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Visite du Pape Léon XIV en Algérie : Un moment historique !

Le pape Léon XIV arrive à Alger ce lundi, à l’invitation du président de la République Abdelmadjid Tebboune. C’est la première visite d’un souverain pontife dans le pays — un événement que religieux, intellectuels et diplomates s’accordent à qualifier d’historique, et qui place l’Algérie au centre d’un dialogue entre civilisations dont le monde a rarement eu autant besoin.

Que le pape choisisse l’Algérie pour inaugurer sa tournée africaine n’est pas un hasard de calendrier. C’est un signal politique fort, une reconnaissance de ce que le pays représente sur la scène internationale et dans l’histoire longue du dialogue interreligieux. Léon XIV concrétise ainsi la volonté de son prédécesseur, le pape François, qui nourrissait depuis plusieurs années le projet de fouler le sol algérien. Pour Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris, invité dimanche de la Radio algérienne, cette visite est «un message à la fois symbolique, spirituel et très politique». «Il y a tellement de pays musulmans qui auraient voulu recevoir le Pape», a-t-il observé. «S’il a choisi l’Algérie, c’est vraiment par cette symbolique.» Le programme de la visite en dit long sur les intentions du Vatican. Le souverain pontife se rendra notamment au Sanctuaire du Martyr, monument dédié aux combattants de la guerre de libération nationale, et à la Grande Mosquée d’Alger — le seul lieu de culte musulman au monde qui abrite un centre de recherche sur le dialogue interreligieux. «Le fait que Léon XIV vienne fouler la salle de prière de la Grande Mosquée d’Alger, c’est extrêmement symbolique», a souligné Chems-Eddine Hafiz. «Il faut qu’on en tire des leçons positives pour dire que celui qui est différent de nous est notre frère en humanité.»

L’Algérie, terre de croisement des civilisations

Pour comprendre pourquoi l’Algérie occupe cette place singulière dans l’imaginaire du dialogue interreligieux, il faut remonter le fil de l’histoire. Deux figures tutélaires reviennent dans la bouche de tous les commentateurs : saint Augustin et l’Émir Abdelkader. Le premier, né à Thagaste — l’actuelle Souk Ahras — au IVe siècle, est l’un des pères fondateurs de la pensée chrétienne occidentale. Il est aussi, profondément, un enfant de cette terre. Le second, résistant à la colonisation française au XIXe siècle, s’est illustré en Syrie en protégeant les populations chrétiennes des massacres intercommunautaires, au péril de sa propre vie. Pour le secrétaire général de la Ligue des oulémas, prêcheurs et imams du Sahel (LOPIS), Lakhmissi Bezzaz, ces deux figures incarnent la spécificité algérienne. «Le poids et la symbolique de l’Algérie découlent de ses profondes valeurs civilisationnelles et humaines», a-t-il déclaré à l’APS, citant saint Augustin qui «a légué un héritage considérable, présent dans de nombreux pays du monde, si bien que plusieurs villes portent son nom ou celui de sa mère», et l’Émir Abdelkader qui a «marqué les esprits par son engagement humanitaire en Syrie, protégeant les chrétiens durant les grands conflits qui ont ravagé le pays du Levant». Le chef de la LOPIS a insisté sur la portée politique de la visite, relevant que «sa tournée africaine commencera par l’Algérie, qui représente le cœur battant de l’Afrique de par son poids historique et symbolique, faisant d’elle un pont entre les deux continents».

L’islamologue Mustapha Cherif, l’une des voix les plus respectées sur ces questions, a tenu à replacer la visite dans cette longue durée. «Le concept du dialogue interreligieux n’était pas étranger aux Algériens, ni à l’islam. De saint Augustin à l’Émir Abdelkader, ce principe a toujours fait partie de la réalité des Algériens», a-t-il rappelé sur les ondes de la Radio nationale. Il a évoqué les «rendez-vous heureux entre le monde musulman et celui du christianisme» qui ont jalonné l’histoire du pays, citant le cardinal Léon-Étienne Duval, archevêque d’Alger qui prit fait et cause pour l’indépendance algérienne pendant la guerre de libération nationale, ou encore Henri Teissier, son successeur, qui resta en Algérie durant les années les plus sombres de la décennie noire. «Le large, l’universel dépasse toujours le spécifique», a philosophé Mustapha Cherif. «Le génie humain, c’est de savoir conjuguer, marier le spécifique et l’universel. Et c’est ce que nos génies, comme l’Émir Abdelkader et saint Augustin, ont su faire.»

