La nationalisation, « un acte fondateur souverain »
À la veille du 24 février, date anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures proclamée en 1971 par le président Houari Boumediene, les responsables du secteur énergétique ont tenu à rappeler la portée fondatrice de cette décision. Sofiane Oufa, directeur de la coopération et des relations internationales au ministère des Hydrocarbures et des Mines, invité lundi du Forum de la Radio algérienne, a offert une lecture à la fois historique et prospective d’un acte dont les effets continuent, selon lui, de structurer l’économie nationale. Pour Sofiane Oufa, la nationalisation des hydrocarbures déborde largement le cadre d’une simple mesure économique. Ce fut, a-t-il affirmé, « un acte souverain historique qui a permis à l’Algérie de recouvrer sa maîtrise sur ses richesses naturelles et d’enclencher la construction de son avenir économique et de son développement ». L’objectif immédiat était double : reprendre le contrôle national sur les ressources énergétiques et doter le pays d’un instrument industriel propre, en l’occurrence la compagnie nationale Sonatrach. Née de cette décision, Sonatrach est aujourd’hui l’une des premières compagnies pétrolières du continent africain et figure parmi les acteurs significatifs du marché mondial de l’énergie. Au-delà de cet objectif initial, Oufa a souligné que la nationalisation poursuivait des ambitions stratégiques de long terme, notamment « la construction d’une industrie énergétique intégrée », ambition qui s’est matérialisée progressivement à travers le développement des différents maillons de la chaîne de valeur : exploration, production, raffinage, transport et pétrochimie. L’intervenant a insisté sur la capacité de l’Algérie à avoir tiré parti de cette manne énergétique pour financer des infrastructures structurantes et diversifier son mix énergétique, notamment via l’investissement dans les énergies renouvelables. Le pays a également développé ses industries de transformation et ses capacités pétrochimiques au point d’avoir atteint l’autosuffisance dans plusieurs segments, dont les engrais, et d’être désormais exportateur net dans ces filières.
TSGP : les travaux lancés en mars
C’est dans ce cadre de souveraineté énergétique retrouvée que s’inscrit le projet de gazoduc transsaharien, présenté par Oufa comme bien plus qu’une infrastructure de transit. Ce projet, qui relie le Nigeria à l’Algérie en traversant le Niger, constitue selon lui « un projet économique pionnier porteur de dimensions stratégiques et de développement », une « locomotive de l’intégration africaine » et un levier de croissance économique et sociale pour toute la région du Sahel. Sur le plan opérationnel, Oufa a livré une information concrète : les travaux sur la portion nigérienne du tracé démarreront effectivement après le mois de Ramadan, soit en mars, alors que les études sont finalisées. Il a par ailleurs révélé une évolution majeure dans le positionnement du Niger : pays de transit dans la conception initiale du projet, Niamey ambitionne désormais, grâce aux investissements et aux travaux d’exploration conduits par Sonatrach sur son territoire, de devenir un pays producteur et exportateur de gaz vers l’Europe.
Cette dimension européenne n’est pas secondaire dans le discours algérien. Alors que les pays du Vieux Continent cherchent à diversifier leurs approvisionnements depuis la rupture avec le gaz russe, Oufa a rappelé que l’Algérie se positionne comme « un fournisseur traditionnel et fiable depuis près de quatre décennies », dont l’expertise et la maîtrise du domaine énergétique renforcent l’intérêt des partenaires européens pour la concrétisation de projets stratégiques communs.
Développement minier
Quant au rayonnement continental de Sonatrach, Oufa a décrit une compagnie devenue modèle de référence pour les pays africains, dont les accords bilatéraux ne se limitent plus aux échanges commerciaux mais « incluent désormais la formation, le transfert d’expertise et l’accompagnement de ces pays dans la création de sociétés d’exploration et d’exploitation de leurs ressources naturelles ». Au-delà du pétrole et du gaz, l’intervenant a souligné que la souveraineté se joue aujourd’hui sur la diversification économique. Il a ainsi évoqué le secteur minier, présenté comme un nouveau front de la souveraineté économique algérienne, avec des projets structurants d’envergure : le gisement de fer de Ghar Djebilet, le projet zinc-plomb de Béjaïa et le complexe phosphatier intégré de Tébessa. Autant de chantiers qui, selon lui, viennent consolider la puissance économique et la souveraineté nationale du pays, prolongeant en quelque sorte l’esprit du 24 février 1971 dans un secteur longtemps resté en marge des grandes ambitions industrielles algériennes.
Malik Meziane

