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Le Président Tebboune entame une visite en Turquie : Un partenariat qui entre dans une ère stratégique

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a foulé mercredi le tarmac de l’aéroport international Esenboga pour une visite officielle en Turquie, où il a été accueilli par son homologue Recep Tayyip Erdogan en personne. Au programme : la coprésidence de la première session du Conseil de coopération stratégique de haut niveau algéro-turc, une instance inédite qui donne désormais une architecture institutionnelle à un partenariat vieux de deux décennies.

Ce conseil n’est pas une tribune de plus. C’est le cadre que les deux pays ont choisi pour piloter ensemble, au plus haut niveau, l’ensemble de leur coopération bilatérale. Qu’il soit inauguré lors de cette visite signifie qu’Alger et Ankara ont décidé de structurer durablement ce qu’ils construisent ensemble depuis des années. Les deux présidents y évalueront les acquis enregistrés, arrêteront les priorités communes et définiront la feuille de route des années à venir.

Les fondations de cette relation remontent loin. Liées depuis 2006 par un Traité d’amitié et de coopération, l’Algérie et la Turquie ont progressivement densifié leurs liens au fil des visites et des crises régionales traversées côte à côte. En mai 2022, le président Tebboune avait effectué une visite d’État à Ankara — première du genre — marquée par la signature de plusieurs accords dans les secteurs de l’énergie, des mines, des finances, de l’industrie et des sciences. À cette occasion, l’Université d’Istanbul lui avait décerné un doctorat honoris causa en relations internationales, reconnaissance symbolique d’un engagement personnel dans le rapprochement des deux pays. Un an plus tard, en juillet 2023, une visite de travail était venue consolider l’élan économique. Du côté turc, Erdogan avait effectué une visite d’amitié en Algérie en janvier 2020, puis une visite officielle en novembre 2023, au cours de laquelle les deux dirigeants avaient réaffirmé leur volonté commune d’approfondir leur partenariat.

Cette continuité dans les échanges n’est pas anodine. Elle reflète une convergence réelle, politique et économique, que les deux capitales ont patiemment construite.

Cette visite revêt une portée politique et diplomatique significative. Elle vient réaffirmer la convergence des deux pays sur les principaux dossiers régionaux et internationaux d’intérêt commun, notamment la cause palestinienne, sur laquelle Alger et Ankara partagent des positions fermes et cohérentes en faveur des droits du peuple palestinien. Elle contribuera également à renforcer les positions communes en faveur du dialogue et des solutions pacifiques dans le règlement des conflits, au service de la sécurité et de la paix internationales, dans un contexte mondial marqué par de multiples foyers de tension.

Sur le terrain économique, la présence turque en Algérie est déjà substantielle. Le complexe sidérurgique Tosyali d’Oran, l’un des investissements industriels étrangers les plus importants jamais réalisés en Algérie, illustre mieux que tout discours la profondeur de cet ancrage. Les entreprises turques de construction sont également présentes sur plusieurs grands chantiers d’infrastructure nationaux, dans le bâtiment, le textile et l’industrie manufacturière. Ce socle existant est solide — ce qui manquait jusqu’ici, c’était précisément le mécanisme institutionnel permettant de le faire monter en gamme. Le Conseil de coopération stratégique est censé jouer ce rôle, en identifiant les secteurs à fort potentiel — énergie, agriculture, technologie, mines — et en créant les conditions d’un partenariat de nouvelle génération.

Cette visite s’inscrit dans une politique étrangère algérienne qui a fait de la diversification des partenariats son axe central. En moins de quatre ans, le président Tebboune a multiplié les accords stratégiques avec des puissances émergentes et des pays du Sud, faisant de l’Algérie un acteur de plus en plus sollicité dans les équilibres régionaux et internationaux. La création du Conseil de coopération stratégique de haut niveau algéro-turc est le signe que les deux pays ont décidé de prendre acte de cette convergence et de lui donner les moyens de produire des résultats concrets. Ce n’est plus une relation de bon voisinage diplomatique. C’est un partenariat stratégique assumé, avec des institutions pour le porter et des dirigeants qui ont choisi de l’inscrire dans la durée.

Salim Amokrane

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