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Guerre au Moyen-Orient : La diplomatie dans l’impasse, le pétrole sous tension

Tandis que les cours du brut franchissent des seuils inédits depuis des mois et que le détroit d’Ormuz demeure sous double blocus, les diplomaties américaine et iranienne s’observent sans se parler. Le deuxième cycle de négociations, prévu au Pakistan, n’a pas eu lieu. La fenêtre reste entrouverte, mais chaque journée qui passe la réduit un peu plus.

C’est dans ce contexte d’incertitude que le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghtchi, a entamé dimanche une série d’escales dont le rythme dit l’urgence. Mascate d’abord, où le sultan Haïtham Ben Tareq d’Oman l’a reçu pour un entretien consacré au sort du détroit. « En tant que seuls États riverains d’Ormuz, nous nous sommes focalisés sur les moyens d’assurer un transit sûr, dans l’intérêt de tous nos chers voisins et du monde entier », a écrit Araghtchi sur X à l’issue de la rencontre. Oman, qui entretient des fils directs avec Washington comme avec Téhéran, est historiquement l’un des canaux les plus discrets et les plus efficaces de la médiation régionale. Avant de regagner Islamabad puis de s’envoler pour Moscou, Araghtchi a également eu un entretien téléphonique avec son homologue turc, Hakan Fidan, sur les perspectives d’un règlement politique. À Saint-Pétersbourg, Vladimir Poutine a reçu le ministre iranien lundi, en lui promettant de faire « tout son possible pour garantir la paix au Moyen-Orient dans les plus brefs délais ». Le président russe a tenu à saluer ce qu’il a présenté comme la résistance d’un peuple à des pressions extérieures : « Nous constatons avec quel courage et quel héroïsme le peuple iranien lutte pour son indépendance, pour sa souveraineté », a-t-il déclaré selon l’agence TASS. Araghtchi, de son côté, a qualifié les relations russo-iraniennes de « partenariat stratégique au plus haut niveau », affirmant que Moscou et Téhéran entendaient poursuivre dans cette voie. La rencontre illustre la logique de blocs qui structure de plus en plus la crise : d’un côté Washington et ses alliés, de l’autre un axe Moscou-Téhéran que la pression américaine contribue paradoxalement à consolider.

Avant d’arriver en Russie, Araghtchi avait attribué aux États-Unis la responsabilité de l’échec du second cycle de pourparlers à Islamabad. « Les approches américaines ont fait que le précédent cycle de négociations, malgré des progrès, n’a pas atteint ses objectifs en raison d’exigences excessives », a-t-il déclaré selon la télévision publique iranienne. Washington présente les choses différemment : Donald Trump a annulé samedi le déplacement de son envoyé Steve Witkoff et de son gendre Jared Kushner au Pakistan, estimant qu’un voyage de 18 heures n’avait de sens que si des propositions sérieuses étaient sur la table. « J’ai dit que nous n’allions plus faire » de négociations directes avec l’Iran, a déclaré le président américain dimanche, avant d’ajouter, sur un ton plus accommodant : « S’ils veulent parler, ils peuvent venir vers nous, ou ils peuvent nous appeler, nous avons de très bonnes lignes téléphoniques sécurisées. »

Selon l’agence iranienne Fars, Téhéran a néanmoins transmis à Washington, via Islamabad, des « messages écrits » précisant ses « lignes rouges » dans les négociations. Le média américain Axios rapporte de son côté qu’une proposition iranienne aurait été soumise : rouvrir le détroit d’Ormuz et mettre fin aux hostilités en priorité, avant d’aborder dans un second temps le dossier nucléaire. Une séquence que Washington ne semble pas prêt à accepter telle quelle.

C’est précisément sur cette séquence que bute la diplomatie régionale. L’Égypte a fait entendre sa voix : le ministre des Affaires étrangères Badr Abdelatty s’est entretenu par téléphone avec l’envoyé américain Steve Witkoff, soulignant « l’importance de poursuivre la voie des négociations afin de consolider le cessez-le-feu et d’œuvrer à la fin de la guerre ». Le communiqué de son bureau, relayé par Al-Jazira, précise que « l’Égypte poursuivra ses efforts inlassables, en coordination avec ses partenaires régionaux et internationaux, pour promouvoir des solutions politiques favorisant la sécurité et la stabilité ». Le Caire, qui parle à tout le monde, cherche à maintenir ouverts les canaux que les protagonistes directs ont tendance à fermer.

Pendant ce temps, les marchés ne se contentent pas d’observer. Le prix du baril de brent progressait lundi de 2,51 % à 107,97 dollars, tandis que le WTI gagnait 2,17 % à 96,45 dollars. « L’absence de progrès signifie que le marché se resserre de jour en jour, ce qui oblige les prix du pétrole à se réajuster à la hausse », ont noté les analystes d’ING. Plus alarmiste encore, Ole Hvalbye du groupe SEB estime que si une réouverture du détroit d’Ormuz n’intervient pas avant juin ou juillet, « le risque devient important de voir surgir une véritable crise ». Par ce goulet maritime transitent quelque 20% des approvisionnements mondiaux en pétrole — un chiffre qui donne la mesure des enjeux.

Dans ce contexte, une proposition de loi déposée lundi devant le Parlement iranien par Ebrahim Azizi, président de la commission de la sécurité nationale, a retenu l’attention. Le texte prévoit que le détroit soit placé sous l’autorité des forces armées iraniennes, que les droits de passage soient réglés en rials et qu’aucun navire lié à des intérêts israéliens ne puisse y transiter. Ce projet, présenté comme fondé sur les directives du Guide suprême, reste pour l’heure une initiative parlementaire — mais il traduit l’état d’un rapport de force que Téhéran entend ne pas laisser se refermer à ses dépens.

Dans les couloirs de la diplomatie internationale, on scrute désormais les signaux que pourrait envoyer la prochaine étape des échanges entre Araghtchi et ses interlocuteurs russes. Moscou ne sera pas le lieu d’un accord — mais elle pourrait être celui d’un échange.

Lyes Saïdi

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