Le conseiller de Trump salue le rôle vital d’Alger dans la stabilité de la région : L’Algérie s’impose en pivot
Washington reconnaît le rôle central d’Alger dans la gestion du dossier sahraoui et dans l’architecture sécuritaire régionale. Massad Boulos, conseiller principal du président Donald Trump pour les affaires arabes et africaines, a exprimé vendredi la gratitude américaine envers l’Algérie à l’issue d’une réunion avec l’ambassadeur algérien Sabri Boukadoum et le chargé d’affaires de l’ambassade américaine à Alger, Mark Shapiro. Les échanges ont porté sur le conflit du Sahara occidental, les investissements énergétiques et l’approfondissement d’un partenariat bilatéral que Washington qualifie désormais ouvertement de stratégique.
Dans un message publié sur la plateforme X, Massad Boulos n’a pas ménagé ses mots. « J’ai réitéré la gratitude des États-Unis envers le rôle vital et continu de l’Algérie ainsi que pour ses efforts diplomatiques visant à promouvoir la paix et la sécurité dans la région, y compris son engagement constructif en faveur d’une solution mutuellement acceptable au conflit du Sahara occidental, comme indiqué dans la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies », a-t-il écrit.
Le conseiller de Trump a qu’« il est temps de parvenir à une résolution. » Cinquante ans après le départ de l’ancienne puissance coloniale espagnole et l’occupation marocaine des territoires sahraouis, Washington semble vouloir accélérer le calendrier d’un règlement. Mais s’implique dans le dossier avec de la partialité.
Les États-Unis ont reconnu en 2020, sous le premier mandat Trump, la pseudo « marocanité » du Sahara occidental, rompant avec des décennies de neutralité formelle. Cette décision a compliqué leur capacité à se poser en médiateurs équidistants. Boulos en est conscient. Il a déclaré que la position américaine « n’était pas un énoncé fermé » et que « la porte restait ouverte au dialogue pour parvenir à une solution acceptable par les deux parties ».
Côté algérien, la doctrine reste stable et publiquement assumée. Le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf l’avait énoncée clairement en novembre dernier, au lendemain du vote sur la résolution 2797 : Alger est disposée à soutenir toute initiative de médiation, mais sous conditions strictes. La démarche doit s’inscrire dans le cadre onusien, respecter dans sa forme et dans son contenu les principes d’une solution juste, durable et définitive, et s’appuyer sur l’ensemble des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.
Le ministre Attaf a aussi tenu à rappeler que le dossier du Sahara occidental « n’a pas été clos » et « reste ouvert devant les Nations unies » — à l’Assemblée générale, au Conseil de sécurité et à la Commission de décolonisation. Une manière de signifier que l’Algérie ne négociera pas en dehors des règles du jeu qu’elle a contribué à définir.
La réunion Boulos-Boukadoum intervient dans la foulée d’un déplacement remarqué à Alger, fin avril, du numéro deux du département d’État Christopher Landau, accompagné du général Dagvin Anderson, commandant de l’AFRICOM. Boulos a qualifié cette visite de « fructueuse » et souligné qu’elle « reflétait le niveau avancé de coordination entre les deux pays ». Ce n’est pas anodin. Depuis le début du second mandat de Trump, la cadence des contacts américano-algériens s’est nettement accélérée. L’Algérie, longtemps perçue à Washington comme un partenaire discret, s’installe progressivement dans un rôle clair : celui d’interlocuteur incontournable sur les dossiers sahéliens et nord-africains.
Au-delà de la géopolitique, les discussions ont également porté sur les relations économiques. Plus de 120 entreprises américaines sont actuellement actives en Algérie, et les deux parties ont examiné « les possibilités d’accroître les investissements dans le secteur de l’énergie et d’autres secteurs prioritaires », selon Boulos. L’Algérie, troisième fournisseur de gaz naturel de l’Europe, concentre naturellement les appétits des opérateurs américains dans un contexte mondial marqué par la recomposition des chaînes d’approvisionnement énergétique. Ce volet économique n’est pas séparable du volet politique. Washington sait qu’Alger dispose de leviers réels dans la région et que son concours ne s’obtient pas sans contreparties.
Salim Amokrane

