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Kharg, épicentre stratégique de la guerre au Moyen-Orient : Les infrastructures énergétiques sous la menace !

Les frappes américaines sur l’île iranienne de Kharg, principal terminal pétrolier du pays, ont marqué la journée du 14 mars, cristallisant le risque d’un embrasement régional autour des infrastructures énergétiques du Golfe, au quinzième jour de la guerre déclenchée par les États-Unis et l’entité sioniste contre l’Iran.

L’île de Kharg, petit îlot du golfe Persique situé à une trentaine de kilomètres des côtes iraniennes et à près de cinq cents kilomètres au nord-ouest du détroit d’Ormuz, est devenue samedi le point focal d’une escalade militaire et diplomatique aux conséquences potentiellement considérables pour l’approvisionnement énergétique mondial. Ce terminal, par lequel transitent entre 90 et 95 % des exportations de brut iranien — soit environ 1,7 million de barils par jour l’an dernier —, a été la cible de frappes aériennes américaines dans la nuit de vendredi à samedi. Le commandement central des États-Unis (Centcom) a indiqué avoir touché 90 cibles militaires sur l’île, détruisant des installations de stockage de mines navales, des bunkers de missiles et plusieurs autres sites militaires, tout en précisant que les infrastructures pétrolières avaient été épargnées. Selon l’agence de presse iranienne Fars, citant des sources sur le terrain, plus de quinze explosions ont été entendues mais aucune installation pétrolière n’a été endommagée. Les données GPS des navires pétroliers confirmaient d’ailleurs la poursuite des opérations de chargement : deux tankers, l’Aynaz et le Shantia, ont fait escale sur l’île dans les heures qui ont suivi les bombardements.

Le président américain Donald Trump a revendiqué ces frappes sur les réseaux sociaux, les qualifiant de l’un « des raids aériens les plus puissants de l’histoire au Moyen-Orient » et affirmant que les États-Unis avaient « totalement détruit » les capacités militaires iraniennes sur l’île. Mais le message contenait surtout un ultimatum explicite : si l’Iran ou toute autre partie continuait d’entraver la libre circulation des navires dans le détroit d’Ormuz, Washington n’hésiterait pas à frapper cette fois les infrastructures pétrolières elles-mêmes. Trump a par ailleurs appelé plusieurs pays — la Chine, la France, le Japon, la Corée du Sud et le Royaume-Uni — à envoyer des navires de guerre dans la zone pour garantir l’ouverture du détroit, admettant au passage qu’il restait « facile » pour l’Iran « d’envoyer un ou deux drones, de poser une mine ou de lancer un missile à courte portée dans ce couloir maritime ».

« Réduire en cendres » les infrastructures pétrolières

La réponse iranienne n’a pas tardé. Un porte-parole du quartier général interarmées Khatam al-Anbiya a averti que toute attaque visant les actifs pétroliers, économiques ou énergétiques de l’Iran conduirait à la destruction de « toutes les installations américaines correspondantes dans la région ». L’armée iranienne a menacé de « réduire en cendres » les infrastructures pétrolières liées aux États-Unis, et les forces armées ont explicitement désigné les ports des Émirats arabes unis comme des « cibles légitimes », appelant les civils émiratis à s’en éloigner. Dans la foulée, de la fumée a été observée à la mi-journée au-dessus du port de Fujaïrah, aux Émirats, qui abrite un terminal d’exportation pétrolier majeur, semblant résulter d’une nouvelle frappe contre les infrastructures du Golfe. Le consulat émirati dans la région du Kurdistan irakien a également été visé par un drone.

Cette concentration des menaces et des frappes autour des infrastructures énergétiques illustre la tendance lourde de la journée : le conflit, entré dans sa troisième semaine depuis les frappes conjointes américano-israéliennes du 28 février qui ont fait environ 1 200 morts en Iran — dont l’ancien guide suprême Ali Khamenei —, se déplace désormais sur le terrain de la guerre économique et pétrolière. L’Iran, dont les capacités militaires conventionnelles ont été sévèrement réduites selon Washington, conserve néanmoins une capacité de nuisance asymétrique dans le détroit d’Ormuz, passage obligé d’environ un cinquième du pétrole mondial, et la capacité de frapper les installations de ses voisins du Golfe. Cette escalade risque s’affoler encore plus les marchés pétroliers au moment où le baril de Brent a pris 42% depuis le début de la guerre et a fini la semaine à plus de 103 dollars.

Trump face à des critiques croissantes

L’ambassade américaine à Bagdad a d’ailleurs été touchée à l’aube par une attaque de drone et de roquettes qui a détruit son système de défense aérienne C-RAM, selon des sources sécuritaires irakiennes. Des explosions ont aussi été entendues à Doha, au Qatar, où l’armée a dit avoir intercepté une attaque de missiles iranienne. Les dégâts humains et matériels en Iran continuent par ailleurs de s’alourdir. La porte-parole du gouvernement iranien, Fatemeh Mohajerani, a fait état de 42 914 infrastructures civiles endommagées depuis le début du conflit, dont plus de 36 000 habitations, 152 centres de santé, 120 écoles et 56 musées et sites historiques, parmi lesquels le palais du Golestan à Téhéran, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Face à l’extension régionale du conflit, le Hamas a exhorté son allié iranien à cesser de prendre pour cible les pays voisins du Golfe, tout en réaffirmant le droit de Téhéran à la riposte. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a pour sa part estimé que « des voies diplomatiques sont possibles » et appelé la communauté internationale à renforcer son engagement.

Aux États-Unis mêmes, le déploiement de renforts militaires — 2 500 Marines supplémentaires et trois navires, dont le bâtiment d’assaut USS Tripoli — témoigne d’une préparation à un engagement prolongé. Mais à quelques mois des élections de mi-mandat, Donald Trump fait face à des critiques croissantes, y compris dans son propre camp, pour avoir engagé le pays dans un conflit dont l’issue demeure incertaine et dont le théâtre d’opérations ne cesse de s’élargir.

Lyes Saïdi

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