Route transsaharienne : Une délégation algérienne au Tchad
Moins de deux semaines après la signature à Alger d’une série d’accords bilatéraux avec N’Djamena, une délégation technique algérienne de haut niveau a atterri dimanche dans la capitale tchadienne pour traduire en actes les engagements présidentiels : entreprises publiques en tête, l’Algérie est prête à bitumer les tronçons manquants de la route transsaharienne sur le territoire tchadien. Le 22 avril dernier, les présidents Abdelmadjid Tebboune et Mahamat Idriss Déby Itno co-présidaient à Alger la signature de plusieurs accords et mémorandums d’entente, couvrant les travaux publics, l’énergie, l’industrie pharmaceutique et les transports. Tebboune avait alors déclaré que « ce que nous avons réalisé aujourd’hui est un pas important vers la construction d’un partenariat stratégique intégré », affirmant la volonté de l’Algérie de bâtir un « modèle africain réussi de coopération interafricaine ». Dix jours plus tard, lors du Conseil des ministres du 3 mai, il ordonnait au gouvernement de « prendre en charge immédiatement la réalisation de deux tronçons de la route transsaharienne par des entreprises algériennes, afin de compléter la partie restante sur le territoire tchadien dans le but d’augmenter les échanges commerciaux et économiques entre les deux pays ». La délégation débarquée dimanche à N’Djamena s’inscrit dans cette veine. Elle regroupe des représentants du ministère des Travaux publics et des Infrastructures de base, de l’Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement (AICA), ainsi que trois poids lourds du secteur public du BTP : Cosider Travaux publics, la Société nationale des travaux publics (SNTP) et l’Organisme national de contrôle technique des travaux publics (CTTP). La composition de la délégation est en elle-même un signal : il ne s’agit pas d’une mission d’étude préliminaire, mais d’une équipe venue avec les opérateurs qui réaliseront les travaux. La délégation a été accueillie officiellement par le ministre tchadien des Infrastructures, du Désenclavement et de l’Entretien routier, Amir Idriss Kourda, en présence de l’ambassadeur d’Algérie au Tchad. Les discussions ont porté sur « les premiers préparatifs relatifs au lancement de la réalisation de deux tronçons stratégiques de la route transsaharienne dans le territoire tchadien, sachant que la réalisation de la partie restante de cet axe important devrait être prise en charge par des entreprises algériennes », selon le communiqué du ministère des Travaux publics.
L’enjeu dépasse le seul chantier routier. La route transsaharienne doit traverser le Tchad sur environ 900 kilomètres. Si l’Algérie, le Niger, la Tunisie et le Nigeria ont depuis longtemps achevé leurs sections respectives, le Tchad est encore loin d’avoir finalisé la sienne. En s’engageant à financer et à réaliser ces tronçons avec ses propres entreprises, Alger adopte une posture inédite : celle d’un bailleur de fonds et d’un maître d’ouvrage délégué sur le sol d’un État voisin, au nom de la solidarité africaine et de ses intérêts stratégiques dans la profondeur sahélienne.
Tebboune avait d’ailleurs souligné lors des entretiens d’avril qu’Algérie et Tchad « ne sont pas liés par le fait d’un simple hasard », mais « partagent une profondeur historique héritée de la route transsaharienne ». Cette formule, qui convoque l’histoire pour légitimer le présent, donne la mesure de ce que représente ce chantier dans la vision que l’Algérie se fait de son rôle continental.
Amar Malki

