Culture

MAMO d’Oran: Le lehaf et la melhfa au cœur d’un colloque

Le Musée public national d’art moderne et contemporain d’Oran a ouvert samedi ses portes à un colloque inédit consacré aux métiers d’art traditionnels, plaçant sous les projecteurs deux pièces maîtresses du patrimoine algérien : le lehaf, cette couverture brodée en coton ou en laine qui trône encore dans les foyers, et la melhfa, habit féminin ancestral que portent toujours des femmes dans plusieurs régions du pays. La rencontre, organisée par le MaMo en coordination avec l’association touristique Adjial El-Moustakbal, s’inscrit dans la célébration du Mois du patrimoine national, placé cette année sous le slogan « Notre patrimoine, notre civilisation ». Le lieu n’est pas anodin. C’est dans ce musée d’art moderne qu’artisans, étudiants des Beaux-arts et associations du tourisme et de la culture se retrouvent autour d’un même constat : ces savoir-faire résistent, mais ils ont besoin d’être vus. Le directeur du musée, Djamal Eddine Baraka, l’a dit sans détours à l’APS. Le colloque vise à « mettre en valeur le savoir-faire artisanal lié à la confection du lehaf et à faire connaître ce métier ancestral qui perdure malgré l’évolution des modes d’ameublement et des literies traditionnelles ». Dans la foulée, il a annoncé que le musée ambitionne de « consacrer un espace dédié à la promotion de ce patrimoine culturel à travers une approche moderne intégrant une touche artistique renouvelée et des créations innovantes ».

Ce qui se joue ici dépasse la simple exposition d’artisanat. Le lehaf n’est pas qu’une couverture. Confectionné à la main, orné de broderies géométriques, il accompagnait aussi bien les nuits ordinaires que les fêtes de mariage et les réceptions. La melhfa, elle, est un vêtement : sobre, enveloppant, identitaire. Deux objets du quotidien qui portent, cousus dans leurs fils, l’histoire de régions entières.

Mokhtar Dhabat, président d’Adjial El-Moustakbal, a insisté sur cette dimension lors de l’ouverture des travaux. La rencontre, dit-il, est « une opportunité de faire découvrir les métiers artisanaux et le savoir-faire des artisans spécialisés dans la fabrication du lehaf, considéré comme un élément incontournable de la décoration des foyers algériens ». Aux côtés de son association, trois autres structures participent aux travaux : Nassim El Bahia, Errahma pour le tourisme et Art et Culture Nour El Fadl pour la promotion de la jeune fille.

Le programme du colloque mêle le scientifique et le pratique. Des séances de dialogue et des conférences sur l’histoire du lehaf et de la melhfa alternent avec des expositions et des ateliers de tissage et de broderie ouverts aux jeunes. Une présentation réalisée à l’aide de l’intelligence artificielle a retracé l’itinéraire géographique de ces deux pièces, montrant leur diffusion dans les différentes régions d’Algérie. L’artisane Salima Miri a, pour sa part, aménagé un espace de poupées vêtues de costumes traditionnels pour documenter les différents types de melhfa — une façon de conserver la mémoire des variantes régionales avant qu’elles ne s’effacent. Fayçal Meftah, responsable de la start-up touristique et culturelle Wijhatoukom à Oran, y voit une fenêtre ouverte sur l’extérieur autant que sur soi. Cette exposition, estime-t-il, « offre une vision globale de la décoration intérieure des maisons algériennes, reflet de notre identité et de notre authenticité, tout en permettant aux touristes de découvrir ces trésors patrimoniaux inspirés de nos traditions ». Une lecture qui dit quelque chose sur l’époque : le patrimoine n’est plus seulement affaire de conservation, il devient aussi un argument touristique et économique.

Le colloque se poursuit jusqu’à lundi au MaMo d’Oran.

Mohand S.

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