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Le Sahara Blend flirte avec les records

Le pétrole brut algérien (Sahara Blned) a atteint 133,4 dollars le baril en avril 2026, se hissant au premier rang des cours de l’OPEP selon le rapport mensuel de l’organisation publié pour le mois de mai. Dans le même temps, la production nationale a grimpé à 982 000 barils par jour, son niveau le plus élevé depuis avril 2023. Ces deux données convergent pour dessiner un tableau inhabituellement favorable pour les hydrocarbures algériens, dans un marché mondial profondément perturbé par la fermeture du détroit d’Ormuz et les retombées du conflit au Proche-Orient.

Le bond est spectaculaire. En un seul mois, le Sahara Blend — appellation commerciale du brut algérien sur les marchés internationaux — a progressé de 29,16 dollars, passant de 104,24 dollars en mars à 133,4 dollars en avril. L’écart avec le Brent, référence mondiale, atteint désormais 4,95 dollars par baril, une prime inédite qui traduit la pression exceptionnelle pesant sur les bruts légers à faible teneur en soufre. Sur l’ensemble de l’année en cours, le prix moyen du Sahara Blend s’établit à 95,10 dollars le baril, contre 98,42 dollars pour le panier de référence de l’OPEP.

Cette performance tient moins à une évolution propre au marché algérien qu’à la désorganisation des flux pétroliers du Golfe. La fermeture du détroit d’Ormuz, voie de passage pour environ un cinquième des exportations mondiales de brut, a isolé les grands producteurs du Golfe de leurs débouchés habituels. Résultat : les acheteurs européens et asiatiques se sont reportés massivement sur les bruts accessibles par d’autres routes maritimes, dont le Sahara Blend, qui transite par la Méditerranée. L’Algérie, géographiquement à l’écart de la zone de tension, en tire un avantage concret et immédiat.

Côté production, la hausse est également notable. Avec 982 000 barils par jour en avril, la Sonatrach dépasse de 9 000 barils le niveau de mars. Ce chiffre est le plus élevé depuis trois ans, selon les données historiques compilées par la plateforme Energy Research Unit, basée à Washington. La progression s’explique en partie par la décision du groupe G7 au sein de l’OPEP+, qui rassemble l’Algérie, l’Arabie saoudite, l’Irak, le Kazakhstan, le Koweït, le sultanat d’Oman et la Russie, de lever progressivement les réductions volontaires de production adoptées ces dernières années pour soutenir les cours.

La trajectoire devrait se poursuivre. Lors de leur réunion du 3 mai, les sept pays ont entériné une hausse collective de 188 000 barils par jour pour juin. Pour l’Algérie, cela se traduit par une augmentation de 6 000 barils supplémentaires par jour, portant la production nationale attendue à 983 000 b/j en mai, puis à 989 000 b/j en juin, selon les projections du ministère des Hydrocarbures.

Le mouvement d’accélération répond aussi à la dynamique du marché. Face à la contraction brutale des volumes en provenance du Golfe, les pays membres du groupe ont choisi de relever le plafond de production à un rythme supérieur à celui initialement prévu, avec une augmentation de 206 000 barils par jour fixée pour mai avant le retrait des Émirats arabes unis de l’OPEP, puis 188 000 en juin. L’Algérie accompagne cette trajectoire tout en bénéficiant d’un contexte de prix particulièrement porteur.

Au-delà des chiffres mensuels, cette séquence illustre un repositionnement structurel des flux pétroliers mondiaux. Les perturbations en cours dans le Golfe renforcent durablement l’attractivité des bruts africains et méditerranéens à faible teneur en soufre. Le Sahara Blend, longtemps commercialisé avec une prime modeste sur le Brent, s’impose comme une alternative viable pour des raffineries européennes sous pression.

Samira Ghrib

admin

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