Une visite d’État à la portée diplomatique inédite

Sur le plan protocolaire, la visite est classée «visite d’État» — le niveau le plus élevé de la hiérarchie diplomatique. Elle fait suite à la rencontre entre le Président Tebboune et le pape au Vatican en juillet dernier. Le chef du cabinet du ministre des Affaires religieuses, Mohand Azzoug, a précisé dans une intervention à la Radio nationale que cette élévation au rang de visite d’État «reflète des significations profondes aux dimensions politiques, historiques et civilisationnelles». Il a rappelé la place croissante qu’occupe l’Algérie sur la scène internationale, évoquant son classement comme quatrième économie du monde arabe et du continent africain selon les données du Fonds monétaire international, son rôle dans la défense des causes justes durant son mandat au Conseil de sécurité de l’ONU, et son initiative pour la promotion du «vivre en paix», adoptée par les Nations unies comme journée mondiale.

Pour Mohand Azzoug, la visite témoigne aussi de la reconnaissance de la stabilité algérienne dans une région traversée par des turbulences. Mais au-delà des équilibres géopolitiques, elle consacre, selon lui, une image de l’Algérie comme modèle de coexistence religieuse. Il a rappelé le soutien de l’État à la communauté chrétienne, notamment à travers la contribution au financement de la restauration de la cathédrale du Sacré-Cœur et de l’église Saint-Augustin, et souligné que la Constitution algérienne garantit la liberté de culte pour tous les citoyens.

Chems-Eddine Hafiz a, pour sa part, mis en lumière la dimension africaine du déplacement. «Léon XIV va entamer une grande tournée en Afrique en commençant par l’Algérie, qui est le grand frère de l’Afrique», a-t-il affirmé, pays qui «fier de son africanité, n’a jamais tourné le dos à son continent et a toujours œuvré et plaidé pour son développement et son épanouissement». Et d’ajouter, non sans une pointe de fierté : «Vous savez, de l’autre côté les chrétiens basiques, les évêques, les prêtres, les curés m’ont écrit et dit avec énormément d’émotion qu’ils étaient touchés par le fait que Léon XIV vienne en Algérie.»

« As-salamu alaykum » comme slogan

Le choix du slogan officiel de la visite — As-salamu alaykum, «Que la paix soit sur vous» — est en lui-même un acte de langage. Le président du Haut Conseil islamique (HCI), Mabrouk Zaid el Kheir, y a vu «une philosophie profonde du concept de paix, devenu désormais une nécessité civilisationnelle pour préserver l’existence des nations et protéger les valeurs du bien et de la coopération». Dans une déclaration à l’APS, il a rappelé que «l’Algérie, en accueillant le souverain pontife, se remémore sa longue histoire marquée par la succession des différentes civilisations, ainsi que son héritage humain prônant la coexistence, la tolérance et la défense des valeurs de paix, ce qui a fait d’elle un pont de communication à travers l’histoire et une voix engagée en faveur des opprimés». Pour Mabrouk Zaid el Kheir, cette visite revêt deux dimensions indissociables, «historique et spirituelle, de par son lien avec l’héritage de saint Augustin, qui a grandi sur cette terre pure et qui représente l’un des piliers de la pensée humaine». Elle fait de l’Algérie «une plateforme d’accord et de dialogue constructif et un point de départ d’un message civilisationnel actif, dont la finalité est la protection de l’Homme, la préservation de son entité et de sa dignité, et la concrétisation de la coexistence souhaitée». Le président du HCI a également souligné la dimension de «soft power» que revêt cet événement, estimant qu’«Algérie et Vatican partagent les valeurs humaines et de paix» et «présentent un exemple de ce que peuvent être les relations internationales lorsqu’elles sont fondées sur la sagesse et la clairvoyance».

Un modèle à portée universelle

Au fond, ce que la visite de Léon XIV révèle, c’est que l’Algérie a construit, au fil des décennies, une posture internationale originale : celle d’un grand pays musulman qui ne voit pas dans l’altérité religieuse une menace, mais une opportunité de dialogue. Mustapha Cherif a résumé cet état d’esprit avec une formule frappante : «Nous sommes aujourd’hui conscients qu’il s’agit d’un moment où se croisent le passé et l’avenir. Il y aura un avant et un après en matière de dialogue interreligieux et de diplomatie culturelle avec la visite du pape Léon XIV.» Et d’affirmer : «En tant qu’Algériens, nous pouvons dire que nous avons comme principe la notion du vivre-ensemble. Nous avons toujours défendu le bien commun, l’intérêt général, nous avons toujours été exportateurs de la culture de la paix.»

La Ligue des oulémas, prêcheurs et imams du Sahel a, elle aussi, insisté sur ce que le «référent religieux national, par sa modération, sa tolérance et son respect de la vie privée d’autrui en matière d’opinion, de croyance et de pratique religieuse, se présente comme l’une des expressions de la tolérance qui élève l’humanité». Le secrétaire général Lakhmissi Bezzaz a conclu que la visite «véhicule de multiples messages symboliques, notamment de paix, de dialogue et de coexistence interreligieuse».

Trois jours. C’est le temps que Léon XIV passera en Algérie. Trois jours qui, selon tous ceux qui se sont exprimés ce dimanche, pourraient peser bien davantage dans l’histoire du dialogue entre les peuples que bien des sommets diplomatiques.

Salim Amokrane

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