Une économie de 100 millions de dollars sur les importations de cuivre
Cent millions de dollars. C’est la valeur des importations de fils et barres en cuivre que l’Algérie économise chaque année grâce à la production d’une seule usine. Installée à Sétif depuis 2012, la société égyptienne Arabian Metals a progressivement capturé une part significative du marché national des métaux non ferreux, au point de peser aujourd’hui sur la balance commerciale du pays. Sa dernière unité, ouverte en mars 2026 dans la zone industrielle de Oued Harbil, wilaya de Médéa, porte sa capacité à 32 000 tonnes annuelles de fils, tôles, alliages en cuivre, barres en laiton et accessoires de connexion.
L’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI), dont des cadres ont effectué récemment une visite de terrain à l’entreprise, a rendu compte de cette trajectoire dans une note publiée sur ses canaux officiels. Le tableau qu’elle dresse est celui d’un investisseur étranger qui n’est pas venu tester un marché, mais s’y est ancré durablement : treize ans d’activité continue, plusieurs cycles d’extension, et des projets en cours qui débordent désormais sur d’autres segments industriels.
La question de la substitution aux importations est au cœur du dossier. L’Algérie importe depuis des décennies les matières premières nécessaires à la fabrication de câbles électriques et téléphoniques, ainsi qu’aux tableaux de distribution. Arabian Metals produit localement une partie de ce que le secteur de la câblerie absorbe chaque année. Selon les données relayées par l’AAPI, cette production couvre une part substantielle des besoins nationaux en fils et barres de cuivre destinés à ces usages industriels. L’économie de devises qui en résulte, évaluée à 100 millions de dollars par an, n’est pas anecdotique dans un contexte où la maîtrise des importations de produits industriels intermédiaires reste un axe de politique économique affiché.
Le site de Oued Harbil, dont le lancement a été initié en 2024, a été conçu pour diversifier la gamme au-delà des fils cuivrés. La capacité déclarée de 32 000 tonnes annuelles intègre des produits à plus forte valeur ajoutée, dont des accessoires de connexion et des barres en laiton, matériaux qui trouvent des débouchés dans l’électrotechnique et les installations industrielles. L’unité a généré 160 emplois directs, selon les chiffres communiqués à l’occasion de la visite de l’AAPI.
Deux projets supplémentaires figurent désormais dans le pipeline de l’entreprise. Le premier porte sur la production de barres en aluminium, un créneau distinct du cuivre mais qui répond à une logique similaire : capter en amont une demande nationale qui s’adresse aujourd’hui aux fournisseurs étrangers, et ouvrir à terme des possibilités à l’export. Le second est plus éloigné du métier d’origine : Arabian Metals a obtenu une assiette foncière de 1,6 hectare à Médéa pour un projet de fabrication et d’assemblage de pièces détachées automobiles et de composants pour deux-roues. Une diversification qui signale une ambition industrielle plus large que le seul secteur des métaux non ferreux.
Ce cas illustre une dynamique que les pouvoirs publics algériens cherchent à généraliser : l’investissement direct étranger productif, c’est-à-dire celui qui substitue une fabrication locale à une importation, plutôt que celui qui se contente de distribuer des produits assemblés ailleurs. L’AAPI, dont la mission est précisément d’accompagner et de suivre les projets d’investissement, présente Arabian Metals comme un exemple du lien entre succès d’un premier projet et décision d’extension. La logique est simple : un investisseur qui a rentabilisé son implantation initiale a des raisons concrètes de rester et de grossir, à condition que l’environnement réglementaire et foncier le permette. La disponibilité de terrains industriels à Médéa, citée implicitement dans la note de l’AAPI, semble avoir joué en ce sens.
Sabrina Aziouez

