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Gara Djebilet, un projet structurant pour lancer une nouvelle dynamique économique

Par Abderrahmane Mebtoul

Professeur des universités, experts international et ancien directeur des études à la Sonatrach et au ministère de l’Énergie

Étant actuellement à l’étranger, je constate que des débats tronqués sur la rentabilité du fer de Gara Djebilet se multiplient sur plusieurs sites, souvent sans analyses sérieuses. L’objectif semble être de porter une vision négative sur la rentabilité de ce projet, en se limitant à la question de la commercialisation à l’état brut, dénaturant ainsi l’objectif stratégique de cette initiative et semant le doute auprès de la population algérienne. Dans le prolongement de mes différentes interventions, ayant été directeur d’études aux ministères de l’Industrie et de l’Énergie de 1974 à 2017 et connaissant parfaitement ce dossier de 1974 à 2016 (voir www.google.com – 2008-2015/2020-2025), cette très brève contribution vise à éclairer l’opinion publique.

Élément chimique utilisé depuis la préhistoire, le fer compose 5% de la croûte terrestre. Les alliages contenant du fer sont utiles dans l’alimentation et les médicaments, mais surtout pour la fonte et l’ensemble des produits de la sidérurgie. Environ 98% du fer est destiné à la production d’acier, dont 70% à partir de matières premières brutes et 30% à partir de ferraille. Sous réserve de descendre en aval de la filière, l’exploitation du fer de Gara Djebilet, l’un des plus grands gisements au niveau mondial, constitue un projet dynamisant et structurant pour l’économie. Le gisement de Gara Djebilet est classé deuxième au niveau mondial en termes de réserves, avec 3,5 milliards de tonnes dont 1,7 milliard exploitable avec une teneur élevée de 58,67%, derrière l’Australie (5,1 milliards de tonnes) et devant le Brésil (3,4 milliards de tonnes), la Russie (2,9 milliards de tonnes) et la Chine (2 milliards de tonnes). La découverte du gisement de Gara Djebilet remonte aux années 1950, avec les études du Bureau de recherche minière en Algérie en 1953, du Bureau d’investissement en Afrique en 1959, du Service d’études et recherches minières en 1961, jusqu’aux premières tentatives de développement expérimental du site avec l’entrée en scène de la Sonarem après la nationalisation des mines. La mine de fer de Gara Djebilet est composée de trois zones d’exploitation : Gara Djebilet-Ouest, Gara Djebilet-Centre et Gara Djebilet-Est. Le lancement du projet est tributaire de la disponibilité de quantités suffisantes d’eau dans la région, des infrastructures ferroviaires et énergétiques, notamment de la réalisation de la ligne ferroviaire reliant Béchar à Tindouf (950 km), désormais terminée, ainsi que de la modernisation de la ligne Béchar-Oran d’une longueur de 648 km, soit au total Tindouf-Béchar-Oran 1 598 km, voire davantage si l’on doit acheminer le minerai vers Jijel et Annaba, afin de transporter le minerai de fer vers les sites de transformation et d’exploitation au nord du pays.

La minimisation des coûts d’exploitation et de transport est fondamentale pour déterminer la rentabilité du projet, ainsi que la résolution notamment de la teneur du minerai en phosphore et en arsenic, en parvenant à réduire le taux de phosphore dans le fer pour le porter de 0,8% à 0,03%. Il faudra également tenir compte de l’évolution du prix au niveau international, des coûts liés à la protection de l’environnement, d’une formation pointue (l’université de Béchar devant être associée) et du retrait de la part du partenaire étranger. Le 9 mai 2022, le ministre des Mines (source APS) avait annoncé officiellement que la réalisation du projet de Gara Djebilet nécessitera plusieurs installations, pour un coût variant entre 1 et 1,5 milliard de dollars par an sur une période allant de 8 à 10 ans, donnant un total entre 12 et 15 milliards de dollars, avec un retour sur capital entre 7 et 8 ans, donc vers 2033-2034. Cela n’est pas propre à ce projet : après le début d’exploitation en T0, la rentabilité d’une PMI/PME, sous réserve de la levée des contraintes bureaucratiques, se situe entre 3 et 4 ans, et pour les projets capitalistiques entre 7 et 8 ans. Ainsi, les objectifs de ce projet, selon le ministère de l’Énergie et des Mines, avec plusieurs phases prévoyant 40 à 50 millions de tonnes entre 2026 et 2030, et davantage entre 2030 et 2040, consistent à économiser deux milliards de dollars en intrants, à exporter et à favoriser l’intégration de l’économie algérienne. Mais cela suppose un partenariat gagnant-gagnant et de descendre en aval de la filière pour la production de produits à forte valeur ajoutée, dont les aciers spéciaux. Dans le cadre de l’approche intégrée pour l’exploitation du gisement, celui-ci devait être renforcé par un complexe sidérurgique dans la wilaya de Béchar, via un investissement d’un milliard de dollars, spécialisé dans la production de rails et de profilés en acier. Cette usine compte également plusieurs unités de traitement et de transformation du fer, ainsi que de fabrication de wagons pour le transport du minerai de fer de Gara Djebilet vers Béchar et le complexe sidérurgique de Bethioua (Oran).

En conclusion, l’Algérie a besoin non pas de polémiques s’apparentant à de la propagande, mais de débats contradictoires productifs, loin de tout dénigrement. Le commerce du fer à l’état brut apporte peu de valeur ajoutée — ce n’est pas du pétrole, mais un profit tout juste moyen — et c’est pourquoi le président de la République a officiellement ordonné au gouvernement, dans plusieurs conseils des ministres, de ne pas exporter le fer à l’état brut, ce qui couvrirait à peine les coûts, mais de le valoriser en aval. C’est l’objectif de la mise en exploitation de ce projet pour qu’il ait une rentabilité réelle. Aussi, sous réserve de sa valorisation en aval, de l’utilisation d’une énergie mixte combinant majoritairement énergies renouvelables et accessoirement gaz naturel, et de l’utilisation de techniques économisant l’eau, ce projet constitue l’un des plus importants projets structurants sur lesquels mise l’Algérie pour impulser une nouvelle dynamique à son économie (intégration économique et économie de devises), créer des milliers d’emplois directs et surtout indirects, et dynamiser les exportations hors hydrocarbures de produits à forte valeur ajoutée en direction de l’Afrique et de l’Europe, espace économique naturel de l’Algérie.

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