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Le Makhzen multiplie les trahisons : Un régime qui a choisi d’être du mauvais côté de l’Histoire

Le Makhzen continue d’écrire son registre noir. Chapitre après chapitre.

Il y a des silences qui parlent plus fort que n’importe quel discours. Samedi 18 avril, seize nations arabes et musulmanes — l’Algérie, l’Arabie saoudite, la Somalie, l’Égypte, la Turquie, la Palestine, le Qatar, et d’autres encore — ont signé une déclaration commune pour condamner la désignation par l’entité sioniste d’un émissaire diplomatique auprès du Somaliland, cette région séparatiste du nord-ouest de la Somalie que Tel-Aviv est le seul au monde à reconnaître. Parmi les absents à cette déclaration de solidarité élémentaire : le Maroc et les Émirats arabes unis. Deux pays. Deux signatures manquantes. Un aveu.

Ce n’est pas la première fois. En décembre 2025, déjà, lorsque le monde arabe et musulman avait condamné d’une seule voix la reconnaissance israélienne du Somaliland, Rabat et Abou Dhabi s’étaient distingués par le même silence complice. On commence à connaître la musique. Mais à force de répétition, la trahison cesse d’être un dérapage pour devenir une doctrine. Et c’est bien de cela qu’il s’agit désormais avec le Makhzen : une ligne politique assumée, cohérente dans son incohérence, fidèle à sa seule boussole — les intérêts du palais, quelles qu’en soient les conséquences pour les causes arabes, pour l’Afrique, pour les peuples.

La mécanique est connue. En 2020, le royaume a sacrifié sa reconnaissance internationale de la Palestine sur l’autel d’un deal avec Washington : la normalisation avec l’entité sioniste contre la reconnaissance américaine de la prétendue « marocanité » du Sahara occidental. Une transaction présentée à l’époque comme un coup de maître diplomatique. On mesure aujourd’hui le prix réel de ce marché de dupes. Comme le notent froidement les observateurs, la contrepartie s’est révélée plus lourde que ce que l’on croyait. En plus de la normalisation, le Makhzen a bradé ce qui restait de sa liberté et sa souveraineté de décision. Mohammed VI est désormais l’un des derniers « alliés » de Netanyahou sur la scène internationale — et ce titre, dans le contexte d’un premier ministre poursuivi par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, n’a rien d’un honneur.

Le paradoxe est cruel. Mohammed VI se targue d’être le président du Comité Al-Qods, ce titre hérité de Hassan II censé faire du roi du Maroc le gardien symbolique de la troisième ville sainte de l’islam. Or c’est précisément la violation d’Al-Qods et de la mosquée Al-Aqsa qui a abouti à l’agression génocidaire contre Ghaza et qui a fait plus de 72 000 morts à Ghaza selon les décomptes disponibles. Dans tout cela, le palais royal a choisi le silence. Pire : pendant que la boucherie se poursuivait, les contrats militaires et sécuritaires avec l’entité sioniste se sont intensifiés. Les livraisons d’armements qui transitent par le port de Tanger se sont accélérées. La «présidence du Comité Al-Qods» est ce qu’elle a toujours été : une coquille vide, un ornement dynastique sans substance ni courage.

Le dossier somalien révèle une dimension supplémentaire de cette compromission. En refusant de signer la déclaration commune contre la reconnaissance israélienne du Somaliland, le Makhzen valide implicitement le principe même du démembrement d’un État souverain, membre de la Ligue arabe et de l’Union africaine. L’Union africaine elle-même accuse Israël de «compromettre la stabilité régionale». Rabat préfère regarder ailleurs. La raison est simple : condamner le soutien israélien à une région séparatiste reviendrait à condamner le principe qui sous-tend la politique marocaine au Sahara occidental. La logique du double standard est ici poussée à son paroxysme. On réclame une pseudo- intégrité territoriale assise sur l’occupation d’un autre pays pour soi, on ferme les yeux quand c’est l’autre qui trinque et qui voit sa souveraineté légitime remise en cause.

Pendant ce temps, à El-Ayoun, l’ambassadeur français Christophe Le Courtier effectuait une visite dans la ville sahraouie occupée, aussitôt dénoncée par le ministre des Affaires étrangères de la République arabe sahraouie démocratique comme une «contribution active à la déstabilisation des efforts de la communauté internationale». Paris, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, préfère le confort de l’alignement sur Rabat à ses responsabilités en matière de droit international. Le tableau d’ensemble est cohérent dans sa noirceur : d’un côté un régime qui monnaye ses causes, de l’autre une ancienne  puissance coloniale qui lui offre une couverture diplomatique.

Ce qui frappe, dans ce long glissement, c’est l’écart béant entre le Makhzen et les Marocains eux-mêmes. L’opinion publique du royaume reste profondément pro-palestinienne. Les rues de Casablanca et de Rabat l’ont montré à plusieurs reprises depuis octobre 2023. Le palais gouverne contre son propre peuple sur ce dossier, adossé à une normalisation que personne n’a demandée et que beaucoup réprouvent. C’est là, peut-être, la trahison la plus profonde : celle d’un régime qui a choisi ses alliés étrangers plutôt que ses propres citoyens.

Le Makhzen continue d’écrire son registre noir. Chapitre après chapitre.

Lyes Saïdi

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