Collecte des peaux des moutons du sacrifice : Getex déploie une application numérique et 600 agents
Le compte à rebours a commencé. Avant même que le premier mouton soit sacrifié, le groupe public textile et cuir Getex a déjà quadrillé le territoire : 27 sites de stockage dans 17 wilayas, 73 points de réception, 30 centres d’enfouissement technique, et quelque 600 travailleurs mobilisés sur les trois jours de l’Aïd El Adha. Cette année, le dispositif intègre une nouveauté : une application numérique de suivi en temps réel, développée en interne, pour piloter l’opération depuis le terrain jusqu’aux entrepôts. C’est ce qu’a annoncé le PDG du groupe, Toufik Berkani, dans un entretien accordé à l’APS mercredi.
La campagne nationale de collecte des peaux de moutons de sacrifice est l’une de ces opérations qui reviennent chaque année avec leurs chiffres, leurs appels au civisme et leurs résultats mitigés. La peau du mouton, laissée à l’abandon ou mal conservée, finit souvent à la décharge plutôt qu’à la tannerie. L’enjeu est pourtant industriel : correctement traitée, cette matière première alimente la filière cuir nationale, réduit les importations de peaux brutes et génère de la valeur là où il n’y avait que du déchet. Cette année, Getex semble avoir décidé de prendre le problème à bras-le-corps, avec des moyens à la hauteur de l’ambition. Le volet numérique est la principale nouveauté de cette édition. La direction des systèmes d’information du groupe a développé une application interne permettant, selon Berkani, «de suivre l’opération sur le terrain», avec un suivi en temps réel des sites de stockage au niveau des unités de Getex et des centres d’enfouissement technique. Une seconde plateforme, destinée cette fois au grand public, est «en cours de finalisation» et sera accessible via un code QR. L’idée est de permettre aux citoyens de localiser les points de collecte les plus proches, d’améliorer la fluidité de l’information et de renforcer «la coordination entre les différents intervenants». En clair : moins d’improvisation, moins de peaux perdues faute d’information. La capacité de stockage mobilisée cette année avoisine 1,2 million d’unités de peaux. C’est le volume brut théorique ; le défi réel est d’en convertir le maximum en matière exploitable industriellement. Car la qualité de la peau dépend directement des gestes effectués dans les heures qui suivent l’abattage : le salage, le séchage, la manipulation. Des erreurs à ce stade rendent la peau inutilisable, quelle que soit la sophistication du dispositif de collecte en aval. C’est pourquoi Getex a mis en place un volet formation : 270 encadreurs ont suivi des sessions sur «les techniques de tri et de conservation», selon le communiqué du groupe. Une campagne médiatique accompagne le dispositif, avec diffusion de vidéos explicatives sur les méthodes de conservation. Le ministère de l’Industrie, qui a officiellement lancé la campagne samedi dernier, a de son côté rappelé que le citoyen «est appelé à préserver la peau du mouton sacrifié, à la saler et à la sécher correctement, puis à la la remettre aux points de collecte dédiés».
Pour garantir que ce message ne reste pas lettre morte, les quantités de sel nécessaires aux opérations de conservation ont été préparées à l’avance et seront distribuées aux directions de l’industrie au niveau national, afin d’être mises à disposition des centres d’enfouissement technique et des associations de quartiers. Ce détail logistique, qui peut sembler anodin, est en réalité un point de blocage récurrent : des peaux non salées à temps se dégradent irrémédiablement en quelques heures, surtout par temps chaud.
Le bilan de l’édition 2025 est présenté comme un encouragement. Berkani le qualifie de «positif», avec des résultats «encourageants aussi bien en termes de quantités collectées que du taux de peaux exploitables industriellement». Des chiffres précis n’ont pas été communiqués, mais la tonalité tranche avec les bilans plus nuancés des années précédentes, où le gaspillage restait massif.
La filière cuir reste sous-développée par rapport au potentiel que représente le cheptel national. L’Algérie abat plusieurs millions de moutons chaque Aïd, ce qui constitue un gisement de matière première considérable. Une partie seulement est récupérée et traitée dans les conditions requises. Le reste disparaît dans des circuits informels, part à la décharge ou finit dégradé. Organiser industriellement cette collecte, c’est transformer un déchet récurrent en ressource économique régulière — et réduire d’autant la dépendance aux importations de cuirs et peaux travaillées.
Lyna Larbi

