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Projets pétrochimiques, hélium et développement minier : Tebboune fixe le cap

Pétrochimie souveraine, chaîne phosphate, et hélium, le Conseil des ministres tenu dimanche dessine une feuille de route destiné à accélérer la mise en œuvre d’une stratégie destinée à permettre à l’Algérie de rejoindre le club des pays émergents.

Le président Tebboune a présidé ce dimanche un Conseil des ministres dense, centré sur quatre dossiers : la stratégie nationale pour la pétrochimie, l’avancement du complexe minier de Blad El-Hadba et de l’extension du port d’Annaba, la gestion de l’eau par la Société algérienne des eaux, et les importations d’ovins avant l’Aïd el-Adha. `

Le dossier de fond du Conseil est celui de la pétrochimie. Le communiqué officiel précise que le président a ordonné « d’accélérer l’exploitation des immenses potentialités dont dispose l’Algérie pour la production de matières premières utilisées dans la fabrication du plastique, ce qui permettra de réduire les importations ». Il a également demandé de « redoubler d’efforts dans le domaine de la pétrochimie afin de créer un tissu industriel intégré, à la hauteur de l’expérience algérienne en matière d’hydrocarbures ».

Les chantiers existent. Sonatrach porte actuellement trois complexes en construction : le STEP/PDH-PP d’Arzew, évalué à 1,5 milliard de dollars, destiné à produire 550 000 tonnes annuelles de polypropylène ; le complexe MTBE d’Arzew — additif pour l’essence entièrement importé à ce jour, dont la progression atteignait 86 % en février 2026 pour une mise en service projetée en juin — ; et le complexe LAB de Skikda, orienté vers la production de linéaire alkylbenzène pour l’industrie des détergents. Le groupe consacre 13 % de ses investissements à l’horizon 2030 au raffinage et à la pétrochimie. Et Tebboune veut accélérer la cadence.

Le président de la République a aussi ordonné que la société Fertial bénéficie « exclusivement, dans un premier temps, de l’exploitation du phosphate concentré, en tant que composante du tissu industriel du secteur des mines ». La logique est directe : ne pas exporter la roche brute, capter la valeur ajoutée sur place.

L’ambition de l’hélium

Sur l’hélium, Tebboune a fixé un cap ambitieux en affirmant que « l’objectif suprême est que l’Algérie figure en tête des pays producteurs de ces matières, à commencer par l’hélium ». Le positionnement n’est pas fantaisiste. Le pays produit actuellement quelque 11 millions de mètres cubes par an et détient les troisièmes réserves mondiales — plus de 8 milliards de mètres cubes, soit près de 17 % du total mondial. Dans le contexte actuel, où les tensions au Moyen-Orient perturbent les exportations qataries — le Qatar couvre environ un tiers de la production mondiale — et où la désorganisation des routes maritimes renchérit ce gaz rare sur tous les marchés, la carte algérienne de l’hélium pèse lourd. Ce gaz est indispensable à la fabrication des semi-conducteurs, au refroidissement des IRM médicaux et aux applications aérospatiales. Sa raréfaction mondiale crée une fenêtre que l’Algérie entend ne pas laisser se refermer.

