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Prix, stocks, chambres froides et approvisionnement du marché : Un système d’information pour tout voir

Le gouvernement franchit un cap dans sa politique de régulation des marchés. Réunies dimanche à Alger sur instruction du Premier ministre Sifi Ghrieb, les ministres du Commerce intérieur, Amel Abdellatif, et du Numérique, Meriem Benmouloud, ont présenté les contours d’un système d’information unifié destiné à surveiller l’approvisionnement du marché national et à agir sur les prix — en temps réel, sur l’ensemble du territoire.

Le projet n’est pas une promesse de plus. Deux plateformes numériques sont déjà opérationnelles au sein du ministère du Commerce. La première couvre le réseau de distribution, les espaces commerciaux et la surveillance des prix. La seconde cartographie les capacités de stockage — chambres froides, entrepôts — et permet de suivre les niveaux de stocks à tout moment. Ces deux outils seront fusionnés dans le futur système unifié. Ce qui change, c’est leur interconnexion avec les autres administrations, et donc leur capacité à déclencher des interventions coordonnées. Amel Abdellatif a décrit ce que cela change concrètement : la plateforme dédiée au réseau de distribution « permet un suivi précis et en temps réel de la situation de l’approvisionnement », tandis que celle consacrée aux espaces de stockage « offre une cartographie numérique localisant ces espaces, facilitant ainsi le suivi des stocks et contribuant à la prise de décision ». En clair : savoir, à n’importe quel moment, où se trouvent les marchandises, en quelle quantité, et à quel prix elles sont vendues. L’objectif est de ne plus courir après les pénuries ou les hausses de prix une fois qu’elles se sont installées, mais d’anticiper.

Le contexte donne du relief à l’annonce. L’Algérie traverse des tensions récurrentes sur certains produits de base — huile, semoule, légumes frais — dont les prix s’envolent parfois sans que les pouvoirs publics disposent d’une vision claire de la chaîne d’approvisionnement. Les marchés de gros fonctionnent encore largement à l’opaque, les entrepôts de stockage sont peu répertoriés, et les circuits de distribution parallèles échappent à tout suivi systématique. C’est précisément ce vide informationnel que le nouveau système entend combler.

Meriem Benmouloud a cadré l’ambition politique de la démarche : « la mise en place d’un système d’information unifié pour le suivi de l’approvisionnement du marché permettra d’unir les efforts des différents secteurs, grâce à la mise à disposition de données précises et fiables, renforçant ainsi l’efficacité des interventions publiques. » La référence au décret présidentiel n° 25-320, qui institue un dispositif national de gouvernance des données, n’est pas anodine — elle inscrit ce projet dans un cadre juridique plus large, celui de la numérisation de l’État algérien.

Ce qui frappe dans la composition de la réunion, c’est autant sa diversité que son périmètre. Autour de la table : des cadres du ministère de la Défense nationale, du commandement de la Gendarmerie, de la Direction générale de la Sûreté nationale, de l’Agence de sécurité des systèmes d’information, et de l’Office national des statistiques. La régulation des prix n’est pas traitée comme une affaire commerciale ordinaire — elle est abordée comme une question de sécurité économique.

Chokri Hafed

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