Relance de la coopération algéro-nigérienne : Du discours aux actes concrets !
Le Premier ministre Sifi Ghrieb a présidé, jeudi à Alger, une réunion interministérielle consacrée au suivi de la mise en œuvre des résultats de la visite effectuée en Algérie, les 15 et 16 février, par le président nigérien, le Général d’Armée Abdourahmane Tiani, mobilisant une dizaine de ministres autour des grands chantiers de coopération bilatérale, a indiqué un communiqué des services du Premier ministre.
Cette réunion de haut niveau, convoquée « en application des instructions du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, relatives au suivi de la mise en œuvre des résultats de la visite effectuée, en Algérie les 15 et 16 février 2026, par le Général d’Armée Abdourahmane Tiani, président de la République du Niger », traduit la volonté d’Alger d’imprimer un rythme soutenu à la concrétisation des engagements pris au sommet. Le communiqué précise que la rencontre a été « consacrée à l’examen de l’état et des perspectives des relations algéro-nigériennes, notamment dans les domaines de l’énergie, des infrastructures, de l’industrie, de la santé, du commerce et de la formation, ainsi que des moyens de concrétisation des différents projets bilatéraux et des activités de coopération et de solidarité convenus par les deux parties lors de cette visite présidentielle ». L’ampleur du dispositif ministériel mobilisé témoigne de la dimension stratégique que revêt ce partenariat. Selon le communiqué, « ont assisté à cette réunion le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures et des Mines, le ministre des Finances, le ministre de la Santé, le ministre de l’Industrie, le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, le ministre de la Poste et des Télécommunications, la ministre de la Formation et de l’Enseignement professionnels, le ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base, le Secrétaire général du ministère de la Défense nationale et le Directeur général de l’Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement ».
Une visite couronnée par des objectifs ambitieux
La réunion interministérielle intervient trois jours seulement après la visite de fraternité et de travail du Général Tiani à Alger, à l’invitation du président Tebboune. Ce sommet, qui avait été couronné par un communiqué conjoint, avait permis aux deux chefs d’État de réaffirmer « leur attachement aux principes fondateurs de leurs relations, à savoir le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de chaque État, la non-ingérence dans les affaires intérieures et la solidarité effective face aux menaces communes ». Les deux dirigeants avaient également exprimé « leur conviction que l’avenir du Sahel sera construit par les pays de la région eux-mêmes, à travers des solutions locales et inclusives », tout en réitérant « leur rejet de toute ingérence étrangère dans les affaires du continent ». La visite avait symbolisé, selon le communiqué conjoint, « la volonté commune des deux présidents de surmonter les difficultés conjoncturelles afin de préserver l’exemplarité de leurs relations et de faire face ensemble aux défis régionaux ». Cette formulation fait écho à la crise diplomatique d’avril 2025, déclenchée par l’incident du drone malien abattu par l’Armée nationale populaire après avoir violé l’espace aérien algérien, et qui avait conduit le Niger, membre de l’Alliance des États du Sahel, à rappeler son ambassadeur à Alger. Une crise vite dépassée avec Niamey au regard des enjeux politiques, économiques et sécuritaires en place. Ainsi, face à la persistance des menaces sécuritaires, les deux parties étaient convenues, lors du sommet, « de réactiver immédiatement les mécanismes algéro-nigériens concernés afin de renforcer le contrôle des frontières et de coordonner les stratégies de lutte contre le terrorisme et les fléaux y afférents ».
Des projets structurants sur les rails
Sur le plan économique, le sommet Tebboune-Tiani avait débouché sur des engagements concrets de première importance. Les deux présidents étaient convenus « d’accélérer le parachèvement du projet de la route transsaharienne et d’autres projets structurants reliant les deux pays, en particulier le projet de la dorsale transsaharienne à fibre optique et le projet de gazoduc transsaharien ». Sur ce dernier dossier, le président Tebboune avait annoncé, lors d’une conférence de presse conjointe, le lancement imminent du tronçon nigérien du gazoduc transsaharien, déclarant : « Nous avons convenu du lancement du projet de réalisation du tronçon du gazoduc transsaharien traversant le Niger, pays frère, juste après le mois de Ramadhan. » Il avait précisé que « Sonatrach prendra les choses en main et entamera l’installation du pipeline traversant le Niger ». Ce mégaprojet de plus de 4 128 kilomètres, d’une capacité prévue de 30 milliards de mètres cubes par an et d’un coût estimé à plus de 10 milliards de dollars, doit relier les champs gaziers du sud du Nigeria au hub de Hassi R’Mel, positionnant l’Algérie comme pivot énergétique entre l’Afrique et l’Europe. Les deux dirigeants s’étaient également engagés à faciliter les échanges commerciaux par « la simplification des procédures douanières et administratives, la création de marchés frontaliers organisés » et « le lancement d’une étude conjointe sur la possibilité de créer une zone de coopération frontalière intégrée ». Par ailleurs, une réunion de la Haute Commission mixte algéro-nigérienne est prévue à Niamey avant la fin du premier semestre 2026, tandis que le président Tiani a invité le président Tebboune à effectuer une visite d’État au Niger, « invitation que ce dernier a acceptée avec plaisir, la date devant être fixée par voies diplomatiques ». Avec cette réunion interministérielle dans un délai aussi court après le sommet, Alger envoie un signal clair : la coopération algéro-nigérienne est désormais entrée dans une phase opérationnelle, portée par une volonté politique au plus haut niveau de passer du discours aux actes.
Salim Amokrane

