Sahara occidental : Attaf remet les pendules à l’heure
Ahmed Attaf a choisi la Journée de l’Afrique pour dire clairement ce que l’Algérie pense des négociations entre le Maroc et le Front Polisario — et, accessoirement, pour recadrer Rabat sur plusieurs points.
Le chef de la diplomatie algérienne s’exprimait dimanche au siège de son ministère à Alger et a répondu, sans les nommer, aux manœuvres marocaines qui tentaient depuis des mois de brouiller les lignes. Il a ainsi souligné que l’Algérie n’a pas changé de cap, et l’actualité lui donne raison. Le processus de négociation directe entre Rabat et le Polisario, lancé en début d’année sous patronage onusien et américain, est exactement ce qu’Alger réclamait depuis cinquante ans. Attaf l’a dit avec une satisfaction mesurée : les développements récents confirment «la pertinence des revendications et des efforts déployés au cours des cinq dernières décennies» par l’Algérie. Le deuxième message s’adresse plus directement à Rabat. Le Maroc n’a jamais caché son souhait de voir l’Algérie assise à la table des négociations comme partie au conflit — une façon de diluer sa propre responsabilité et de transformer un différend de décolonisation en querelle régionale entre voisins. Attaf a fermé cette porte : l’Algérie participe au processus «en tant que pays voisin» et «observatrice», au même titre que la Mauritanie. Ni plus, ni moins. Ce statut n’est pas une posture défensive — c’est une ligne juridique et politique tenue depuis des décennies.
Enfin Alger veut une issue, mais pas n’importe laquelle. Le ministre a évoqué l’espoir d’une solution qui garantisse au peuple sahraoui son droit à l’autodétermination, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité, la dernière en date étant la résolution 2797. Autrement dit : un référendum, pas un plan d’autonomie sous souveraineté marocaine. La distinction est fondamentale, et Attaf l’a posée sans détour.
Salim Amokrane

