Guichet unique numérique : Le pari de la dématérialisation totale de l’acte d’investir
Deux accords signés, un taux de concrétisation de 68% annoncé : la journée organisée par l’AAPI sur le guichet unique a posé les jalons d’une réforme qui vise à faire de l’administration algérienne un interlocuteur numérique, rapide et sans intermédiaires inutiles. Omar Rekkache, directeur général de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI), souligné en marge d’une journée d’information consacrée au renforcement de l’efficacité du guichet unique de l’investissement que les réformes entreprises reflète «la place qu’occupe la réforme du système d’investissement parmi les priorités de l’action du Gouvernement», dans la continuité de la vision du président Tebboune visant un climat d’investissement «sûr et attractif, fondé sur le renforcement de la confiance des opérateurs économiques et sur le rôle de l’entreprise productive comme moteur de croissance, de création de richesse et d’emplois».
Deux accords pour ancrer la réforme dans le concret
La journée n’a pas été que discursive. Deux accords ont été signés entre l’AAPI et le Haut-commissariat à la numérisation, représenté par la ministre Meriem Benmouloud. Le premier organise l’exploitation par l’Agence des ressources Cloud souveraines de l’État, hébergées au Centre national algérien des services numériques. Le second encadre la conception et le développement de la plateforme du guichet unique numérique de l’investissement, ainsi que les échanges de données entre les différentes administrations qui y participeront.
Ces deux textes n’ont pas valeur de simple protocole. Ils posent l’architecture technique d’un système qui doit, selon Rekkache, permettre à l’investisseur «d’accomplir l’ensemble de ses différentes formalités» en un seul espace numérique unifié. Le projet est en cours de développement sous la supervision du Haut-commissariat à la numérisation.
Ce qui change avec le dispositif en cours de déploiement, c’est la nature même de la présence des administrations au guichet. Rekkache a tenu à clarifier la philosophie qui sous-tend la réforme : l’activation du guichet unique et «l’octroi aux représentants des administrations de pleines prérogatives pour la délivrance des autorisations en un seul lieu» traduisent concrètement, dit-il, «la volonté politique de réformer le climat d’investissement et d’éliminer la bureaucratie ainsi que les lourdeurs administratives».
Même logique pour la présence bancaire. Les banques installées dans les guichets uniques seront soumises à un cahier des charges contraignant : il ne s’agit pas, a précisé le directeur général, «simplement d’installer un bureau d’information», mais d’assurer une représentation effective, avec des bureaux capables de recevoir des demandes de crédit et de traiter les dossiers directement via leurs comités de crédit. C’est une rupture avec la pratique actuelle, où l’investisseur recueille une information puis repart régler ses démarches ailleurs.
68% des projets en exploitation ou en voie de l’être
En marge de la journée, Rekkache a livré un indicateur inédit sur l’état réel du portefeuille de l’Agence. Parmi les projets enregistrés dont les promoteurs ont notifié à l’AAPI le taux d’avancement de leurs travaux — obligation annuelle inscrite dans la réglementation pour maintenir les avantages accordés — «68% sont actuellement en exploitation ou en phase de réalisation». Le directeur général qualifie ce chiffre de «très encourageant», et estime que la cadence de concrétisation devrait encore s’accélérer avec l’entrée en vigueur des nouvelles dispositions encadrant l’activité du guichet unique, notamment celles relatives à l’accès au foncier pour les opérateurs économiques. Ce dernier point reste, dans les faits, l’un des principaux goulets d’étranglement du parcours investisseur en Algérie. L’intégration de la question foncière dans le périmètre du guichet unique constitue donc, si elle se confirme dans l’application, l’un des changements les plus attendus par les opérateurs.
L’AAPI ne compte pas mener seule cette transformation. Rekkache a annoncé que l’Agence poursuivra ses travaux «en coordination avec les différents acteurs de l’écosystème d’investissement et en concertation avec les organisations patronales, à leur tête le Conseil du renouveau économique algérien (CREA)». L’objectif affiché est de faire du guichet unique «l’interlocuteur principal de l’investisseur» — formule qui engage autant qu’elle rassure, car elle suppose que les administrations sectorielles n’auront plus à être sollicitées en dehors de ce cadre.
La journée s’est également tenue quelques jours après la publication au journal officiel des décrets exécutifs encadrant l’activité du guichet unique. Le texte juridique est en place. La technologie est en cours de déploiement. La réforme entre maintenant dans sa phase la plus délicate : l’exécution.
Chokri Hafed

