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Conflit au Moyen-Orient : La tension monte au détroit d’Ormuz

Frappes de drones, tirs de missiles, cargo en feu, alerte aux missiles aux Émirats : le détroit d’Ormuz, verrou pétrolier de la planète, a vécu lundi l’une de ses journées les plus périlleuses depuis le début du conflit le 28 février, alors que Washington lançait son opération d’escorte navale, qu’il a ironiquement baptisé « Projet liberté », pour débloquer un trafic maritime paralysé depuis plus de deux mois.

Les faits se sont succédé à un rythme soutenu tout au long de ce lundi 4 mai, dessinant le tableau d’une escalade militaire aux conséquences potentiellement mondiales. Un incendie s’est déclaré sur le site industriel pétrolier de Foujeïra, aux Émirats arabes unis, à la suite de ce que le bureau des médias émirien a décrit dans un communiqué comme une attaque de drone. Dans le même temps, un cargo sud-coréen, le HMM Namu — un porte-conteneurs de 180 mètres battant pavillon panaméen et exploité par un armateur de Séoul — a été frappé par une explosion suivie d’un incendie alors qu’il se trouvait à l’ancre dans les eaux proches des Émirats. Le ministère sud-coréen des Affaires étrangères, qui a confirmé l’incident sans signaler de victimes à bord, a indiqué que « les causes de l’explosion et de l’incendie, ainsi que l’étendue précise des dégâts, font actuellement l’objet d’une enquête ».

Les Émirats arabes unis ont, de leur côté, affirmé que l’Iran avait tiré deux drones sur un pétrolier appartenant à leur compagnie nationale, Adnoc, dans le détroit.

La journée a également été marquée par un épisode de grande confusion autour d’un possible tir de missiles contre un navire militaire américain. L’agence de presse iranienne Fars a affirmé que la marine iranienne avait visé une frégate américaine qui s’approchait du port de Djask, « après avoir ignoré un avertissement ». Le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient, le Centcom, a immédiatement démenti sur le réseau X : « Aucun navire de la marine américaine n’a été touché. » Cette guerre d’informations, difficilement arbitrable en temps réel, illustre la volatilité extrême de la situation dans cette artère maritime par laquelle transite environ 20 % du pétrole mondial.

C’est précisément pour tenter de desserrer ce verrou que Washington avait annoncé son opération baptisée « Project Freedom ». Des destroyers lance-missiles guidés de la marine américaine sont entrés dans le golfe Persique, et le Centcom a déclaré que « deux navires marchands battant pavillon américain ont traversé avec succès le détroit d’Ormuz et poursuivent leur route en toute sécurité ». Une avancée que le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a présentée sur Fox News comme un levier de stabilisation des prix du pétrole : « Nous estimons qu’il y a plus de 150, 200 pétroliers qui peuvent sortir » du Golfe une fois le trafic rétabli. Le déficit de livraison, selon lui, atteindrait huit à dix millions de barils par jour du fait du conflit.

Téhéran a répondu à cette initiative en multipliant les signaux d’avertissement. Le porte-parole du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), Sardar Mohebbi, a prévenu dans un communiqué relayé par l’agence Fars que « toute activité maritime non conforme aux principes annoncés par la marine du CGRI s’expose à de graves risques, et les navires contrevenants seront stoppés par la force ». Les Gardiens ont par ailleurs publié une carte délimitant les zones du détroit qu’ils considèrent sous leur contrôle, allant du mont Moubarak, en Iran, jusqu’au sud de Foujeïra, côté émirati. Une cartographie qui constitue, de fait, une revendication de souveraineté sur des eaux du détroit.

Sur le plan diplomatique, des négociations indirectes se poursuivent en parallèle. Téhéran a confirmé avoir reçu, via des médiateurs pakistanais, une réponse américaine à sa proposition de cessez-le-feu en quatorze points, centrée sur la fin du conflit et excluant explicitement la question nucléaire. « Aucune question nucléaire n’est mentionnée dans notre plan de fin de guerre », a précisé le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei. Washington proposait une trêve de deux mois ; Téhéran réclame un règlement dans les trente jours. L’Iran a par ailleurs appelé les États-Unis à « adopter une approche raisonnable » et à abandonner leurs « demandes excessives ».

Wall Street a ouvert en légère baisse, le Dow Jones cédant 0,31 %, les marchés digérant avec prudence une journée chargée en incertitudes géopolitiques.

Lyes Saïdi

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