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Tindouf, porte ouverte sur l’Afrique 

Ils sont venus de Dakar, de Conakry, de Freetown et de Nouakchott. Lundi, en marge du Salon des services et produits algériens destinés à l’exportation qui se tient à Tindouf, plusieurs ambassadeurs africains accrédités à Alger ont pris la parole pour dire, chacun à sa manière, la même chose : les échanges commerciaux entre l’Algérie et l’Afrique bougent, et ils bougent vite.

Pas moins de 104 entreprises algériennes de production et de services, 45 entreprises artisanales — le salon, organisé sous le slogan « Tindouf, porte d’exportation vers les pays de l’Afrique de l’Ouest », offre une vitrine concrète à une ambition que l’Algérie cultive depuis plusieurs années : s’imposer comme fournisseur incontournable sur les marchés du continent, au-delà des hydrocarbures. C’est l’ambassadeur mauritanien, Sidi Mohamed Abdellah, qui a livré les chiffres les plus parlants. Interrogé par l’APS, il a indiqué que les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint « environ 500 millions de dollars », avec des perspectives de progression liées à un chantier qui concentre beaucoup d’espoirs : la route terrestre reliant Tindouf à Zouérate. Une fois achevée, cette infrastructure doit désenclaver les échanges transfrontaliers et réduire les délais de livraison. Le diplomate a insisté sur le fait que Tindouf est devenue « une porte stratégique de l’Algérie vers les marchés de l’Afrique de l’Ouest » — une formule qui résume assez bien la recomposition géographique du commerce algérien vers le sud.

Ce que Sidi Mohamed Abdellah a aussi révélé, c’est l’état avancé des discussions autour d’un accord préférentiel bilatéral. Les deux pays négocient une liste de produits qui bénéficieraient d’une exonération des droits de douane des deux côtés de la frontière. Un accord de ce type, s’il aboutit, donnerait un cadre formel à des échanges qui fonctionnent encore largement de façon informelle. Il a rappelé que l’ouverture des postes frontaliers, décidée par les présidents des deux pays il y a environ 18 mois, « a donné un nouvel élan aux échanges commerciaux ». Sur le marché mauritanien, les produits algériens sont réexportés vers les pays voisins d’Afrique de l’Ouest — un effet de levier qui décuple la portée réelle des exportations algériennes au-delà des statistiques bilatérales. Le salon annuel des produits algériens organisé en Mauritanie avait réuni plus de 220 entreprises lors de sa dernière édition ; 300 sont attendues pour la prochaine.

Sénégal : la banque comme signal

L’ambassadeur du Sénégal, Mbaba Kora Ndiaye, a choisi un autre angle pour illustrer le resserrement des liens. Pour lui, l’indicateur le plus révélateur est l’inauguration de la banque algéro-sénégalaise, qu’il a présentée comme « un indicateur des efforts déployés pour faciliter l’investissement et les échanges commerciaux entre les deux pays, ainsi qu’avec le reste de l’Afrique ». Disposer d’un outil bancaire commun, c’est s’attaquer à l’un des obstacles les plus concrets qui freinent le commerce intra-africain : la difficulté à financer et à sécuriser les transactions dans une devise commune ou via des circuits fiables. Le diplomate sénégalais a également insisté sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) comme cadre de référence pour approfondir cette coopération — un rappel que le bilatéral doit s’articuler avec une architecture continentale en construction.

L’ambassadeur de Sierra Leone, Alhaji Brima Elvis Koroma, a mis en avant un phénomène moins souvent évoqué : l’utilisation de la Mauritanie comme point d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest pour les opérateurs économiques algériens. Ce passage mauritanien fonctionne comme un relais commercial naturel, et son développement renforce ce que le diplomate a appelé « la dynamique d’intégration économique régionale ». Il a par ailleurs rendu hommage aux positions de l’Algérie en faveur du continent, sans préciser lesquelles — mais le sous-texte est clair : la diplomatie africaine d’Alger ouvre des portes commerciales.

Le premier secrétaire de l’ambassade de Guinée, Mohamed Abderrahmane, a quant à lui plaidé pour un renforcement du commerce intra-africain dans son ensemble, en pointant la nécessité d’exploiter les ressources du continent plutôt que de continuer à exporter des matières premières vers l’extérieur. Une invitation à penser le partenariat algéro-africain non pas comme une relation fournisseur-client, mais comme une complémentarité entre économies qui ont intérêt à se trouver.

Au-delà des déclarations diplomatiques, le salon de Tindouf dit quelque chose de simple et de structurel : l’Algérie parie sur sa géographie. Tindouf dispose d’une position de carrefour naturel vers l’Afrique subsaharienne. Organiser un salon d’exportation dans cette ville n’est pas un hasard — c’est une affirmation de vouloir faire du Sud algérien une interface économique, et pas seulement une zone tampon sécuritaire.

Les chiffres du salon — 149 entreprises participantes, un accès à un marché ouest-africain de plus de 150 millions de consommateurs selon l’ambassadeur mauritanien — donnent une mesure de l’ambition.

Samir Benisid

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