Ligne minière Est : l’impératif des délais

Le deuxième dossier industriel du Conseil porte sur deux chantiers liés : l’extension du port d’Annaba avec un quai minier dédié, et la ligne ferroviaire Blad El Hadba–Oued Kebrit–port d’Annaba. Ces infrastructures ne sont pas des projets isolés. Elles forment la colonne vertébrale logistique qui doit permettre d’acheminer le phosphate de Tébessa vers la côte, de le traiter via Fertial, puis de l’exporter sous forme transformée plutôt que brute. Sans le chemin de fer et sans le quai, la chaîne reste incomplète. Le président a salué les équipes en chantier — chargeant le ministre des Travaux publics de leur transmettre « ses salutations et ses encouragements » — tout en maintenant une pression nette sur les délais : « efficacité et rapidité maximale et continue jusqu’à la concrétisation totale de ces projets », avec instruction de « mobiliser toutes les capacités disponibles » pour « entamer la production dans les meilleurs délais ». 20:12Claude responded: Le Président a par ailleurs insisté sur l’impératif d’efficacité et de célérité maximales et soutenues, jusqu’à la concrétisation pleine et entière de ces proj…Le Président a par ailleurs « insisté sur l’impératif d’efficacité et de célérité maximales et soutenues, jusqu’à la concrétisation pleine et entière de ces projets, lesquels contribueront à faire entrer l’Algérie dans une ère nouvelle, en tant que pays émergent doté d’une économie diversifiée », souligne le communiqué. La formule est ferme. Le calendrier reste à tenir.

Ces projets s’inscrivent dans la stratégie d’émergence portée par Tebboune, qui vise un PIB de 400 milliards de dollars d’ici fin 2027. L’exploitation du phosphate de Tébessa, celle du fer de Gara Djebilet, et les complexes pétrochimiques d’Arzew et de Skikda sont les piliers concrets de cette ambition. Le pari tient à une condition : que les délais de réalisation ne dérapent pas.

L’eau : un dossier  devenu priorité de gouvernance

Vient ensuite la gestion de l’eau — sujet moins spectaculaire que la pétrochimie, mais dont l’impact quotidien sur les citoyens est immédiat. Le président a chargé le ministre de tutelle de « réviser le plan de gestion et de distribution de l’eau de façon plus organisée et efficace », en insistant sur la lutte contre « le phénomène de déperdition de l’eau à travers les réseaux de distribution, eu égard aux pertes considérables enregistrées ». Il a demandé « l’implication des différents secteurs concernés dans le système de gestion de l’eau » afin de résoudre les problèmes qui freinent « la gestion optimale de cette ressource vitale ».

Il a enfin ordonné de « revoir le mode de gestion de la Société algérienne des eaux et de la moderniser selon une logique d’efficience, notamment dans les communes qui ne disposent pas d’agences représentatives de l’ADE mais qui ont des châteaux d’eau et des sources ». Ce dernier point pointe une réalité concrète : des localités disposent de ressources en eau sans avoir les structures administratives pour les gérer correctement, laissant les habitants avec des approvisionnements intermittents malgré un potentiel local réel. Des taux de pertes dépassant les 40 % dans certaines wilayas, des coupures récurrentes, un réseau de distribution vieillissant — le dossier remonte au Conseil des ministres parce que la pression sociale est réelle.

Moutons de l’Aïd : abattage des femelles interdit

Le dernier point du Conseil paraît plus conjoncturel. Il ne l’est pas tout à fait. L’approvisionnement en ovins pour l’Aïd el-Adha est chaque année un test. Le ministre de l’Agriculture a confirmé devant le Conseil « son engagement à réussir l’opération d’importation et de distribution d’un million de têtes ovines 48 heures avant l’Aïd ». Tebboune a maintenu la pression en demandant de veiller « avec plus de rigueur et à un rythme plus élevé à la réussite de l’opération ».

Il a pris une mesure qui sort du registre habituel de ce type d’annonce : interdire « d’abattre les femelles ovines importées de force » et les orienter vers l’élevage dans des espaces dédiés, « afin de préserver ce cheptel ». C’est une décision de moyen terme glissée dans un arbitrage de court terme : si l’on importe à grande échelle, autant ne pas sacrifier les reproductrices et commencer à reconstituer un cheptel national.

Ce Conseil des ministres a produit des instructions précises, assorties de dates : complexe MTBE opérationnel en juin, ovins distribués 48 heures avant l’Aïd, accélération immédiate sur blad El Hadba. C’est un mode de gouvernance par l’objectif chiffré, qui évite le flou des orientations générales mais expose aussi le gouvernement à des vérifications concrètes.

Amar Malki

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