Économie

Les modalités de fonctionnement du portail électronique fixées : Un nouveau cap dans la modernisation des marchés publics

C’est une réforme discrète mais aux implications considérables. Un arrêté du ministère des Finances, publié au Journal officiel n°17 et signé le 4 février dernier par le ministre, introduit officiellement la dématérialisation des offres dans les procédures de passation des marchés publics en Algérie. Le texte, qui fixe le contenu du portail électronique dédié et les modalités de sa gestion, marque une rupture avec des pratiques administratives longtemps fondées sur le papier et le guichet physique. Au cœur du dispositif figure désormais la possibilité pour les opérateurs économiques de déposer leurs offres en ligne. Une avancée que les milieux d’affaires attendaient depuis des années et qui place l’Algérie dans le sillage des économies ayant engagé leur transition numérique dans la commande publique. Le portail centralise l’ensemble du cycle de passation : inscription des services contractants et des opérateurs, recherche multicritère des appels d’offres, réception d’alertes sur les nouveautés, et « gestion des échanges de documents entre les services contractants et les opérateurs économiques », selon les termes mêmes de l’arrêté. À cela s’ajoutent des fonctions techniques essentielles : chargement, téléchargement, horodatage et signature électronique des documents, « conformément à la législation en vigueur ».

L’intérêt économique du texte ne se limite pas à la seule commodité numérique. L’arrêté prévoit que le téléchargement des documents d’appel à concurrence s’effectue « gratuitement » sur le portail, supprimant ainsi une barrière financière qui pénalisait traditionnellement les petites et moyennes entreprises contraintes d’acquitter des frais. Cette mesure devrait mécaniquement élargir le vivier de soumissionnaires et, par ricochet, renforcer la concurrence dans l’attribution des contrats publics.

La transparence constitue l’autre pilier de la réforme. Le portail assurera la publication des programmes prévisionnels des marchés à lancer, des contrats conclus au cours de l’exercice précédent, ainsi que des listes d’opérateurs exclus ou interdits de participation. Cette mise en visibilité systématique répond à une exigence de gouvernance que les institutions internationales, du FMI à la Banque mondiale, placent au premier rang des critères d’évaluation de la qualité des dépenses publiques.

Sur le plan de la sécurité juridique, le texte se montre exigeant. Le système d’information devra « garantir l’intégrité et la confidentialité des documents échangés, la traçabilité des événements, l’interopérabilité des systèmes d’information et l’archivage électronique sécurisé des documents numérisés ». Des standards qui, s’ils sont effectivement respectés, conféreront à la plateforme une robustesse comparable aux dispositifs en vigueur dans les pays de l’OCDE. L’arrêté tient par ailleurs à neutraliser tout risque d’exclusion technologique, en précisant que « les caractéristiques techniques du portail ne doivent pas être discriminatoires et ne peuvent constituer un obstacle à l’accès des opérateurs économiques aux procédures de passation ».

Dans un contexte où l’État cherche à diversifier l’économie nationale et à attirer les investissements privés, la modernisation de la commande publique envoie un signal fort. Les marchés publics représentent chaque année plusieurs centaines de milliards de dinars de dépenses. Réduire les délais et renforcer la traçabilité, c’est aussi lutter contre la corruption et améliorer l’efficacité de la dépense nationale. Ce texte, aussi technique qu’il paraisse, s’inscrit dans une ambition plus large : celle d’un État qui se modernise par la voie numérique.

Amar Malki

admin

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