Guerre au Moyen-Orient : Les négociations d’Islamabad au point mort
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a quitté Islamabad samedi sans qu’aucune rencontre directe n’ait eu lieu avec les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner, venus au Pakistan dans l’espoir de renouer un dialogue interrompu depuis l’échec d’un premier cycle de pourparlers il y a deux semaines.
Le conflit, déclenché le 28 février par une attaque militaire américano-israélienne contre l’Iran, a fait des milliers de morts et continue de peser sur l’économie mondiale, tandis que les deux parties maintiennent des positions difficilement conciliables. Arrivé vendredi soir à Islamabad, Araghchi s’est entretenu samedi avec le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif et le chef de l’armée, le maréchal Asim Munir. Selon le ministère iranien des Affaires étrangères, il a exposé à ses interlocuteurs « les positions de principe de [l’Iran] concernant les derniers développements liés au cessez-le-feu et à la fin complète de la guerre imposée contre l’Iran. » L’agence officielle IRNA a précisé que les discussions ont également porté sur les relations bilatérales et le renforcement de la coopération régionale. Le chef de la diplomatie iranienne a par ailleurs remercié Islamabad pour son soutien aux Palestiniens et pour ses efforts en faveur de la mise en œuvre du cessez-le-feu au Liban. Sur la question d’une rencontre avec la délégation américaine, Téhéran a été sans ambiguïté. « Aucune rencontre n’est prévue entre l’Iran et les États-Unis », a affirmé le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, sur le réseau social X, précisant que les positions iraniennes seraient transmises à Washington par l’intermédiaire des médiateurs pakistanais. Une position qui contraste avec la communication de la Maison-Blanche : la porte-parole Karoline Leavitt avait affirmé plus tôt que les émissaires Witkoff et Kushner se rendraient au Pakistan pour des pourparlers « avec des représentants de la délégation iranienne », présentant même cette rencontre comme une demande de Téhéran. Le vice-président JD Vance, qui conduisait la délégation américaine lors du premier cycle, n’a pas effectué le déplacement cette fois. Selon la Maison-Blanche, il ne rejoindrait les discussions que « si les pourparlers progressent. »
Après Islamabad, Araghchi a pris la direction de Mascate, avant de poursuivre vers Moscou. Dans un message publié sur X avant son départ, le ministre avait décrit l’objectif de sa tournée : « Se coordonner étroitement avec nos partenaires sur les questions bilatérales et consulter sur les évolutions régionales. Nos voisins sont notre priorité. »
Sur le fond, les positions des deux parties restent éloignées. L’Iran se dit ouvert au dialogue mais inflexible sur son programme nucléaire. « Les négociations ne peuvent aboutir que si nos adversaires reconnaissent le droit de notre nation à l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire », a déclaré l’ambassadeur iranien en Inde, Mohammad Fatali, dans un message publié sur X. L’administration Trump, de son côté, exige que Téhéran abandonne son programme d’enrichissement d’uranium. Sur le plan militaire, les forces armées iraniennes ont haussé le ton samedi. Dans un communiqué, l’état-major a prévenu que « si les forces armées américaines poursuivent leur blocus et persistent dans leurs actes de banditisme et de piraterie dans la région, elles doivent savoir qu’elles s’exposent à une riposte des puissantes forces armées iraniennes », ajoutant : « Nous sommes prêts et déterminés, et surveillons les agissements et les mouvements de nos ennemis. »
La pression économique américaine sur Téhéran s’est par ailleurs intensifiée ces derniers jours. Washington a annoncé vendredi des sanctions contre le raffineur privé chinois Hengli Petrochemical, accusé d’avoir acheté pour plusieurs milliards de dollars de pétrole iranien, ainsi que contre une quarantaine de sociétés de transport maritime liées à la flotte utilisée pour acheminer le brut iranien. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a affirmé que les États-Unis poursuivront leurs efforts pour entraver les réseaux d’exportation pétrolière de Téhéran. La décision intervient à quelques semaines d’une rencontre prévue entre Donald Trump et le président chinois Xi Jinping à Pékin, la Chine étant le premier importateur de pétrole iranien. Washington a également annoncé le gel de 344 millions de dollars de cryptomonnaies liées à l’Iran, Bessent indiquant vouloir « dégrader systématiquement la capacité de Téhéran à générer, bouger et rapatrier des fonds. »
Sur le plan maritime, la marine américaine a annoncé avoir intercepté le pétrolier iranien Herby, exploité par la National Iranian Tanker Company, dans le cadre du blocus imposé par Washington. Le destroyer USS Rafael-Peralta a procédé à l’interception du navire, qui avait cessé d’émettre son signal de localisation depuis le 12 avril au large des côtes indiennes. Aucune précision n’a été donnée sur le sort du bâtiment après son arraisonnement. En Europe, l’Allemagne a annoncé le déploiement prochain du chasseur de mines Fulda en Méditerranée, en vue d’une éventuelle mission dans le détroit d’Ormuz après la fin du conflit, dans le cadre d’une coalition internationale visant à protéger la liberté de navigation. Le PDG de TotalEnergies avait averti vendredi que si le blocage du détroit d’Ormuz se prolongeait « encore deux ou trois mois, nous entrerons dans une ère de pénurie énergétique. »
Lyes Saïdi

