Culture

L’ONDA signe trois conventions sur la propriété intellectuelle : Protéger la création à l’ère du numérique

La ministre Malika Bendouda a présidé, lundi au Palais de la Culture Moufdi-Zakaria, la signature de trois conventions entre l’ONDA et des institutions publiques et privées, donnant corps à une ambition que les acteurs culturels attendaient depuis longtemps : faire de la protection des droits d’auteur une réalité concrète, pas seulement un principe affiché.

La date n’est pas anodine. La Journée mondiale de la propriété intellectuelle, célébrée chaque 26 avril, servait de cadre à la cérémonie. Mais au-delà du symbole, c’est la portée des engagements pris qui retient l’attention. L’Office national des droits d’auteur et droits voisins (ONDA) a paraphé trois accords bilatéraux : l’un avec l’institution des Archives nationales, représentée par son directeur général Mohamed Bounâama ; un autre avec l’École nationale supérieure du journalisme et des sciences de l’information, représentée par Khaled Lalaoui ; et un troisième avec la plateforme Dropzik, spécialisée dans la distribution de musique numérique. Trois secteurs, trois réalités différentes, un même fil conducteur : encadrer juridiquement la création à l’ère du tout-numérique. Malika Bendouda n’a pas usé de formules creuses pour l’occasion. Devant un parterre d’institutionnels et de professionnels de la culture, elle a rappelé que la protection de la création « est plus qu’une obligation juridique, mais un choix civilisationnel ». Elle a aussi insisté sur le fait que préserver les droits des créateurs « demeure une responsabilité collective nécessitant la mobilisation des institutions, des médias et de la société civile ». Des mots qui sonnent comme un appel direct aux acteurs du secteur, souvent laissés seuls face au pillage numérique.

Du côté de l’ONDA, son directeur général Samir Thaalbi a mis en avant une vision plus économique du dossier, soulignant que protéger la créativité humaine est un « levier de développement durable » et que l’innovation numérique « joue un rôle clé dans le développement des sociétés ». Dans un pays où le piratage musical circule librement sur les plateformes et les clés USB des marchés informels, la convention avec Dropzik prend une résonance particulière. La distribution légale de musique en ligne reste encore marginale en Algérie ; cet accord pourrait contribuer à changer la donne, au moins symboliquement.

L’autre temps fort de la journée, c’est le lancement du label « Copyright Friendly ». Cette distinction institutionnelle a vocation à récompenser chaque année les entreprises qui respectent ce que la ministre appelle « l’authenticité créative » et les droits d’auteur et droits voisins. L’idée est simple : valoriser publiquement ceux qui jouent le jeu de la légalité, dans un environnement où l’usage non autorisé d’œuvres musicales, audiovisuelles ou littéraires est encore banalisé. Un levier de réputation plutôt que de sanction, ce qui constitue un pari inhabituel mais pas dénué de pragmatisme.

Ces trois conventions ne règlent évidemment pas tout. Les défis restent immenses : faiblesse des mécanismes de contrôle, absence de culture du droit d’auteur dans de larges pans de la société, économie informelle qui absorbe une part significative de la consommation culturelle. Mais elles posent des jalons. Associer des archives nationales, une école de journalisme et une plateforme de streaming dans un même élan juridique, c’est reconnaître que la question de la propriété intellectuelle traverse tous les secteurs de la vie culturelle, de la conservation du patrimoine jusqu’à la chanson qui tourne en boucle sur les téléphones.

Mohand Seghir

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