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Commerce: Contrôle renforcé aux frontières

Le ministère de la Santé a réuni jeudi à Alger les principaux acteurs institutionnels chargés du contrôle sanitaire à l’importation, dans le cadre d’une stratégie nationale visant à durcir les conditions d’entrée des produits sur le marché algérien. Une démarche qui s’inscrit dans un mouvement plus large de resserrement des dispositifs de régulation aux frontières, engagé depuis plusieurs mois par les pouvoirs publics.

La réunion, tenue au siège du département ministériel, a rassemblé des cadres du ministère de la Santé et du ministère du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national, aux côtés d’experts de l’Institut national de criminalistique et de criminologie (INCC) relevant de la Gendarmerie nationale, de l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA) et du Centre national de toxicologie. Un plateau technique qui dit, à lui seul, la nature du problème : le contrôle des produits importés n’est plus une question purement administrative. Il relève désormais de la sécurité sanitaire au sens strict.

Le communiqué du ministère précise que la rencontre s’est tenue « conformément aux instructions du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, visant à renforcer le système de contrôle et à protéger la santé du citoyen ». Cela traduit le degré de priorité accordé à ce dossier au plus haut niveau de l’État, dans un contexte où les signalements de produits non conformes — denrées alimentaires, médicaments, cosmétiques — ont alimenté une inquiétude croissante dans l’opinion publique et au sein des services concernés.

La réunion a d’ailleurs permis l’adoption d’une architecture de contrôle plus structurée. Selon le communiqué, les participants ont travaillé à « l’adoption d’une stratégie nationale globale et intégrée de contrôle des produits importés aux frontières, fondée sur une approche préventive basée sur la coordination multisectorielle, le renforcement des mécanismes de veille et de contrôle sanitaire, ainsi que l’unification des procédures de contrôle et d’analyse conformément aux normes nationales et internationales en vigueur, afin de garantir la protection de la santé du citoyen et de renforcer la sécurité sanitaire nationale ». En clair : il s’agit de mettre fin à l’émiettement des responsabilités entre services, source historique de failles dans la chaîne de contrôle. Chaque secteur représenté devra désormais opérer dans un cadre défini, avec des protocoles communs et des procédures d’analyse uniformisées. Le communiqué évoque « la définition des domaines d’intervention des services spécialisés relevant de chaque secteur » et l’examen « des modalités pratiques permettant l’application des procédures de contrôle sur le terrain, en vue d’assurer une plus grande efficacité dans la lutte contre tout produit susceptible de représenter un danger pour la santé du citoyen ou de porter atteinte à la sécurité du marché national ».

Avant même la réunion de coordination de jeudi, le ministère du Commerce intérieur avait déjà franchi un premier pas concret dans la modernisation du contrôle aux frontières. En novembre 2025, la ministre Amel Abdellatif a supervisé la livraison de huit laboratoires mobiles équipés des dernières technologies, affectés à huit ports à travers le pays. Ces unités, placées sous la responsabilité du Centre algérien de contrôle de la qualité et de l’emballage (CACQE), établissement relevant du ministère du Commerce intérieur, assurent désormais un service permanent de contrôle des produits importés.

Les laboratoires ont été acquis auprès de la Société algérienne de fabrication de véhicules Mercedes-Benz (SAFAV-MB), relevant du ministère de la Défense nationale, et déployés dans les ports d’Alger, Annaba, Skikda, Jijel, Béjaïa, Oran, Mostaganem et Ghazaouet.

Cette initiative semble aussi s’inscrire dans le cadre du renforcement des contrôles sur les importations. Ces derniers mois, les pouvoirs publics multiplié les mesures visant à mieux maîtriser les flux à l’import. L’enjeu est économique autant que sanitaire. Un marché mal protégé expose les consommateurs à des produits défectueux ou dangereux, mais fragilise aussi les opérateurs nationaux qui, eux, sont soumis à des normes strictes de production et de certification. La concurrence déloyale de marchandises importées hors normes constitue un problème documenté dans plusieurs filières. Le nouveau dispositif entend y répondre par la systématisation du contrôle à l’entrée plutôt que par le seul rappel de produits déjà distribués — logique curative que les autorités cherchent visiblement à dépasser.

Samir Benisid

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