Un déséquilibre économique et social au niveau mondial : le cas de l’Afrique
Par Abderrahmane Mebtoul
Professeur des universités et expert international
Selon le rapport de l’OCDE publié le 27 décembre 2025, les infrastructures peuvent être le moteur de la transformation économique de l’Afrique et peuvent l’aider à concrétiser les ambitions de l’Agenda 2063.
Le rapport 2025/2026, intitulé « Une affaire de choix : individus et perspectives à l’ère de l’IA », note un ralentissement alarmant du développement humain, avec une aggravation des inégalités entre les pays à IDH élevé et ceux à IDH faible. Le PIB au niveau mondial entre 2024/2025 est estimé à plus de 110 000 milliards de dollars, mais les USA (31 000 milliards de dollars), la Chine (21 000 milliards de dollars), l’Europe des 27 (environ 20 000 milliards de dollars) et le Japon (4 300 milliards de dollars), soit au total 76 300 milliards de dollars, représentent 69,36 % du total au niveau mondial. Certes, le PIB élevé ne garantit pas un bon IDH, car des pays très riches en PIB par habitant affichent des IDH inférieurs à ce que leur richesse laisserait attendre, en raison d’inégalités importantes ou d’investissements insuffisants dans la santé et l’éducation.
1. L’IDH a été créé en 1990 par l’économiste pakistanais Mahbub ul Haq, en s’appuyant sur les travaux du Prix Nobel d’économie Amartya Sen. Il est la mesure de référence mondiale pour évaluer le bien-être des populations au-delà du seul critère économique. En 2011, l’IDH a été ajusté selon les inégalités (IDHI), qui tient compte des disparités à l’intérieur de chaque pays. Il combine trois facteurs : la santé, l’éducation et le niveau de vie. La formule est une moyenne géométrique de trois indices : la santé, mesurée par l’espérance de vie à la naissance — en rappelant que les systèmes de santé se financent principalement par répartition (solidarité intergénérationnelle) ou par des mécanismes hybrides intégrant la capitalisation (constitution de réserves) : la répartition, fréquente dans l’assurance maladie, assure une solidarité immédiate, tandis que la capitalisation est plus rare, souvent liée à des assurances privées ou complémentaires ; l’éducation, mesurée par la durée de scolarisation attendue pour les enfants et le nombre moyen d’années de scolarisation des adultes de 25 ans et plus ; et le niveau de vie, mesuré par le revenu national brut par habitant en parité de pouvoir d’achat. L’IDH se situe entre 0 et 1. Le PNUD classe les pays en quatre catégories : développement très élevé (> 0,800), élevé (0,700-0,799), moyen (0,550-0,699) et faible (< 0,550).
Ainsi, pour le rapport 2025/2026, nous avons pour l’IDH les 20 premiers pays suivants :
| Pays | IDH |
| Islande | 0,975 |
| Norvège | 0,970 |
| Suisse | 0,970 |
| Danemark | 0,962 |
| Allemagne | 0,959 |
| Suède | 0,959 |
| Australie | 0,958 |
| Hong Kong | 0,955 |
| Pays-Bas | 0,955 |
| Belgique | 0,951 |
| Finlande | 0,950 |
| Irlande | 0,950 |
| Royaume-Uni | 0,947 |
| Nouvelle-Zélande | 0,944 |
| Canada | 0,942 |
| Autriche | 0,941 |
| Singapour | 0,939 |
| Luxembourg | 0,938 |
| Japon | 0,937 |
| Corée du Sud | 0,937 |
Nous avons des disparités par grands espaces géographiques. Ainsi, l’indice entre 2023/2024 de l’Europe-Asie centrale est de 0,816, Amérique latine et Caraïbes 0,786, Asie de l’Est-Pacifique 0,775, Asie du Sud 0,672 et Afrique subsaharienne 0,568. Les modèles nordiques (Islande, Norvège, Danemark, Suède, Finlande) occupent les premières places du fait de leurs bons systèmes de protection sociale, leurs investissements massifs dans l’éducation et leurs faibles niveaux d’inégalités. Certains pays asiatiques comme Hong Kong, Singapour, le Japon et la Corée du Sud, avec des modèles de développement très différents du modèle européen, atteignent des niveaux d’IDH comparables. Par contre, certains pays comme les USA, pourtant première puissance économique mondiale, occupent le 21e rang mondial avec un IDH de 0,927, et leur écart est encore plus marquant avec l’IDHI (IDH ajusté aux inégalités), arrivant au 31e rang en raison d’un système de santé ne couvrant pas les besoins des populations vulnérables, privilégiant le système de capitalisation et non de répartition, des inégalités de revenus élevées et une espérance de vie de 76,4 ans qui stagne, loin derrière les pays du top 20 (82-85 ans en moyenne). La France se situe au 26e rang mondial avec un IDH de 0,930, dans la catégorie « très élevé » mais hors top 20, devançant notamment l’Espagne (31e) et l’Italie (30e). L’IDH de la Chine, deuxième puissance économique mondiale, s’établit à 0,797 (selon des données de 2023/2024 rapportées début 2026), ce qui la place dans la catégorie du développement humain « élevé », se classant autour du 75e au 78e rang mondial sur 193 pays, en hausse constante par rapport aux années précédentes. La Russie se situe autour de 0,832, positionnant le pays dans la catégorie « très élevé », au 64e-65e rang mondial.
