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Tensions dans le détroit d’Ormuz : La guerre des nerfs monte d’un cran entre Washington et Téhéran

Islamabad, lundi 20 avril 2026. La « zone rouge » de la capitale pakistanaise est bouclée depuis l’aube. Des hélicoptères tournent au-dessus de l’hôtel Serena, où des délégations sont attendues pour un second cycle de pourparlers entre Washington et Téhéran. Le vice-président américain J. D. Vance devait s’y rendre dans la journée — Donald Trump avait même affirmé au New York Post que sa délégation « serait là ce soir, heure d’Islamabad » — mais selon CNN, un départ effectif n’était attendu que mardi. La Maison Blanche a reconnu ne pas encore savoir « quand » la délégation partirait. Ce flottement calendaire, anecdotique en temps normal, dit quelque chose de l’état réel de la diplomatie dans cette région : tout le monde affiche une volonté de négocier, et personne ne se presse vraiment.

La raison de cette crispation tient en un nom : le Touska. Ce cargo battant pavillon iranien, long de 274 mètres, a été intercepté dans la nuit de dimanche à lundi par l’USS Spruance, un destroyer lance-missiles américain, dans le golfe d’Oman. Donald Trump a annoncé l’opération lui-même sur sa plateforme Truth Social, affirmant que le navire avait ignoré des avertissements répétés avant que les forces américaines « ouvrent une brèche dans la salle des machines ». Des Marines ont ensuite pris le contrôle du bâtiment. Selon le Commandement central américain (Centcom), le Touska était en route vers le port iranien de Bandar Abbas et se trouvait sous le coup de sanctions du Trésor américain pour des activités antérieures qualifiées d’illégales par Washington. Les données de suivi indiquent que le navire avait quitté le port de Klang, en Malaisie, le 12 avril.

Téhéran a réagi avec une fermeté contenue mais sans ambiguïté. Le porte-parole militaire iranien Ebrahim Zolfaghari a qualifié l’opération de « piraterie maritime » et d’attaque contre un navire civil, en invoquant une violation du cessez-le-feu négocié par Islamabad, entré en vigueur le 7 avril et qui avait jusqu’alors largement tenu. « Les États-Unis agressifs, en violant le cessez-le-feu et en s’engageant dans la piraterie maritime, ont attaqué l’un des navires iraniens après avoir désactivé son système de navigation », a-t-il déclaré, annonçant que les forces iraniennes répondraient « bientôt ». Cette réponse est venue rapidement : selon l’agence de presse semi-officielle iranienne Tasnim, des drones ont été lancés dans la nuit contre des navires américains, sans que la nature des cibles — militaires ou commerciales — soit précisée. Le quartier général central Khatam al-Anbiya a confirmé l’opération en la présentant comme une réponse directe à une violation du cessez-le-feu.

Manque de sérieux américain

Le ministère iranien des Affaires étrangères a durci le ton dans la journée de lundi. Son porte-parole Esmaïl Baghaï, lors de son point de presse hebdomadaire, a mis en doute le « sérieux » américain dans le processus diplomatique. « Tout en affirmant privilégier la diplomatie et se dire prêts à négocier, les États-Unis adoptent des comportements qui ne témoignent en rien d’un engagement sérieux », a-t-il déclaré, citant la saisie du Touska, le blocus naval des ports iraniens en vigueur depuis le 13 avril, et les retards dans la mise en œuvre du cessez-le-feu au Liban comme autant de « violations manifestes ». Cette accumulation de griefs explique la réticence de Téhéran à confirmer sa présence à Islamabad. Un représentant iranien cité par Reuters a indiqué que la République islamique examinait « positivement » la possibilité de participer aux pourparlers, mais conditionne sa venue à la levée du blocus naval — une exigence préalable que les médiateurs pakistanais s’efforcent précisément de traiter.

Pourtant, les signaux iraniens ne sont pas tous belliqueux. Le président Massoud Pezeshkian a multiplié lundi les déclarations d’ouverture. Lors de visites successives au ministère de la Justice puis au ministère de la Science, il a tenu un discours d’apaisement calibré : « La guerre ne profite à personne. Tout en faisant face aux menaces, il faut également tirer parti de toutes les voies rationnelles et diplomatiques pour réduire les tensions. » Il a ajouté que « la méfiance à l’égard de l’ennemi et la prudence dans les relations sont également une nécessité inévitable » — formulant ainsi la position iranienne dans toute sa complexité : ouverture au dialogue, sans renoncement à la vigilance. Il a également appelé à un renforcement de l’unité entre pays islamiques, qu’il présente comme le meilleur rempart contre les « complots des puissances étrangères ». Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghtchi s’est de son côté entretenu dans la journée avec son homologue pakistanais Ishaq Dar au sujet des « développements régionaux » et des « questions liées au cessez-le-feu », sans évoquer publiquement les négociations d’Islamabad. L’Iran explore également, selon son ambassadeur à Moscou Kazem Jalali, « diverses initiatives » proposées par la Russie pour sortir de la crise — un canal parallèle qui montre que Téhéran ne mise pas sur un seul interlocuteur.

La situation économique mondiale se ressent de cette instabilité. Depuis que l’Iran est revenu samedi sur sa décision d’ouvrir le détroit d’Ormuz — invoquant la poursuite du blocus américain de ses ports comme motif — les marchés pétroliers se sont aussitôt emballés. Le baril de brent progressait lundi de plus de 5 % pour atteindre 95 dollars, et le West Texas Intermediate gagnait près de 6 %. Environ 20 % du commerce mondial de pétrole transite par ce détroit stratégique, ce qui explique l’attention internationale portée à chacune de ses évolutions. Xi Jinping a été on ne peut plus direct lors d’un appel avec le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman : « Le détroit d’Ormuz doit rester ouvert à la navigation normale. C’est dans l’intérêt commun des pays de la région et de la communauté internationale. » Le dirigeant chinois a aussi appelé à « un cessez-le-feu immédiat et global » et à une résolution par voies « politiques et diplomatiques ». Pékin, qui a exprimé son inquiétude après la saisie du Touska, a appelé les deux parties à négocier.

L.S.

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