La ministre de la Culture répond à l’agression marocaine contre le pavillon algérien à l’UNESCO : Le reflet « d’un vide culturel »
Après l’agression du pavillon algérien à la Semaine de l’Afrique, la ministre de la Culture et de Arts sort de sa réserve.
Ce n’est pas un communiqué de protestation qu’a choisi Malika Bendouda pour répondre à l’agression du pavillon algérien à l’UNESCO. C’est une citation de Hannah Arendt. Mercredi 20 mai 2026, en pleine Semaine de l’Afrique organisée au siège de l’organisation à Paris, des ressortissants marocains s’en sont pris aux exposants présents sur le stand algérien. Le lendemain, la ministre de la Culture et des Arts prenait la plume — ou plutôt le clavier — pour répondre. Et le ton était choisi.
Sur son compte Facebook personnel, Malika Bendouda n’a pas cédé à la rhétorique du communiqué. Elle a opté pour quelque chose de plus tranchant. « Cette tentative désespérée visant notre pavillon lors de la Semaine de l’Afrique à l’UNESCO est un mal qu’il faut comprendre… Elle ne reflète qu’un vide culturel chez ses auteurs », a-t-elle écrit, avant de citer la philosophe et politologue américaine Hannah Arendt : « Il faut comprendre le mal pour ne pas en être affecté. » Le choix de la référence n’est pas anodin. Arendt, connue notamment pour son analyse de la banalité du mal, est convoquée ici non pas pour dramatiser l’incident, mais pour le relativiser et le mettre à distance. Une manière de signifier que l’agression ne mérite pas qu’on s’y abaisse, tout en affirmant qu’on la voit, qu’on la nomme et qu’on la comprend pour ce qu’elle est.
La ministre a tenu à rassurer quant aux conséquences de cet acte : « Cette agression n’aura aucun effet sur nous ni sur la place de notre patrimoine classé au niveau mondial. » Puis elle a rendu hommage aux artisans et exposants présents ce jour-là, qu’elle a qualifiés d’« ambassadeurs des composantes algériennes sans pareil, représentants de la profondeur de notre civilisation et de la prestance de la patrie sur la scène internationale ». Avant de conclure sur une formule qui résume sa ligne : « Notre patrimoine est une souveraineté culturelle inviolable ; nous le protégeons par des voies diplomatiques et juridiques, en brandissant l’emblème de la créativité et de l’excellence dans toutes les instances. »
L’ambassade d’Algérie hausse le ton
Sur le plan diplomatique, la réaction a été tout aussi ferme. L’ambassade d’Algérie en France a publié un communiqué dans lequel elle condamne « avec la plus grande fermeté » l’agression « vile » perpétrée le 20 mai contre le stand algérien. La représentation diplomatique a exprimé son soutien « indéfectible » aux exposants, « engagés pour la protection et la promotion du patrimoine national, riche et séculaire, dans l’esprit des valeurs de partage, de dialogue et de tolérance portées par l’UNESCO ». Le communiqué va plus loin. Il ne se contente pas de condamner l’incident isolé : il l’inscrit dans un contexte de « multiplication d’attaques, de harcèlement et d’actes de violence contre des exposants algériens lors d’événements organisés en France ». Et l’ambassade de prévenir qu’elle « ne manquera pas d’entreprendre toutes les démarches nécessaires pour protéger ses ressortissants et faire en sorte que les auteurs et les commanditaires de ces agissements injustifiés et inacceptables ne restent pas impunis ».
L’identité algérienne protégée « par ses enfants avant tout »
De son côté, le ministère de la Culture et des Arts a publié une déclaration officielle dans laquelle il dit suivre les événements « avec la plus grande indignation et un rejet catégorique ». Le texte qualifie l’incident d’« acte irresponsable, étranger aux valeurs de dialogue et de rapprochement que prônent les instances onusiennes ».
Mais le ministère ne s’arrête pas à la condamnation. Il prend soin de contextualiser l’incident dans le bilan récent de la diplomatie culturelle algérienne. Ces « tentatives désespérées de brouiller la présence culturelle algérienne », indique-t-il, « reflètent clairement l’impuissance face aux victoires successives remportées par l’Algérie dans l’inscription de son patrimoine matériel et immatériel ». La référence est explicite : parmi ces victoires, le ministère cite la récente validation officielle du dossier de révision du « costume de l’Est algérien » — le caftan, le qat et le lhaf — auprès de l’UNESCO.
Sur le plan opérationnel, le ministère indique qu’il apporte « un soutien total à toutes les procédures juridiques et administratives engagées par l’ambassade d’Algérie en France ». Et il tient à signaler que le pavillon algérien a continué à fonctionner normalement jusqu’à la clôture de la manifestation, le 22 mai. « La réponse véritable viendra par l’excellence et la créativité, sur le terrain et dans l’espace numérique », conclut le texte.
Le pavillon algérien à la Semaine de l’Afrique de l’UNESCO n’est pas un simple stand d’exposition : c’est l’une des vitrines les plus visibles de la politique culturelle extérieure de l’Algérie, un espace où artisans, créateurs et représentants du patrimoine immatériel incarnent, devant un public international, la profondeur et la diversité d’une identité que le pays revendique avec une intensité croissante sur la scène mondiale.
C’est peut-être pour cela que Bendouda a choisi Arendt plutôt qu’un juriste. Parce que la réponse qu’elle voulait donner n’était pas procédurale. Elle était culturelle. Et dans ce registre-là, l’Algérie estime n’avoir rien à prouver — et tout à défendre.
Mohand Seghir

