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Sahara occidental : Un juriste espagnol démonte les manœuvres marocaines

Le professeur Carlos Ruiz Miguel, spécialiste de droit constitutionnel et directeur du Centre d’études sur le Sahara occidental en Espagne a disséqué mercredi les ressorts juridiques, politiques et économiques d’un conflit que la communauté internationale refuse toujours d’affronter franchement. Il est d’abord revenu sur la conférence, coorganisée par l’université locale de Tindouf et celle de Tifariti à l’occasion du cinquantenaire de la proclamation de la RASD. « C’était une conférence de deux jours avec un très haut niveau de présentation. Le programme était très bien dessiné et l’organisation toute entière a été très bonne », a-t-il relevé. Sur le fond du dossier, Ruiz Miguel n’a pas ménagé ses mots. Les dernières propositions marocaines dans le cadre des négociations onusiennes sont, selon lui, « une provocation » et marquent « un recul par rapport aux propositions antérieures ». La raison est simple : elles continuent de poser l’intégration au Maroc comme point de départ de toute discussion, alors que le droit international en fait, au mieux, une conclusion possible parmi d’autres. « Le droit à l’autodétermination, c’est le droit à l’autodétermination du peuple du Sahara occidental, pas du peuple marocain », a-t-il rappelé, avec une netteté qui tranche dans un débat souvent noyé sous les euphémismes diplomatiques. « La base des discussions au sein des Nations unies reste inchangée, centrée sur ce droit fondamental », a-t-il insisté, rejetant toute tentative de déplacer ce principe vers un pseudo-cadre souverainiste marocain comme « une déviation juridique et politique ». Dans ces conditions, il exprime un scepticisme net quant à l’issue des négociations : « les conditions actuelles ne permettent pas d’aboutir à une solution conforme au droit international ».

Mais c’est sur la question des influences occultes que l’universitaire a été le plus direct. Il décrit un système rodé, où le Makhzen utilise la corruption non comme un dérapage, mais comme un outil de politique étrangère. « On a des preuves déjà de la corruption d’un député européen par l’ambassadeur marocain », affirme-t-il, en référence aux scandales qui ont secoué le Parlement européen ces dernières années. Ces pratiques, précise-t-il, « ne se limitent pas à des transactions financières, mais incluent également des formes de pression et de chantage » visant des responsables politiques en Espagne, en France et en Belgique, dans le but d’infléchir leurs positions sur le Sahara occidental. L’influence marocaine s’étend selon lui bien au-delà des couloirs parlementaires : elle repose sur un système d’échanges où la coopération sécuritaire et migratoire fonctionne comme monnaie d’échange pour obtenir des avantages économiques auprès de Bruxelles. « Ces liens dépassent le cadre diplomatique classique », dit-il, et les justifications avancées ne résistent pas à l’examen : « les bénéfices sont largement asymétriques ».

Sur le terrain économique, Ruiz Miguel pointe les effets concrets des accords commerciaux entre le Maroc et l’Union européenne. Des secteurs comme l’automobile et le textile bénéficient de délocalisations qui permettent aux entreprises européennes de produire à moindre coût tout en réexportant vers le marché unique. Résultat : « dans plusieurs domaines industriels, on met en œuvre une politique contraire aux intérêts économiques européens » eux-mêmes. Une contradiction que peu de responsables européens acceptent de nommer publiquement, et que le professeur relie directement aux pressions politiques évoquées plus haut.

La conclusion est sévère. Pour Carlos Ruiz Miguel, « le système international est défaillant » face au dossier sahraoui. La communauté internationale accumule les résolutions, notamment au Conseil de sécurité, sans jamais les faire respecter. Ce n’est pas de l’impuissance, selon lui : c’est le reflet de « rapports de force et de complicités qui permettent à certains acteurs d’échapper aux obligations du droit international ».

L.S.

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