Développement minier : Hanifi dévoile sa feuille de route
Mourad Hanifi a pris samedi ses fonctions de ministre des Mines et des Industries minières avec une ambition clairement affichée — faire du sous-sol algérien un levier de diversification économique.
Nommé jeudi dans le cadre du dernier remaniement ministériel décidé par le président Abdelmadjid Tebboune, ce géologue de formation, fort de plus de 25 ans d’expérience dans le secteur, a esquissé dès la cérémonie d’installation une feuille de route articulée autour de trois axes : réforme du cadre juridique, accélération des grands projets et intensification de l’exploration. La passation de pouvoirs s’est tenue au siège du ministère des Hydrocarbures, en présence du ministre d’État Mohamed Arkab — dont le secteur a longtemps coiffé les mines —, de la secrétaire d’État Karima Bakir Tafer, reconduite dans ses fonctions, et des premiers responsables de Sonatrach, de l’Autorité de régulation des hydrocarbures et de l’ALNAFT. Un aréopage qui dit à lui seul l’imbrication historique entre hydrocarbures et mines dans l’architecture institutionnelle nationale, et la volonté de tourner la page d’une tutelle de fait pour donner au secteur minier une existence pleinement autonome.
Devant cet auditoire de cadres et de dirigeants, Mourad Hanifi n’a pas éludé l’écart qui existe entre le potentiel théorique du pays et sa traduction concrète en richesses. L’Algérie, a-t-il rappelé, « regorge d’importantes potentialités minières, notamment le phosphate, le fer, le zinc, le plomb, l’or, le cuivre et d’autres ressources stratégiques », mais ces gisements ne valent que ce que le pays en fait : « les potentialités nationales dans le domaine des mines ne peuvent se transformer en réalité économique que si elles se concrétisent par des opportunités et des projets miniers et industriels tangibles ». Un constat lucide, qui sonne comme un aveu des retards accumulés et une prise de responsabilité sur ce qui reste à accomplir.
Pour y remédier, le nouveau ministre a placé la réforme réglementaire au premier rang de ses priorités. La prochaine étape, a-t-il dit, sera « axée sur la mise en œuvre d’une réforme minière moderne renforçant la transparence, encourageant l’investissement et offrant un cadre juridique attractif, en vue d’accélérer la transformation des ressources naturelles en projets économiques productifs et en emplois ». Hanifi n’est pas un novice sur ce terrain : il a lui-même contribué à l’élaboration de la nouvelle loi minière 25-12, dont les dispositions sont censées simplifier l’accès au foncier minier et sécuriser les droits des investisseurs étrangers comme nationaux.
Sur le plan opérationnel, trois chantiers ont été cités en priorité absolue. Le projet de Gara Djebilet, dans la wilaya de Tindouf. Le projet de zinc et de plomb de Tala Hamza-Amizour, dans la wilaya de Béjaïa, et le projet intégré de phosphate à l’est du pays complètent ce triptyque industriel dont Alger espère qu’il soutiendra les filières sidérurgique, minérale et chimique nationales. Le ministre a également insisté sur « l’application stricte et efficace » des dispositions relatives au contenu local — une façon de signifier qu’il n’est pas question de remplacer une rentre pétrolière par une rente minière, mais de développer une filière industrielle intégrée.
Intensifier l’exploration minière
L’exploration constitue le troisième pilier de cette feuille de route. Hanifi entend intensifier les programmes de prospection « à travers l’ensemble du territoire national, en s’appuyant sur les technologies de pointe et sur les compétences algériennes ». Une orientation qui traduit aussi une ambition de souveraineté technologique.
Mohamed Arkab, qui cède la cotutelle du secteur minier tout en restant à la tête des Hydrocarbures, a profité de la cérémonie pour rappeler que l’ALNAFT s’apprête à lancer « dans les prochains jours » un nouveau cycle d’appels à l’exploration, baptisé « Algeria Bid Round 2026 », destiné à attirer de nouveaux partenaires internationaux et à « conforter la position de l’Algérie en tant que destination énergétique leader et fiable ». Agé de 58 ans, Mourad Hanifi arrive à ce poste avec un profil d’expert plutôt que d’apparatchik. Ingénieur d’État en géologie minière diplômé de l’USTHB, il a présidé le Comité de direction de l’Agence nationale des activités minières (ANAM) et dirigé la Direction générale des mines au sein du ministère de l’Énergie et des Mines, accumulant au fil des années une maîtrise rare des dossiers de législation minière, de fiscalité et de numérisation du secteur. C’est peu dire qu’il connaît les dossiers — il en a rédigé une partie. Hanifi a promis de bâtir un secteur « fort, intégré et durable, contribuant à la diversification de l’économie nationale et au renforcement de la souveraineté économique du pays ». Le chronomètre est lancé.
Samira Ghrib

