Visite en Algérie de deux délégations diplomatique et militaire américaines de haut niveau : Alger s’impose comme partenaire pivot
En deux jours, une délégation américaine de haut rang — militaires et diplomates confondus — a défilé à Alger. Le message est sans ambiguïté : pour Washington, l’Algérie n’est plus seulement un partenaire, elle est devenue un partenaire stratégique indispensable.
Le numéro deux du département d’État US, Christopher Landau et le général Dagvin Anderson, commandant de l’US-Africom, séjournent depuis lundi à Alger. Deux visites, deux registres — économique et militaire —, un seul message : Washington a fait de l’Algérie la clé de voûte de sa politique nord-africaine. Le Commandant de l’Africom a été reçu mardi en grande pompe au siège de l’état-major de l’Armée nationale populaire par le général d’armée Saïd Chanegriha. Autour de la table, le commandant des forces terrestres, le secrétaire général du ministère de la Défense nationale, les commandants de forces et de la Garde républicaine, les chefs de départements et les directeurs centraux de l’état-major. Le communiqué du ministère de la Défense nationale est explicite : « les deux parties ont examiné l’état de la coopération militaire entre les deux pays et échangé les points de vue sur les questions d’intérêt commun. » Derrière la formule diplomatique, la substance est lourde. Dans son allocution, le général d’armée Chanegriha a tenu à resituer la rencontre dans sa trajectoire. « Tout d’abord, je tiens à vous souhaiter la bienvenue, ainsi qu’à la délégation qui vous accompagne, à l’occasion de votre visite en Algérie, laquelle s’inscrit, sans nul doute, comme un nouveau maillon dans le renforcement du processus de coopération bilatérale, particulièrement après la signature en janvier 2025 du mémorandum d’entente dans le domaine de la coopération militaire », a-t-il déclaré. Chanegriha a ensuite posé les termes de l’engagement algérien avec une clarté que l’on n’entend pas souvent dans les enceintes diplomatiques : « Nos pays œuvrent dans le sens de l’approfondissement de notre dialogue stratégique, afin de promouvoir notre coopération militaire à travers, notamment, la concrétisation de ce mémorandum d’entente, dans toutes ses dimensions et objectifs, de manière à asseoir les bases d’une coopération forte et durable, fondée sur le respect mutuel et au service des intérêts des deux pays. » Puis est venu l’essentiel. Le chef d’état-major a rappelé que « l’Algérie, agissant sur mandat de l’Union africaine, œuvre au renforcement des mécanismes de l’initiative panafricaine commune, visant à fédérer les efforts pour l’éradication du phénomène du terrorisme et de l’extrémisme violent, dans tous ses aspects. » Et d’énumérer les outils concrets que l’Algérie a mis sur la table : « l’activation d’un fonds financier africain dédié à cet objectif, l’établissement d’une liste africaine des personnes et des entités impliquées dans des activités criminelles, et l’élaboration d’un mandat d’arrêt africain. » Sans oublier les rapports annuels que le président Tebboune, en sa qualité de coordinateur de l’Union africaine pour la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, présente devant ses pairs africains.
