Palais de la culture : Djamel Fodil célèbre l’héritage andalou et chaâbi
L’artiste Djamel Fodil a offert mardi soir à l’auditorium du Palais de la culture Moufdi-Zakaria d’Alger une soirée musicale placée sous le signe de l’authenticité et de la spiritualité, mêlant répertoire andalou et chaâbi traditionnel devant un public venu communier avec ce patrimoine musical séculaire, dans le cadre de la programmation culturelle du mois de Ramadhan 2026.
Ce rendez-vous artistique, organisé par l’institution culturelle, s’inscrit dans une démarche de valorisation des expressions musicales traditionnelles durant le mois sacré, période propice à la méditation spirituelle et à la redécouverte des racines culturelles algériennes. Entouré d’un orchestre de sept instrumentistes comprenant deux violonistes, un pianiste et un percussionniste, l’interprète chevronné a déployé un répertoire soigneusement adapté à l’atmosphère particulière de ce mois de recueillement, privilégiant les textes célébrant la poésie religieuse et rendant hommage à la richesse du patrimoine musical national.
Au cœur de cette prestation, Djamel Fodil a consacré une large place aux chants madih, ces pièces vocales dédiées à la louange du prophète Mohammed, qui constituent l’un des piliers de la tradition musicale religieuse algérienne. L’artiste a exploré différentes variations modales parmi les plus nobles du répertoire andalou, notamment le « neqlab », le « n’sraf » et le « raml el maya », dévoilant ainsi la complexité et la sophistication de cette musique savante héritée de l’Andalousie médiévale. Parmi les pièces interprétées figuraient « nebda leklam » et « tlata fi edddounya », ainsi que « rebbi ya rahman », une composition originale de l’artiste inscrite dans le genre « Senaa », cette variante algéroise de la musique andalouse qui se distingue par sa structure élaborée et ses ornementations vocales raffinées.
Le public, bien que peu nombreux dans les vastes travées de l’auditorium, a manifesté son appréciation pour cette plongée dans l’univers musical algérois traditionnel. La soirée s’est enrichie d’une sélection de chansonnettes du répertoire chaâbi, genre urbain populaire né dans les quartiers d’Alger au début du vingtième siècle. L’interprète a notamment rendu hommage à Mahboub Safar Bati, figure tutélaire du chaâbi algérois disparu en 2000, en reprenant plusieurs de ses compositions qui ont marqué l’âge d’or de ce genre musical. Ce grand maître de la chansonnette chaâbi, né en 1919, demeure une référence incontournable pour les gardiens de cette tradition musicale urbaine.
Le parcours de Djamel Fodil témoigne d’un engagement précoce et profond envers la musique traditionnelle algérienne. Formé dès son jeune âge au Conservatoire municipal Boudjemaâ-Fergane de Bab El Oued, quartier historique d’Alger où le chaâbi a puisé une partie de son inspiration, l’artiste a ensuite perfectionné son art au sein d’associations de musique algérienne, lieux de transmission et de préservation des techniques d’interprétation ancestrales. Cette formation rigoureuse lui a permis d’acquérir la maîtrise des subtilités modales et rythmiques qui caractérisent tant la musique andalouse que le chaâbi.
Présent sur la scène algéroise depuis plus de quarante ans, Djamel Fodil s’est imposé comme l’une des voix essentielles du chaâbi contemporain, reconnu pour son attachement indéfectible à l’authenticité de cette musique face aux pressions de la modernité. Sa démarche artistique privilégie la rigueur technique dans l’interprétation des modes et la fidélité aux textes originaux, dans un contexte où les musiques traditionnelles sont parfois tentées par des arrangements qui en altèrent la substance. Cette exigence fait de lui un passeur précieux entre les générations, capable de transmettre un héritage musical menacé par l’évolution rapide des goûts et des modes de consommation culturelle.
Mohand Seghir

