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Le blocage du détroit d’Ormuz retient 7 millions de tonnes de GNL chaque jour : Le marché européen du gaz sous haute tension !

Le blocus du détroit d’Ormuz, en vigueur depuis le 28 février, retient chaque mois plus de sept millions de tonnes de GNL dont l’Europe ne peut plus disposer. Pour l’Union européenne, qui abordait déjà l’été avec ses stocks au plus bas depuis quatre ans, la course aux approvisionnements pour l’hiver prochain s’annonce coûteuse, incertaine et périlleuse.

C’est ce que documente le rapport mensuel d’avril du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), publié cette semaine. Le tableau qu’il dresse est sévère. L’UE a entamé le cycle d’injection d’été avec seulement 28,8 milliards de mètres cubes en stock — soit 27 % de sa capacité totale, le deuxième niveau le plus bas en huit ans. Pour atteindre d’ici novembre le seuil réglementaire de 90 %, elle doit injecter près de 65 milliards de mètres cubes cet été, un volume que le GECF qualifie de « niveau de réapprovisionnement le plus élevé en quatre ans ». Et ce, dans un marché mondial du GNL sous tension extrême. La structure des approvisionnements européens ajoute au problème. En 2025, le GNL a pour la première fois dépassé les importations par gazoducs, avec 108 millions de tonnes importées, soit 45 % du bouquet gazier de l’UE. Une dépendance accrue à un mode d’approvisionnement maritime, donc exposé à des risques que Bruxelles ne maîtrise pas. Le Qatar, traditionnel fournisseur, ne représentait déjà plus que 8,7 millions de tonnes livrées à l’Europe en 2025, contre 15 millions en 2019. C’est l’Asie qui a absorbé l’essentiel des volumes qataris — 68 millions de tonnes sur un total de 73. Et c’est l’Asie qui subit aujourd’hui le choc le plus brutal : ses importations de GNL ont chuté de 4 % en glissement annuel en mars 2026, au plus bas depuis 2019.

Guerre des prix

Ce déplacement de la demande vers les mêmes cargaisons alternatives crée une guerre des prix entre Européens et Asiatiques sur le marché spot. En mars, les prix spot européens sur le TTF ont bondi de 58 % en un mois à 17,8 dollars par MMBtu, tandis que les prix spot en Asie du Nord-Est grimpaient de 94 % à 20,9 dollars. Avec une prime asiatique qui devrait rester supérieure d’au moins un dollar au TTF entre mai et septembre, les cargaisons américaines — flexibles par contrat — sont tentées de contourner le cap de Bonne-Espérance pour rejoindre des acheteurs mieux-disants. « La sécurité fournie par le GNL américain à destination flexible a commencé à s’effilocher rapidement », note le GECF.

Ce que le rapport pointe en creux, c’est une fragilité structurelle que la crise n’a pas créée mais révèle. Depuis 2000, le ratio mondial entre capacité de stockage et consommation annuelle de gaz est tombé de 13,3 % à 10,6 %, la demande ayant progressé bien plus vite que les investissements dans les infrastructures souterraines. L’Europe fait figure d’exception avec un ratio de 33 %, le plus élevé au monde — mais ce chiffre flatteur tient en partie à une contraction de la consommation européenne, pas à une expansion des capacités de stockage. La marge est moins confortable qu’elle n’y paraît.

Dan Jørgensen, commissaire européen à l’Énergie, a adressé en mars une lettre aux ministres de l’UE pour les inciter à activer le seuil d’alerte de 80 %, dit des « conditions difficiles », avec une date-butoir fixée à décembre — un délai plus souple que l’objectif habituel de novembre, destiné à atténuer la pression sur les prix. Le message est clair : l’Europe ne peut pas se permettre de répéter l’hiver 2021-2022. Cette fois, la pression ne vient pas d’un gazoduc coupé, mais d’un détroit fermé. La géographie a changé, la vulnérabilité.

Samira Ghrib

admin

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