Ghrieb annonce de « grands projets » et exige l’innovation : La Banque d’Algérie sommée de changer de cap
Le Premier ministre a révélé, lors de l’installation du nouveau gouverneur de la Banque d’Algérie, l’imminence de projets économiques d’envergure nécessitant une refonte du système bancaire, envoyant un signal fort aux marchés et aux opérateurs économiques.
C’est dans le cadre solennel du siège de la Banque d’Algérie que Sifi Ghrieb a présidé, mercredi, la cérémonie d’installation de Mohammed Lamine Lebbou au poste de gouverneur de l’institution monétaire, nommé deux jours plus tôt par le président Abdelmadjid Tebboune. Mais au-delà du protocole institutionnel, c’est la teneur des déclarations du Premier ministre qui retient l’attention des observateurs. En insistant sur la nécessité d’une « coordination étroite » entre la Banque d’Algérie et le ministère des Finances « au regard des grands projets qui seront annoncés prochainement et qui requièrent l’innovation », Sifi Ghrieb a clairement posé les jalons d’une nouvelle phase dans la conduite de la politique économique du pays. Cette déclaration intervient dans un contexte où l’Algérie s’efforce d’accélérer la diversification de son économie, encore largement tributaire des recettes des hydrocarbures. La modernisation du secteur bancaire, considéré par de nombreux experts comme un verrou structurel à la transformation économique, apparaît désormais comme une priorité assumée au plus haut sommet de l’État. L’appel du Premier ministre à « insuffler une nouvelle dynamique au secteur bancaire » traduit une impatience politique face à la lenteur des réformes financières, alors que le pays ambitionne d’attirer davantage d’investissements étrangers et de stimuler l’entrepreneuriat national.
Le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzred, présent à la cérémonie aux côtés de l’ex-gouverneur par intérim Mouatassem Boudiaf et de dirigeants d’institutions financières, a abondé dans le même sens. Il a souligné la place centrale qu’occupe la Banque d’Algérie « sur la scène monétaire et financière nationale », tout en exprimant son souhait de voir l’institution « suivre la dynamique que connaît l’économie algérienne ». Dans un message à peine voilé sur l’ampleur du chantier qui attend le nouveau gouverneur, Bouzred a affiché sa « confiance dans la capacité de M. Lebbou à conduire cette transformation attendue depuis longtemps, au bénéfice de la Banque d’Algérie et de l’économie nationale dans son ensemble ».
Le choix des mots n’est pas anodin. En évoquant une « transformation attendue depuis longtemps », le ministre des Finances reconnaît implicitement le retard accumulé par le secteur bancaire algérien en matière de digitalisation, d’inclusion financière et de financement de l’économie productive. Les chantiers ne manquent pas : modernisation des systèmes de paiement, développement de la finance islamique, révision de la politique de crédit aux PME ou encore renforcement de la supervision prudentielle.
Mohammed Lamine Lebbou, pour sa première prise de parole en qualité de gouverneur, a mesuré le poids de la mission qui lui est confiée. Il a « salué la confiance placée en sa personne par le président de la République », avant d’exprimer « sa volonté de ne ménager aucun effort pour hisser l’action de l’institution au niveau des aspirations de l’Algérie dans les domaines de l’économie et de la finance ». Le nouveau gouverneur a également tenu à rendre hommage aux efforts de son prédécesseur par intérim, Mouatassem Boudiaf, dans un geste de continuité institutionnelle. Le ton employé par les plus hautes autorités lors de cette cérémonie d’installation laisse entrevoir une volonté politique de faire de la Banque d’Algérie un levier actif de la transformation économique, et non plus un simple régulateur passif. Le secteur financier algérien est prévenu : le temps de l’innovation n’est plus une option, mais une injonction.
Sabrina Aziouez

