Culture

L’Opéra d’Alger rend hommage à Warda : Une nuit pour l’éternité

Vendredi soir à l’Opéra d’Alger, la voix de Warda El-Jazayria a de nouveau rempli la salle. Quatorze ans après sa mort, survenue le 17 mai 2012, la diva de la chanson arabe était partout : dans les mélodies reprises par quatre jeunes voix venues de Jordanie, de Tunisie et d’Algérie, dans les photos inédites accrochées aux cimaises, dans les objets rares exposés comme des reliques, et dans les mains de son fils Reyad Kesri, qui dédicaçait ce soir-là son livre consacré à sa mère. Une soirée de clôture pour les « Nuits de Warda El-Jazayria », une semaine entière dédiée à celle que l’Algérie n’a jamais tout à fait laissée partir.

Tout avait commencé le 17 mai, jour anniversaire de sa disparition. La ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, avait placé l’événement sous son patronage, signe que cet hommage n’était pas une initiative spontanée mais un acte culturel assumé, porté par l’État. Pendant six jours, les « Nuits de Warda El-Jazayria » ont occupé l’espace : expositions de collections rares, souvenirs de scène, photographies inédites, le tout organisé en partenariat avec le Centre national de documentation de l’image et des médias. Une manière de dire que la mémoire de Warda ne se garde pas seulement dans les oreilles, mais aussi dans les archives, les images, les objets qui ont traversé une carrière de plus de cinquante ans.

Le concert de vendredi soir était le point d’orgue de cette semaine. Malika Bendouda était présente, aux côtés du ministre de la Communication, Zoheir Bouamama, et de la ministre de la Formation et de l’Enseignement professionnels, Nassima Arhab. Le public, nombreux, avait répondu à l’invitation. Dans la solennité du Boualem-Bessaïh, la fête prenait des allures de recueillement.

Quatre voix pour une légende

Sur scène, quatre interprètes se sont partagé l’héritage. Zain Awad, venu de Jordanie, et Asma Ben Ahmed, Tunisienne, ont apporté la dimension maghrébine et arabe que réclamait l’hommage — car Warda n’appartenait pas qu’à l’Algérie, même si l’Algérie la revendique dans son nom même. À leurs côtés, deux lauréats de la dernière édition d’Alhan Wa Chabab, Chaima Maalem et Sabri Azzeddine, représentaient la relève, ces jeunes voix à qui l’on confie désormais les classiques, comme on confie un flambeau. Le répertoire de Warda est immense : plus de 300 chansons, qui vont du classique oriental à la romance en passant par les hymnes patriotiques. Elle était née en France, à Puteaux, d’un père libanais et d’une mère algérienne, avait chanté pour Nasser, s’était installée au Caire, puis était revenue en Algérie en 1972, année où elle avait épousé le compositeur algérien Blaoui Houari. Sa voix traversait les frontières, les régimes, les guerres et les générations. Ce que les quatre interprètes de vendredi avaient à restituer, c’était moins un répertoire qu’une présence.

Avant et après le spectacle, Reyad Kesri, fils de la chanteuse, tenait une table de dédicaces. Son livre, « La voix, le sang et la vie — Fragments d’une présence : Warda El-Jazayria », vient de paraître aux Éditions Dalimen. Le titre dit à peu près tout : ce n’est pas une biographie classique, c’est un témoignage intime, fragmentaire, écrit de l’intérieur d’une vie passée dans l’ombre d’une voix extraordinaire. Plusieurs spectateurs ont confié, en sortant, que le livre leur semblait taillé pour le grand écran — que le parcours de Warda, ses exils, ses retours, ses amours, sa voix qui a traversé un demi-siècle de monde arabe en ébullition, méritait un long métrage. L’idée n’est pas absurde. Elle a même quelque chose d’évident.

Warda El-Jazayria est morte au Caire le 17 mai 2012, à 72 ans. Elle avait passé sa vie à chanter des pays qui changeaient autour d’elle sans qu’elle change vraiment. Vendredi soir à Alger, dans une salle comble, on a eu le sentiment que cette voix-là n’avait pas fini de résonner.

Mohand S.

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