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Santé au travail : Une nouvelle approche assise sur le bien-être psychologique des travailleurs

La salle du Centre familial de Ben Aknoun n’avait pas la froideur des cérémonies protocolaires habituelles. Pour la 28e édition de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, deux ministres, des parlementaires, des syndicalistes et des représentants d’organisations internationales se sont retrouvés autour d’un thème que l’OIT a choisi avec soin cette année : « Veillons à ce que les lieux de travail soient sains sur le plan psychosocial ». Un intitulé qui dit quelque chose de l’époque. Abdedhak Saïhi, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, a présidé la cérémonie aux côtés du professeur Mohamed Seddik Aït Moueddane, ministre de la Santé. Dans son allocution, Saïhi a replacé d’emblée ce choix thématique dans une logique de rupture avec les approches traditionnelles de la prévention. « Ce slogan traduit une mutation qualitative dans la manière d’appréhender les risques professionnels », a-t-il déclaré, soulignant que les pressions psychologiques et sociales au travail ont « un impact direct sur la santé du travailleur, sur ses performances et sur sa stabilité professionnelle ». On ne parle plus seulement de casques et d’échafaudages ; on parle de charge mentale, de harcèlement, d’épuisement. Le ministre a tenu à inscrire cette orientation dans le cadre de l’action présidentielle. Le chef de l’État, a-t-il rappelé, accorde « une attention particulière à la santé et au bien-être du travailleur, considérée comme une priorité nationale et un pilier des politiques publiques ». Une formulation institutionnelle, certes, mais qui correspond à un glissement réel dans les politiques sociales algériennes, où la dimension psychosociale du travail commence à trouver sa place dans les textes et les dispositifs. Sur le plan des résultats concrets, Saïhi a égrainé des chiffres qui donnent une idée de l’ampleur de l’activité déployée par les services compétents. Plus de 269 000 interventions de contrôle ont été menées, près de 5 000 enquêtes ouvertes à la suite d’accidents du travail ou de maladies professionnelles, et plus de 135 000 recommandations techniques émises. À cela s’ajoutent 303 études et plans techniques de prévention, plus de 24 000 travailleurs formés ou sensibilisés, et quelque 87 000 examens médicaux réalisés dans le cadre de la médecine du travail. Des volumes qui témoignent d’une administration active, même si l’efficacité de terrain reste difficile à mesurer de l’extérieur. L’Algérie a également marqué des points sur la scène internationale. Le ministre a signalé que le pays figure parmi les huit États sélectionnés pour participer à une réunion d’experts à Genève sur la sécurité et la santé au travail face aux phénomènes météorologiques extrêmes. Une reconnaissance qui prend sens dans le contexte du changement climatique, où les vagues de chaleur, les inondations et les tempêtes de sable deviennent des variables que les employeurs et les pouvoirs publics ne peuvent plus ignorer. « Cette sélection reflète la place qu’occupe l’expérience nationale en matière de prévention », a souligné Saïhi. Du côté du ministère de la Santé, le professeur Aït Moueddane a évoqué les travaux en cours pour moderniser le cadre réglementaire de la santé professionnelle, et annoncé l’élaboration d’un plan national stratégique couvrant la période 2026-2030. Ce document, conçu selon une approche intersectorielle, vise à articuler prévention, suivi médical et mise à jour des textes juridiques. Une démarche de long terme, dans un domaine où les résultats ne se mesurent souvent qu’en décennies.

La journée s’est conclue par la signature de conventions de coopération entre plusieurs organismes nationaux, en présence des partenaires économiques et sociaux. Une séquence qui, au-delà du symbole, illustre l’ambition affichée par les autorités : faire de la prévention non plus une obligation réglementaire à remplir sur le papier, mais une culture partagée à l’intérieur des entreprises. Le chemin reste long. Mais la direction, au moins, semble clarifiée.

Lyna Larbi

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