Ahmed Attaf à N’Djamena : L’Algérie consolide sa projection dans le Sahel
Envoyé spécial du président Tebboune, le ministre d’État Ahmed Attaf a été reçu mardi par le maréchal Mahamat Idriss Déby Itno. Sa visite prolonge une année de rapprochement concret entre Alger et N’Djamena, de l’énergie au transport aérien, et s’inscrit dans l’engagement algérien en faveur de la stabilité du Sahel par la coopération économique.
Porteur d’un message du président Abdelmadjid Tebboune, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a été reçu mardi à N’Djamena par le maréchal Mahamat Idriss Déby Itno. Le chef de la diplomatie algérienne a remis au président tchadien une lettre du président Tebboune et fait part de la satisfaction d’Alger face à la dynamique que connaissent les relations bilatérales « dans tous les domaines ». Selon le communiqué du ministère, M. Attaf s’est rendu au Tchad pour « renforcer la dynamique » des relations entre les deux pays et assurer la concertation sur les défis régionaux et continentaux. L’entretien a aussi permis de réaffirmer « l’engagement de l’Algérie en faveur de la stabilité du Sahel » et sa disponibilité à œuvrer avec les États de la région à l’instauration de la sécurité.
Ce déplacement couronne une année d’actes plus que de discours. En janvier, l’Algérie était l’invitée d’honneur du salon SEMICA à N’Djamena, où Sonatrach a signé un mémorandum avec la Société des hydrocarbures du Tchad. Quatre mois plus tard, en avril, le maréchal Déby a effectué une visite officielle à Alger du 22 au 24, et une trentaine d’accords ont été paraphés, dont un projet de raffinerie pouvant produire jusqu’à 20 000 barils par jour. Le président Tebboune y voit un pas vers « un partenariat stratégique intégré ». La suite n’a pas tardé. Le 20 mai, Sonatrach annonçait la première livraison de GPL vers le marché tchadien, dans le cadre d’un accord conclu avec la société Gazcom. Des experts algériens ont aussi étudié l’installation d’une centrale électrique dans la capitale tchadienne et exploré le marché de la viande rouge, tandis que plus de 150 bourses d’études ont été offertes à des étudiants tchadiens pour 2026.
Le ciel a suivi le mouvement. Depuis le 21 octobre 2025, Air Algérie relie Alger à N’Djamena via Douala, avec deux vols par semaine, une ligne que le Président Tebboune avait réclamée en personne à l’ouverture de la Foire commerciale intra africaine, en septembre 2025. Elle raccourcit les trajets et allège les coûts pour les opérateurs algériens désireux de prospecter le marché tchadien.
Plus largement, N’Djamena s’insère dans la démarche d’une Algérie qui mise sur l’économie pour consolider la sécurité de ses frontières méridionales. Avec le Niger, la page de la brouille s’est tournée en février, avec le retour des ambassadeurs le 12 puis la visite du général Tiani à Alger les 15 et 16. Le gazoduc transsaharien, long de 4 128 kilomètres dont 841 en territoire nigérien, a été relancé, et son tronçon algérien a été lancé à Aoulef, pour un coût estimé à quelque 13 milliards de dollars. « Nous sommes dans la même tranchée », avait affirmé le président Tebboune à propos de la lutte contre le terrorisme. Le dégel a également gagné le Mali, avec la reprise des relations diplomatiques cet été.
Reste la route transsaharienne, appelée à relier l’Algérie au Nigeria en passant par le Niger et le Tchad. Entre l’énergie, l’avion et le bitume, Alger tisse patiemment un corridor d’intérêts partagés, et la visite de M. Attaf s’inscrit dans cette vision globale. Salim Amokrane

