El-Meghaïer : Nouveau pôle pour la culture de la tomate cerise
Dans les serres de la daïra de Djamaa, au cœur du Sahara, une expérience agricole discrète mais ambitieuse est en train de changer l’image d’une wilaya longtemps cantonnée au rôle de réservoir de dattes. L’exploitation privée « Champs du Sud », implantée sur mille hectares dans la wilaya d’El-Meghaïer, cultive depuis deux ans de la tomate cerise sous serres climatisées, avec pour horizon l’exportation vers l’Europe. Un pari audacieux, porté par des techniques modernes et une main-d’œuvre locale de deux cent cinquante travailleurs, qui illustre concrètement la volonté de l’État algérien de diversifier ses recettes au-delà des hydrocarbures. Dix hectares de serres, entièrement équipées de systèmes d’irrigation de précision, de gestion agronomique informatisée et de chauffage artificiel, permettent à l’exploitation de produire de la tomate cerise tout au long de l’année, sans interruption saisonnière. « L’exploitation utilise des semences de bonne qualité et recourt à des techniques modernes d’irrigation, de gestion agricole et de chauffage, en vue de parvenir à un rendement élevé et à une qualité optimale du produit », a précisé à l’APS Tarek Hakimi, gérant de « Champs du Sud ». Résultat : une production continue, calibrée et conditionnée selon les normes en vigueur sur les marchés extérieurs, prête à affronter les exigences des acheteurs européens.
En seulement deux campagnes, les responsables de l’exploitation ont fixé leurs ambitions à un objectif clair : atteindre deux mille tonnes produites d’ici la fin de l’année 2026, avec près de 24% de cette production orientés vers l’exportation. Avant d’atteindre les caisses de livraison, chaque tomate passe par un tri rigoureux selon le calibre et la couleur, effectué à la main par des ouvriers formés à cet effet — une étape décisive pour répondre aux standards sanitaires et commerciaux imposés par les marchés de destination. « Ce type d’expériences agricoles réussies contribue à couvrir les besoins du marché national et à renforcer la volonté de l’État de diversifier ses exportations hors hydrocarbures », a estimé Tarek Hakimi, qui voit dans cette initiative un modèle reproductible pour d’autres filières.
L’initiative ne se développe pas dans un vide institutionnel. Les autorités locales affichent un soutien explicite à ce type d’investissement. Le wali d’El-Meghaïer, Laaredj Nehila, a affirmé que ses services « s’emploient à l’accompagnement des investisseurs en leur apportant le soutien nécessaire, pour garantir l’atteinte des objectifs fixés, notamment en matière de diversification de la production agricole et de renforcement de sa compétitivité ». Un engagement qui se traduit, dans les faits, par une facilitation administrative et un suivi de terrain destinés à lever les obstacles que rencontrent habituellement les porteurs de projets agricoles dans les zones sahariennes. La wilaya dispose en effet d’atouts considérables encore insuffisamment exploités. C’est en tout cas la conviction du président de la Chambre de l’agriculture d’El-Meghaïer, Tahar Belredjouh, qui a appelé publiquement « les investisseurs à s’orienter vers cette wilaya et à tirer parti de son important potentiel, notamment dans le domaine agricole ». Les conditions climatiques du Sud, conjuguées à la disponibilité des terres et à un ensoleillement exceptionnel, constituent des avantages comparatifs réels pour des cultures sous serres où la maîtrise de l’énergie et de la lumière est déterminante.
L’exemple d’El-Meghaïer arrive à un moment où l’Algérie intensifie ses efforts pour développer une offre exportable hors hydrocarbures, dans un contexte de pression persistante sur les revenus pétroliers. La tomate cerise produite dans le désert algérien, conditionnée selon les normes européennes et acheminée vers des marchés à fort pouvoir d’achat, incarne une ambition qui dépasse le seul cadre agricole : celle d’un pays qui cherche, serre après serre, à construire une autre économie.
R.R.

