Culture

Béjaïa : Colloque sur la mémoire de Cheikh El-Hasnaoui

C’est dans le cadre du Mois du patrimoine que Béjaïa a rendu, samedi, un hommage rare à l’une des voix les plus singulières de la chanson kabyle. Un colloque scientifique consacré à Cheikh El-Hasnaoui — Mohammed Khelouat de son vrai nom — a réuni chercheurs, universitaires et passionnés autour d’une question qui dépasse le simple hommage : comment préserver, transmettre et étudier l’œuvre d’un artiste que ses contemporains ont aimé sans toujours le lire ? L’événement, organisé par l’association culturelle éponyme en collaboration avec le secteur de la culture et des arts, s’inscrit dans la programmation du Mois du patrimoine, qui court du 18 avril au 18 mai. Le choix de Cheikh El-Hasnaoui n’est pas anodin. Né le 23 juillet 1910 à Taâzibt, dans le village d’Ihesnaouen, à Tizi-Ouzou, ce fils de la Kabylie profonde avait commencé à chanter à la fin des années 1920, avant de bâtir un répertoire de près de soixante-dix chansons — portraits de l’exil, de l’absence et de la nostalgie — que des générations d’Algériens ont fredonnées sans en connaître toujours l’auteur. Il s’était retiré de la scène en 1970, s’était installé à La Réunion en 1988, et y était mort le 6 juillet 2002, à 92 ans, loin des montagnes qui avaient nourri son imaginaire.

C’est précisément cet écart — entre la popularité de l’œuvre et la rareté des études qui lui sont consacrées — que le colloque entendait combler. Le psychiatre Soulali Mohand, qui se définit aussi comme un grand admirateur de la poésie de l’artiste, a rappelé que l’association était déjà active sur ce terrain. Elle « se dit prête à accompagner les étudiants qui souhaiteraient consacrer des thèses à Cheikh El-Hasnaoui », a-t-il déclaré, précisant que cinq ouvrages avaient déjà été publiés sur sa vie et son œuvre. Ses textes, qu’il a lui-même écrits et interprétés, « peuvent faire l’objet d’un travail d’étude », a-t-il ajouté, soulignant ainsi la double dimension littéraire et musicale d’un héritage trop souvent réduit à ses seules mélodies.

La question de l’enseignement a traversé les débats. Le psychosociologue et écrivain Arezki Khouas a élargi la réflexion au-delà du seul Cheikh El-Hasnaoui, en affirmant que « de nombreux artistes et poètes algériens méritaient que leurs œuvres soient étudiées dans les programmes scolaires et universitaires ». Une manière de pointer, sans détour, l’absence persistante du patrimoine artistique national dans les cursus officiels. Mohammed Ouamrane, vice-président de l’association, a quant à lui précisé les ambitions concrètes de la démarche. Ce colloque visait à « décortiquer les œuvres de Cheikh El-Hasnaoui », a-t-il dit, dans « une démarche de préservation de sa mémoire et de valorisation de son art ». Il a également annoncé la prochaine publication d’un livre regroupant l’ensemble des textes des chansons de l’artiste, destiné aussi bien aux chanteurs qui souhaitent s’en emparer qu’aux chercheurs qui voudraient les analyser. L’après-midi, la Maison de la culture Taous-Amrouche a accueilli un concert puisant dans le répertoire de l’artiste, animé par plusieurs chanteurs. Une façon de rappeler que la mémoire ne se conserve pas seulement dans les archives — elle vit aussi dans la voix de ceux qui continuent de chanter.

R.C.

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