accord du Front Polisario et du Maroc.

Un retour aux armes redouté

Dans deux contributions publiées sur TSA, l’ancien ambassadeur Amar Belani désigne pour sa part l’administration américaine comme première responsable du blocage. « Washington a sacrifié le compromis onusien aux exigences marocaines », écrit-il. En abusant de sa position de porte-plume, estime-t-il, elle a écarté plusieurs amendements et verrouillé toute possibilité de compromis. Il y voit la volonté de marginaliser la MINURSO, devenue « un témoin institutionnel gênant d’un conflit de décolonisation toujours irrésolu », et de glisser vers une problématique de réfugiés pour « consacrer un fait accompli colonial ».

Face à l’attitude de Rabat, Amar Belani décrit une stratégie à haut risque. Le Maroc entend tirer parti de la non-reconduction de la mission pour imposer de nouveaux paramètres, comme l’a laissé entendre le ministre Nasser Bourita sur 2M le 31 octobre, en présentant l’autonomie sous souveraineté marocaine comme seul cadre de négociation et en annonçant sa volonté de redéfinir le rôle de l’Envoyé personnel. « Excusez du peu ! », ironise l’ancien diplomate, pour qui « Rabat joue avec le feu » et « risque de provoquer une réaction dont il ne mesure pas la portée ». Il avertit que le verrouillage de la voie diplomatique « ouvre immanquablement la voie de la reprise de la guerre qui risque de s’imposer comme une option incontournable, si aucune garantie internationale robuste ne prend le relais ».

Lyes Saïdi

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