Anderson : « L’Algérie est un sérieux rempart »
C’est la réponse du général Anderson qui a frappé les esprits. Le commandant de l’Africom n’a pas usé de la langue de bois habituelle des communiqués militaires. Ses mots, rapportés par le ministère de la Défense nationale sur sa page officielle, sonnent comme un aveu de la réalité du terrain. « Nous faisons face aux mêmes menaces que l’Algérie, comme la lutte contre le terrorisme, l’imbrication du trafic de drogue avec les réseaux de contrebande et le crime organisé, ainsi que l’immigration clandestine qui menace de nombreux pays », a déclaré le général américain. Avant de conclure par une formule sans détour : « Nous apprécions que l’Algérie ait adopté une position très ferme et travaillé dur pour être un rempart face à ces menaces. » L’image est forte. Elle dit à la fois la nature du défi — contenir des flux déstabilisateurs qui partent du cœur du Sahel pour remonter vers la Méditerranée — et le rôle irremplaçable qu’Alger joue dans ce dispositif. Une frontière de 6 000 kilomètres avec le Mali, le Niger, la Libye et la Mauritanie, une armée aguerrie dans la lutte antiterroriste, et une expérience accumulée depuis les années 90 : l’Algérie est la seule puissance régionale capable d’assumer ce rôle. Anderson a conclu sur une note historique, évoquant les 250 ans de l’indépendance américaine et le lien particulier qui unit les deux nations : « Nous partageons une histoire de lutte pour l’indépendance et la libération du colonialisme, et nous sommes très fiers que les États-Unis aient été les premiers à reconnaître rapidement l’Algérie après son indépendance. »
Attaf et Landau font le tour de la coopération bilatérale
Pendant que les militaires se parlaient à l’état-major, au ministère des Affaires étrangères Ahmed Attaf recevait Christopher Landau pour une séquence diplomatique tout aussi dense. Le communiqué du ministère indique que les entretiens ont permis de « passer en revue la dynamique notable que connaissent les relations algéro-américaines dans leurs différents volets » et d’« examiner les moyens de les dynamiser davantage, à travers le renforcement du dialogue stratégique et la consolidation du partenariat dans les domaines de coopération prioritaires, tels que l’énergie, l’investissement, l’innovation, le commerce, l’agriculture, le transport aérien et l’enseignement supérieur. »
La liste est longue. Elle dit l’ambition d’une relation qui cherche à dépasser le seul registre sécuritaire pour s’inscrire dans une logique de partenariat global. Les deux parties ont également abordé « nombre de questions régionales et internationales d’intérêt commun, en tête desquelles les développements de la situation dans la région sahélo-saharienne, ainsi que l’évolution du processus politique de règlement de la question du Sahara occidental », précise le communiqué.
La visite du numéro deux du département d’État avait débuté dès lundi par deux rendez-vous qui disent tout de la nouvelle grammaire du partenariat algéro-américain. Matin au ministère des Hydrocarbures avec Mohamed Arkab et le PDG de Sonatrach Noureddine Daoud, après-midi au ministère des Mines avec Mourad Hanifi. L’agenda économique était assumé, presque revendiqué. Sur les hydrocarbures, les dossiers ExxonMobil et Chevron concentrent les regards. Exploration dans les bassins de l’Ahnet et de Berkine pour la première, évaluation du potentiel offshore méditerranéen pour la seconde — dans le cadre d’un accord signé en janvier 2025. Landau s’est dit « satisfait du niveau des relations distinguées entre l’Algérie et les États-Unis », saluant « le climat des affaires positif qu’offre l’Algérie » et réaffirmant « l’intérêt des entreprises américaines à renforcer leur présence et leurs investissements à travers des partenariats à long terme. » Sur les minerais stratégiques, le sujet est encore plus révélateur. Le lithium, le cobalt, le manganèse et les terres rares algériens figurent en bonne place dans les priorités américaines, alors que Washington cherche à réduire sa dépendance à l’égard de la Chine. Hanifi a présenté les projets en cours et invité les entreprises américaines « à saisir les opportunités disponibles et à contribuer au développement du secteur minier en Algérie. »
En définitive, ces deux journées algéroises ont dessiné avec une clarté rare la place qu’occupe désormais l’Algérie dans la politique américaine en Afrique du Nord. Côté sécuritaire, Alger est le seul partenaire fiable dans un arc sahélien où Washington a perdu pied — coup d’État au Mali, coup d’État au Niger, chaos libyen. Côté économique, le sous-sol algérien et le potentiel de son marché intérieur font de l’Algérie une destination d’investissement que les grandes firmes américaines ne peuvent ignorer.
Salim Amokrane
Le président de la République reçoit le secrétaire d’Etat adjoint américain et le Commandant de l’Africom
Le président de la République, Chef suprême des Forces armées, ministre de la Défense nationale, M. Abdelmadjid Tebboune, a reçu, mardi, le secrétaire d’Etat adjoint des Etats Unis d’Amérique, M. Christopher Landau, et le Général d’Armée Dagvin Anderson, Commandant du Commandement militaire américain pour l’Afrique (Africom), ainsi que la délégation qui les accompagnent.
L’audience s’est déroulée en présence du Général d’Armée Saïd Chanegriha, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale, chef d’Etat-major de l’Armée nationale populaire, du directeur de Cabinet de la Présidence de la République, M. Boualem Boualem, du ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, M. Ahmed Attaf, du Conseiller auprès du président de la République, chargé des affaires diplomatiques, M. Amar Abba, et de l’ambassadeur d’Algérie à Washington, M. Sabri Boukadoum.
APS

