Théâtre : « Factotum » sacré meilleur monodrame à Relizane
La troupe Touyour El Eulma de Sétif repart de Relizane avec le trophée le plus convoité. Samedi soir, à la clôture de la deuxième édition des Journées théâtrales du monodrame, son spectacle « Factotum » a été couronné prix du meilleur monodrame intégré. Trois jours de compétition, neuf troupes venues de sept wilayas, un seul acteur par scène — c’est la formule exigeante du monodrame, cet art de la solitude sur les planches, qui a pris ses quartiers à la Maison de la culture Mohamed Issiakhem pour la deuxième année consécutive. Le prix du meilleur rôle masculin a été partagé entre deux comédiens que tout sépare, sauf le jury : Sidi-Ahmed Fekir, pour « Un artiste d’un autre temps » de la coopérative artistique El Adjouad Nass El Fordja de Boumerdès, et Mohamed El Amine Chetah, pour « Le Complexe » de l’Association Théâtre de la jeunesse et de l’enfance de Sidi Lahcen, à Sidi Bel-Abbès. Du côté féminin, la révélation s’appelle Chorouk Belounas. La jeune comédienne a décroché le prix du meilleur rôle féminin pour son interprétation dans « Le Papillon », présenté par la troupe Almas El Fen de Tébessa. Le prix du meilleur texte théâtral est allé à Krimo Bourfasia pour « Un artiste d’un autre temps » — la même pièce qui avait déjà valu à Fekir sa récompense d’interprétation, signe d’un spectacle cohérent de bout en bout. Quant à la meilleure mise en scène, elle a été attribuée à Ahmed Hichem Ghandi pour « SDF », produit par l’association Bouderga pour le théâtre d’El Bayadh.
La manifestation s’est tenue du 7 au 9 mai sous la supervision d’un jury composé des artistes Mohamed Farimehdi, Rabie Oujaout et Lahcen Belahcen. Elle portait le nom d’Azzedine Medjoubi, figure tutélaire du théâtre algérien disparue trop tôt, dont l’hommage traverse chaque édition comme un fil conducteur. Le slogan retenu cette année — « Entre mémoire et créativité naît le théâtre » — ne sonnait pas creux dans ce contexte. Au-delà de la compétition, les journées ont proposé des ateliers de formation en écriture dramatique, jeu d’acteur, mise en scène et scénographie, ouverts aux passionnés de cet art. Des conférences académiques animées par des spécialistes et des enseignants universitaires ont complété le programme, donnant à la manifestation une dimension pédagogique assumée. C’est la direction de la Jeunesse et des Sports, en coordination avec l’association culturelle locale Jil Dahra, qui a porté cette édition. Son directeur, Ahmed Mahrouk, a résumé l’ambition du projet : encourager « les jeunes à créer dans le domaine théâtral », découvrir « de nouveaux talents », favoriser « les échanges d’expériences entre les participants venus des différentes wilayas du pays », et offrir au public « un espace de découverte et de plaisir autour de l’art dramatique ». Une formule institutionnelle, certes, mais qui recouvre une réalité concrète : dans une ville comme Relizane, ce genre de rendez-vous ne va pas de soi, et sa simple existence est déjà un résultat.
Le monodrame reste un exercice à part dans le paysage théâtral algérien. Un acteur seul, sans filet, face au public — pas de partenaire pour rattraper un blanc, pas de décor surchargé pour compenser.
M.S.