2. Qu’en est-il pour l’Afrique ?
Voici les prévisions pour les 25 économies les plus performantes (PIB nominal), qui reflète les prix et les taux de change actuels, sans ajustement pour l’inflation ou les différences de coût de la vie (Source : IMF, World Economic Outlook, avril 2026) :
| Pays | PIB (milliards USD) |
| Afrique du Sud | 479,96 |
| Égypte | 429,64 |
| Nigeria | 377,37 |
| Algérie | 317,17 |
| Maroc | 194,33 |
| Angola | 152,35 |
| Kenya | 147,26 |
| RD Congo | 123,41 |
| Éthiopie | 121,53 |
| Ghana | 118,29 |
| Côte d’Ivoire | 112,11 |
| Tanzanie | 94,89 |
| Ouganda | 73,37 |
| Sénégal | 40,47 |
| Mali | 33,85 |
| Burkina Faso | 32,51 |
| Guinée | 29,93 |
| Bénin | 27,79 |
| Tchad | 25,63 |
Les cinq derniers du continent en termes de PIB courant sont respectivement :
| Pays | PIB (milliards USD) |
| Gambie | 2,79 |
| Érythrée | 2,28 |
| Seychelles | 2,25 |
| Comores | 1,81 |
| Sao Tomé-et-Príncipe | 1,16 |
Cependant, le PIB par tête d’habitant pour les 25 pays d’Afrique donne un classement différent :
| Pays | PIB/hab. (USD) |
| Seychelles | 12 977 |
| Gabon | 9 376 |
| Botswana | 7 662 |
| Guinée équatoriale | 7 628 |
| Afrique du Sud | 6 769 |
| Algérie | 6 047 |
| Libye | 5 999 |
| Cabo Verde | 5 995 |
| Namibie | 4 862 |
| Maroc | 4 842 |
| Tunisie | 4 664 |
| Eswatini | 4 442 |
| Djibouti | 4 135 |
| Sao Tomé-et-Príncipe | 4 085 |
| Angola | 3 614 |
| Égypte | 3 379 |
| Ghana | 3 271 |
| Zimbabwe | 3 080 |
| Côte d’Ivoire | 3 000 |
| Mauritanie | 2 655 |
| Kenya | 2 558 |
| Congo | 2 404 |
| Cameroun | 1 984 |
| Sénégal | 1 936 |
Les cinq derniers pays en Afrique pour le PIB par tête d’habitant sont :
| Pays | PIB/hab. (USD) |
| Mozambique | 623 |
| Madagascar | 622 |
| République centrafricaine | 575 |
| Burundi | 478 |
| Soudan du Sud | 470 |
Autre indicateur plus fiable, le rapport 2025/2026 : top 20 des pays africains selon l’IDH du PNUD donne un autre classement, qui suit pour le top 20 en Afrique :
| Pays | IDH | Rang mondial |
| Seychelles | 0,848 | 54e |
| Maurice | 0,806 | 73e |
| Algérie | 0,763 | 96e (hausse vs 2022) |
| Égypte | 0,754 | 100e |
| Tunisie | 0,746 | 105e |
| Afrique du Sud | 0,741 | 106e |
| Gabon | 0,733 | 108e |
| Libye | 0,721 | 115e |
| Maroc | 0,710 | 120e |
| Botswana | ~0,700 | Catégorie élevé |
| Cabo Verde | 0,668 | 135e (catégorie moyen) |
| Namibie | 0,665 | 136e |
| Guinée | catégorie moyen | — |
| Ghana | ~0,628 | 140e-143e |
| Kenya | ~0,628 | Position similaire au Ghana |
| Zambie | ~0,570-0,580 | 150e-153e |
| Côte d’Ivoire | ~0,490-0,500 | 166e-169e |
| Sénégal | ~0,500-0,510 | 163e-169e |
| Bénin | ~0,510-0,520 | 162e-173e |
| Rwanda | ~0,500-0,530 | 160e |
Bien que l’IDH moyen en Afrique subsaharienne ait augmenté, le continent reste dépendant d’améliorations structurelles, les pays avec les IDH les plus faibles restant concentrés en Afrique subsaharienne, notamment le Soudan du Sud, le Tchad, le Niger, la Centrafrique et le Mali. D’une manière générale, en Afrique, loin de ses importantes potentialités, un PIB en 2025 d’environ 3 300 milliards de dollars pour une population dépassant 1,5 milliard renvoie à la question de la gouvernance. Selon le rapport de l’OCDE publié le 27 décembre 2025, les infrastructures peuvent être le moteur de la transformation économique de l’Afrique et peuvent l’aider à concrétiser les ambitions de l’Agenda 2063. En portant les investissements annuels de 83 à 155 milliards USD, l’Afrique pourrait doubler son produit intérieur brut (PIB) total d’ici à 2040. Pour y parvenir, alors que les contraintes financières sont omniprésentes, les responsables publics devraient privilégier les projets d’infrastructure qui présentent les retours sur investissement les plus élevés, favoriser la consolidation des partenariats public-privé, recueillir des données sur les investissements et mieux gérer les risques sociaux et écologiques.

