Zones franches : Après Tindouf, In-Guezzam entre dans la course
Une commission interministérielle s’est réunie dimanche à In-Guezzam pour examiner le projet de création d’une zone franche commerciale dans cette wilaya frontalière du Niger, a rapporté l’APS citant les services de la wilaya. Cette démarche marque une nouvelle étape dans la stratégie de l’Algérie visant à transformer ses frontières sahariennes en corridors d’échanges économiques avec les pays voisins du Sahel et du Maghreb.
La séance de travail, présidée par les autorités locales en présence des membres de la commission interministérielle chargée de l’étude du projet, s’est tenue au siège de la wilaya. Selon la dépêche de l’APS, « des explications ont été fournies concernant notamment l’assiette foncière proposée pour la réalisation de la zone franche commerciale et les perspectives économiques attendues de la dynamisation des échanges commerciaux avec les pays voisins ». La rencontre « a également été l’occasion d’aborder diverses questions liées à l’activité frontalière, notamment la gestion du poste frontalier, les procédures réglementaires et douanières en vigueur, ainsi que l’activité commerciale quotidienne et le troc frontalier ». À l’issue de cette réunion, la délégation ministérielle s’est rendue sur le terrain. L’APS précise qu’elle « a effectué une visite de terrain au poste frontalier pour s’enquérir des conditions de travail et des moyens disponibles, avant d’inspecter le terrain destiné à accueillir la zone franche commerciale d’In-Guezzam et d’identifier les démarches à suivre pour la concrétisation du projet ». L’inspection du site retenu pour abriter cette future plateforme commerciale témoigne de la volonté des pouvoirs publics d’accélérer la concrétisation de ce chantier, qui vise à capter les flux d’échanges avec le Niger et, au-delà, avec l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.
Ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large lancée par le président Abdelmadjid Tebboune en 2024, qui a décidé la création de zones franches entre l’Algérie et cinq pays africains : la Mauritanie, la Tunisie, la Libye, le Mali et le Niger. L’objectif affiché est triple : diversifier le tissu industriel national, augmenter les exportations hors hydrocarbures et renforcer l’intégration économique du pays dans son environnement continental. Ces zones, conçues comme des hubs logistiques modernes, sont soumises à un régime douanier particulier offrant aux opérateurs économiques des exonérations douanières et fiscales substantielles, conformément aux dispositions de la loi 22-15 fixant les règles régissant les zones franches. Ce projet est accompagné par la réalisation d’importantes infrastructures routières et ferroviaires à l’image de la route transsaharienne ou la route Tindouf Zouerate, ou la ligne Béchar Tindouf et la ligne Alger Tamanrasset dans la finalité de créer de véritables corridors économiques.
La wilaya de Tindouf, qui accueille la première expérience du genre en Algérie, sert de référence pour les projets à venir. Instituée par le décret exécutif 24-169 du 25 mai 2024, la zone franche commerciale de Tindouf, d’une superficie de 200 hectares située à proximité de la frontière mauritanienne, enregistre un avancement notable de ses travaux. Les travaux de voirie et de réseaux divers, confiés à la Société nationale des travaux publics, ont dépassé un taux d’avancement de 58 %, tandis que les aires de stockage et la zone douanière, réalisées par la Société nationale de génie civil et bâtiment, affichent un taux supérieur à 65 %. La zone d’habitat, quant à elle, est achevée à 91 %. Ce pôle, pensé comme une ville intégrée disposant de toutes les infrastructures économiques nécessaires, sera adossé à la route Tindouf-Zouerate et bénéficiera à terme d’un raccordement au réseau ferroviaire.
Le lancement du projet d’In-Guezzam vient ainsi compléter le maillage territorial de cette stratégie frontalière. Si Tindouf regarde vers la Mauritanie et l’Atlantique, In-Guezzam ouvre une porte vers le Niger et le cœur du Sahel, un espace où l’Algérie cherche à consolider son influence économique face à une concurrence régionale et internationale croissante.
Amar Malki

