Coopération algéro-suisse : Alger et Berne conviennent d’un mécanisme bilatéral
Le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et ses Affaires africaines, Ahmed Attaf a bouclé jeudi une visite officielle en Suisse par une journée dense d’entretiens à Berne, rencontrant successivement son homologue aux Affaires étrangères, le chef du département fédéral de Justice et Police et le président du Conseil national fédéral. Les deux pays ont décidé, dans ce cadre, de créer un mécanisme institutionnel dédié au développement de leur coopération. La pièce centrale de la journée a été l’entretien avec le vice-président de la Confédération helvétique et chef de la diplomatie suisse, Ignazio Cassis. Selon le communiqué du ministère des Affaires étrangères, la rencontre a « permis de procéder à une évaluation globale et approfondie des différents volets et axes des relations algéro-suisses et d’examiner les moyens de les hisser vers des perspectives plus larges, à travers le renforcement du dialogue politique, la consolidation du partenariat économique et la valorisation de la dimension humaine des relations de coopération entre les deux pays ». À l’issue des discussions, les deux ministres sont convenus de « mettre en place un mécanisme institutionnel dédié au développement de la coopération bilatérale et au renforcement du cadre juridique régissant les relations entre les deux pays, conformément aux priorités qui seront définies d’un commun accord ». La création d’un tel mécanisme signale une volonté de structurer des relations jusqu’ici gérées au cas par cas, sans cadre permanent de suivi. Les deux chefs de la diplomatie ont également abordé l’actualité internationale, évoquant « nombre de questions régionales d’intérêt commun, notamment les développements actuels au Moyen-Orient et l’évolution de la situation dans la région sahélo-saharienne ». Sur ces deux dossiers, l’Algérie et la Suisse partagent une tradition commune de plaidoyer pour la voie diplomatique, même si leurs leviers d’action diffèrent sensiblement. En marge des entretiens, les deux ministres ont suivi un exposé sur les relations historiques entre les deux pays, rappelant notamment le rôle joué par des personnalités suisses aux côtés du peuple algérien pendant la guerre de libération et la contribution de la Suisse à la facilitation des négociations d’Évian, qui avaient abouti à l’indépendance en 1962. Les deux ministres ont souligné « l’importance de valoriser ce capital historique commun et de le mettre à profit pour perpétuer les traditions de soutien, de solidarité et d’amitié entre les deux pays ». Ce rappel mémoriel n’est pas anodin : Alger y recourt régulièrement pour ancrer ses partenariats dans une légitimité historique qui dépasse le seul registre économique.
Coopération judiciaire
Attaf s’est ensuite entretenu avec Beat Jans, conseiller fédéral et chef du Département fédéral de Justice et Police. Cet entretien, indique le communiqué, « a été consacré à l’examen de l’état de la coopération judiciaire et policière entre l’Algérie et la Suisse, en sus des perspectives visant à lui conférer davantage d’efficacité et de performance, de manière à assurer une prise en charge optimale des préoccupations sécuritaires et juridiques des deux parties ». Ce volet, plus technique, couvre des sujets sensibles tels que l’entraide judiciaire, le rapatriement d’avoirs, et la coopération en matière de lutte contre la criminalité organisée — autant de domaines où la Suisse, place financière internationale, représente un interlocuteur stratégique pour Alger. La journée s’est achevée par une audience avec Pierre-André Page, président du Conseil national suisse, l’une des deux chambres du Parlement helvétique. La rencontre a permis de « passer en revue les différentes dimensions des relations d’amitié et de coopération entre l’Algérie et la Suisse » et de « mettre en avant la volonté politique commune de les dynamiser davantage ». Les deux parties ont examiné « les voies à même de permettre aux Parlements des deux pays de contribuer aux efforts visant à renforcer le partenariat bilatéral, notamment à travers l’activation des différents mécanismes qu’offre la diplomatie parlementaire ». L’implication des parlements dans le suivi des relations bilatérales constitue un levier complémentaire aux canaux gouvernementaux, utile pour ancrer le partenariat dans la durée au-delà des alternances.
Malik Meziane

