Attaques de drones contre l’aéroport de Khartoum : Abu Dhabi au banc des accusés
Le gouvernement soudanais a accusé mardi les Émirats arabes unis d’avoir commandité les attaques de drones menées la veille contre l’aéroport international de Khartoum, affirmant détenir des preuves matérielles de leur implication et se réservant le droit de répondre à ce qu’il qualifie d’agression contre sa souveraineté. C’est lors d’une conférence de presse conjointe, tenue mardi à Khartoum, que trois hauts responsables soudanais ont rendu publiques ces accusations. Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Mohi Eddine Salim, le ministre de la Culture, de l’Information, des Antiquités et du Tourisme, Khaled Al-Issair, et le porte-parole officiel des forces armées, le général de brigade Asem Awad Abdel Wahab, ont indiqué que « des preuves et éléments irréfutables obtenus par le gouvernement et les services compétents confirment cette agression ». Ils ont également évoqué des éléments supplémentaires liés à d’autres violations attribuées à des drones émiratis au cours de l’année en cours, laissant entendre que les frappes du 4 mai ne constituent pas un incident isolé.
L’élément central avancé par Khartoum pour étayer ses accusations repose sur l’analyse des débris retrouvés sur les lieux des attaques. Les autorités ont indiqué qu’un appareil portant le numéro de série S88 a été identifié parmi les restes, et que le fabricant aurait confirmé son appartenance aux Émirats arabes unis. Cette pièce à conviction, présentée comme déterminante, constitue selon le gouvernement soudanais la preuve tangible d’une implication directe d’Abu Dhabi dans les frappes qui ont visé la capitale lundi 4 mai.
Selon les responsables soudanais, les attaques de drones ont ciblé l’aéroport international de Khartoum, des zones résidentielles avoisinantes ainsi que des sites militaires à Khartoum-Bahri et à Omdurman. Des incendies se sont déclarés dans plusieurs secteurs, nécessitant des efforts importants pour contenir les flammes et empêcher leur propagation à d’autres installations. Des sources locales ont précisé que des drones attribués aux Forces de soutien rapide ont visé les abords de l’aéroport, provoquant un état d’alerte sécuritaire dans la capitale. Les autorités ont qualifié ces opérations d’« agression directe » et de « grave atteinte à la souveraineté nationale ».
Face à ces faits, le gouvernement soudanais a adopté un ton ferme. Les trois responsables ont déclaré conjointement que « le gouvernement, le peuple et les forces armées du Soudan disposent du droit de répondre au moment et à l’endroit qu’ils jugeront appropriés ». Les forces armées soudanaises ont réitéré leur engagement à défendre le territoire national, affirmant être « en état de haute préparation » pour faire face à différents scénarios et qu’elles « ne toléreront aucune atteinte à la souveraineté » du pays.
Les Émirats arabes unis, qui n’ont pas réagi officiellement aux accusations formulées par Khartoum, sont régulièrement mis en cause par les autorités soudanaises pour leur soutien aux Forces de soutien rapide, milice paramilitaire en guerre contre l’armée régulière depuis avril 2023. Les accusations portées mardi par Khartoum contre Abu Dhabi s’inscrivent dans un contexte géopolitique que les observateurs suivent de près depuis le début du conflit en avril 2023. Les Émirats arabes unis sont en effet régulièrement mis en cause pour leur soutien aux Forces de soutien rapide, milice paramilitaire issue des anciennes milices janjawid du Darfour. Ce soutien s’expliquerait par des intérêts convergents : des réseaux commerciaux liés au chef des FSR Mohamed Hamdan Daglo, dit Hemedti, exportent de l’or vers Dubaï, l’un des principaux hubs mondiaux du négoce de ce métal, tandis qu’Abu Dhabi cherche à étendre son influence sur la mer Rouge, voie stratégique du commerce mondial le long des 850 kilomètres de côtes soudanaises. Cependant, depuis le printemps 2025, le rapport de force a évolué en faveur de l’armée régulière, qui a repris Khartoum et contraint les FSR à se replier vers le Darfour, compromettant les ambitions émiraties dans la région.
L.S.

