L’UGCAA souligne les transformations structurelles de la filière lait : Un pas de plus vers la souveraineté alimentaire
Alors que la facture des importations de poudre de lait a atteint 343 millions de dollars en 2025 et que les turbulences géopolitiques mondiales fragilisent les chaînes d’approvisionnement internationales, l’Algérie engage une transformation en profondeur de son secteur laitier, articulée autour d’un contrôle renforcé des importations et d’un investissement massif dans la production locale, avec l’ambition de passer d’un modèle de dépendance aux marchés extérieurs à une véritable souveraineté productive. C’est le constat détaillé que dresse l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA) dans un document d’analyse consacré aux mutations du marché laitier national. Les chiffres compilés par l’UGCAA sont éloquents. En 2025, les importations algériennes de poudre de lait ont culminé à environ 343 millions de dollars, principalement en provenance d’Uruguay. Ce montant, loin d’être un simple indicateur commercial, traduit selon le document « l’ampleur du fossé entre la production locale et la consommation nationale », dans un pays où le lait et ses dérivés constituent un pilier du régime alimentaire. Avec un prix du marché mondial atteignant par moments les 4 000 dollars la tonne, cette facture pèse lourdement sur les réserves de change et impose une gestion rigoureuse des ressources financières de l’État. Dans un contexte géopolitique marqué par les conflits armés, les sanctions économiques, les perturbations des routes maritimes et la volatilité des marchés des matières premières, cette dépendance structurelle expose directement la sécurité alimentaire du pays. Les crises récentes — de la pandémie de Covid-19 à la guerre en Ukraine et aux tensions actuelles au Moyen-Orient — ont démontré à quel point les chaînes d’approvisionnement mondiales pouvaient être brutalement interrompues, rendant vulnérables les pays importateurs nets de denrées de base. Pour une nation de plus de 45 millions d’habitants dont la consommation de produits laitiers figure parmi les plus élevées du continent africain, la question de la souveraineté laitière dépasse la sphère économique pour relever de la sécurité nationale.
Pour renforcer l’efficacité du contrôle des importations alimentaires, les autorités ont déployé des laboratoires mobiles dans les ports algériens, opérant sous la supervision du Centre algérien de contrôle de la qualité et de l’emballage (CACQE). Ces unités permettent de réaliser des analyses de conformité directement sur les quais, en un temps record de quelques minutes seulement, là où les procédures classiques nécessitaient des délais bien plus longs. L’UGCAA souligne la double utilité de ce dispositif. D’une part, il protège le consommateur algérien contre l’entrée sur le marché de produits alimentaires non conformes aux normes sanitaires et techniques. D’autre part, il préserve les deniers publics en empêchant l’acquisition, en devises fortes, de marchandises de qualité insuffisante. En réduisant considérablement la durée des analyses, ces laboratoires contribuent également à diminuer les temps d’immobilisation des conteneurs dans les enceintes portuaires, avec à la clé une baisse des coûts de stockage et des pénalités de retard, au bénéfice de l’ensemble de la chaîne logistique du commerce extérieur.
Un tournant historique vers la souveraineté alimentaire
La vision stratégique de l’État ne se limite toutefois pas à mieux encadrer les importations. Elle s’attaque à la racine du problème en misant sur la localisation de la production nationale. Le document de l’UGCAA met en avant le lancement du projet Baladna dans le sud du pays, un investissement d’envergure estimé à quelque 3,5 milliards de dollars, qui constitue la pièce maîtresse de cette ambition de souveraineté laitière. Ce mégaprojet vise une production annuelle d’environ 1,7 milliard de litres de lait, un volume qui représenterait une contribution majeure à la réduction du déficit entre l’offre locale et la demande nationale. L’UGCAA insiste sur la portée stratégique de cet investissement à plusieurs niveaux. En premier lieu, il permettra de reconquérir une plus grande maîtrise des prix, en découplant le coût du lait sur le marché intérieur des fluctuations erratiques des cours mondiaux. En second lieu, il améliorera l’efficience de la dépense publique : le coût total du projet équivaut approximativement à la facture d’importation de poudre de lait cumulée sur quelques années seulement, au-delà desquelles la production locale se transforme en source de valeur économique durable et pérenne. Au-delà du lait lui-même, le projet Baladna est porteur de ce que les économistes appellent un « effet multiplicateur ». Sa mise en œuvre activera toute une chaîne de secteurs connexes : culture fourragère, services vétérinaires, industries agroalimentaires de transformation, emballage, transport et logistique du froid. Il contribuera en outre au développement des régions du Sud et à la création d’emplois dans des zones qui en ont particulièrement besoin, conférant au projet une dimension d’aménagement du territoire qui dépasse largement la seule filière laitière.
En définitive, le document de l’UGCAA souligne que l’Algérie se trouve aujourd’hui à un point d’inflexion historique dans la gestion de son secteur laitier. La phase actuelle marque un passage progressif d’un modèle fondé sur l’importation massive de poudre de lait vers un modèle reposant sur une production locale à grande échelle de lait frais et de produits dérivés. Lorsque cet appareil productif sera pleinement opérationnel, le pays pourra réduire de manière significative sa facture d’importation, avec une économie potentielle estimée à près de 600 millions de dollars par an en devises fortes.
Sabrina Aziouez

