Culture

Il y’a deux ans Hasna El Bacharia nous quittait : La diva du Diwane aux pieds nus

Elle jouait pieds nus, et tout le monde s’en souvient encore.

Hasna El Bacharia, de son vrai nom Hosni Hasniat, est morte le 1er mai 2024 à l’hôpital Tourabi Boudjemâa de Béchar, la ville où elle était née le 28 juin 1950. Elle avait 73 ans. Deux ans après, son nom reste attaché à quelque chose de rare : une femme qui avait pris le goumbri — instrument de la musique Diwane, réservé de mémoire d’homme aux seuls mâalems masculins — et en avait fait sa voix propre, sur les scènes d’Algérie et d’ailleurs.

Personne avant elle ne l’avait fait. Personne depuis ne l’a refait.

Le goumbri est un instrument sérieux, chargé d’histoire et de codes. Dans la tradition du Diwane, ce luth à cordes graves appartient aux mâalems, maîtres musiciens formés pendant des années dans un univers exclusivement masculin. Hasna n’en avait cure. Elle a appris, elle a joué, elle a composé. Elle maîtrisait aussi l’harmonica et l’oud — ce premier luth, elle l’avait reçu au début des années 1970 des mains d’Ahmed Medeghri, ancien moudjahid et ministre de l’Intérieur. Un geste d’encouragement qui avait ouvert une carrière entière.

Ce qui frappait dans ses performances, au-delà de la maîtrise technique, c’était la présence. Elle montait sur scène sans chaussures. Pas un oubli, pas une excentricité calculée : une façon d’être là, au sol, dans la musique. Le surnom s’est imposé de lui-même : « la diva du Diwane aux pieds nus ». Noureddine Rahou, musicien et percussionniste qui a longtemps partagé les scènes avec elle, le dit sans détour : elle s’est imposée comme une artiste singulière, tout en restant fidèle à elle-même. C’est rare. C’est même le truc le plus difficile.

Sa chanson « El-Djazair Djawhara » est entrée dans le répertoire. La réalisatrice algéro-canadienne Sarah Nacer lui a consacré un documentaire, « La Rockeuse du désert », qui retrace son parcours et son œuvre avec la distance que seul le cinéma permet. En 2017, l’État algérien lui a remis la médaille de l’Ordre du mérite national au rang d’Achir, distinction réservée aux artistes, chercheurs et gens de lettres ayant contribué au rayonnement du patrimoine culturel du pays. Elle vivait à Béchar. Modestement, entre deux déplacements.

Du 12 au 14 mai prochain, les Journées culturelles et artistiques de la musique et de la danse Diwane se tiendront à la maison de la culture « Kadi Mohamed » de Béchar. Un hommage lui y sera rendu, deux ans jour pour jour après sa disparition. Pour ceux qui l’ont vue jouer, pieds nus sur une scène quelque part entre le Sahara et le reste du monde, l’image ne s’efface pas vraiment.

Mohand Seghir

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