Dans une « guerre ouverte » déclarée aux autorités talibanes : Le Pakistan bombarde Kaboul
Le gouvernement pakistanais a déclaré vendredi la « guerre ouverte » aux autorités talibanes après une offensive afghane lancée la veille à sa frontière, qui a conduit Islamabad à bombarder notamment Kaboul en représailles, après des mois de dégradation de leurs relations. Longtemps proches, le Pakistan, puissance nucléaire, et l’Afghanistan s’affrontent sporadiquement depuis que les dirigeants talibans ont repris le contrôle de Kaboul en août 2021. Le Pakistan accuse les autorités afghanes d’abriter des activistes armés qui lancent des attaques sur le territoire pakistanais – ce que l’Afghanistan dément. La plupart des attaques ont été revendiquées par les talibans pakistanais (TTP). Les heurts se sont intensifiés dernièrement et depuis les combats d’octobre qui ont fait 70 morts de part et d’autre, leur frontière commune reste largement fermée. Le Pakistan a frappé dans la nuit plusieurs sites afghans dont les principales villes Kaboul et Kandahar et la province frontalière de Paktia (est). Une « réponse appropriée » à l’attaque afghane de la veille, selon le ministre pakistanais de l’Intérieur Mohsin Naqvi. En réponse aux bombardements nocturnes, les autorités talibanes ont annoncé vendredi de nouvelles frappes à « grande échelle contre des positions de soldats pakistanais ». Vers 09H30 (05H00 GMT), des coups de feu et des tirs d’artillerie ont été entendus vendredi par des journalistes de l’AFP en territoire afghan, près du poste-frontière stratégique de Torkham, l’un des rares restés ouverts entre Afghanistan et Pakistan. Près du poste-frontière, le camp d’Omari, qui accueille des Afghans rapatriés en masse du Pakistan, a essuyé des tirs pendant la nuit, poussant des personnes à fuir. Jeudi, l’armée afghane avait lancé des « attaques massives » à la frontière, en riposte à des bombardements pakistanais le weekend dernier. Islamabad avait alors dit avoir visé des camps « terroristes » réponse à des attentats-suicides au Pakistan, et fait plus de 80 morts, selon une source sécuritaire. En retour, le porte-parole des autorités talibanes Zabihullah Mujahid a affirmé que les forces afghanes avaient pris, jeudi, 15 avant-postes pakistanais et tué des « dizaines » de soldats.
Le gouvernement taliban a confirmé vendredi les frappes pakistanaises. Des cycles de négociations ont échoué à désamorcer le conflit, même si une intervention de l’Arabie saoudite a permis de faciliter la libération de trois soldats pakistanais capturés par les Afghans en octobre. Les ministères iranien puis chinois des Affaires étrangères ont proposé vendredi d’œuvrer à la médiation entre les deux pays voisins. Les chefs de la diplomatie saoudienne et pakistanaise se sont aussi entretenus au téléphone des moyens « de réduire les tensions » dans la région, selon un communiqué publié vendredi par Ryad. L’Organisation des Nations unies a appelé le Pakistan et l’Afghanistan au calme et au respect du droit international, dans un contexte de tensions croissantes entre les deux pays. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a mis en garde contre le fait que l’escalade des affrontements entre les deux pays pourrait déstabiliser la région, appelant les deux parties à « poursuivre le dialogue » et à « protéger les civils ».
R.I.

