Projet phosphate intégré : Un géant industriel qui prend forme
La compagnie italienne Saipem a été retenue pour assurer les études d’ingénierie du mégaprojet de phosphate intégré de l’Est algérien, un vaste complexe industriel estimé à près de 7 milliards de dollars, appelé à valoriser les importantes réserves phosphatières nationales.
Au cœur de la stratégie nationale de valorisation des ressources minières, le projet de phosphate intégré constitue l’un des plus importants investissements industriels jamais engagés en Algérie. Doté d’un investissement estimé à près de 7 milliards de dollars, il ambitionne de faire du pays l’un des principaux producteurs mondiaux d’engrais et de renforcer durablement sa diversification économique hors hydrocarbures. Réparti sur plusieurs wilayas de l’Est du pays, il couvre l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis l’extraction du minerai jusqu’à la fabrication d’engrais destinés aussi bien au marché national qu’à l’exportation. Le gisement de Bled El Hadba, dans la wilaya de Tébessa, ainsi que le site minier de Djebel El Onk, formeront le premier maillon du dispositif avec l’extraction et l’exploitation du phosphate. La transformation chimique du minerai sera assurée à Oued Kebrit, dans la wilaya de Souk-Ahras, tandis qu’une importante unité de fabrication d’engrais verra le jour à Hadjar Essoud, dans la wilaya de Skikda. La wilaya d’Annaba jouera un rôle central dans le volet logistique grâce à ses installations portuaires destinées à l’exportation des produits finis vers les marchés internationaux.
Saipem signe son retour dans les grands projets algériens
La relance du partenariat avec Saipem marque également un tournant important sur le plan juridique et économique. La société italienne a officiellement retrouvé sa place dans les grands projets structurants du pays. L’information a été confirmée dans le rapport financier 2025 de l’entreprise, publié en avril 2026. Le document révèle que Saipem a été chargée de réaliser l’ingénierie d’avant-projet détaillée (FEED), phase essentielle permettant de définir avec précision les choix techniques, industriels et économiques avant le lancement des travaux de réalisation. Cette mission stratégique consiste à élaborer les plans détaillés des différentes installations industrielles, minières et logistiques qui composeront le complexe. Pour les observateurs, cette désignation traduit la volonté des autorités algériennes de s’appuyer sur l’expertise internationale afin de garantir la réussite d’un projet considéré comme un levier majeur de développement économique.
Au-delà des infrastructures de production, le projet prévoit un vaste programme d’accompagnement logistique. Celui-ci comprend notamment la modernisation des installations portuaires d’Annaba afin d’accroître les capacités d’exportation, ainsi que la réalisation et le renforcement de liaisons ferroviaires reliant les sites miniers et industriels au réseau national. Cette intégration logistique vise à réduire les coûts de transport, améliorer la compétitivité des produits algériens sur les marchés internationaux et assurer une fluidité optimale entre les différentes plateformes de production. Les projections officielles tablent sur une capacité annuelle de 10 millions de tonnes de phosphate brut, destinées à alimenter les unités de transformation chimique. À terme, les installations devraient produire près de 6 millions de tonnes d’engrais par an, sous diverses formes, pour répondre à la demande croissante des marchés agricoles et industriels à travers le monde.
Un projet au cœur de la diversification économique
Pour les pouvoirs publics, ce mégaprojet dépasse largement le cadre du secteur minier. Il s’inscrit dans une vision de transformation structurelle de l’économie nationale fondée sur la valorisation locale des ressources naturelles, la création de valeur ajoutée et le développement des exportations hors hydrocarbures. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a d’ailleurs récemment réaffirmé l’importance stratégique de cette opération, annonçant que l’usine de production d’acide phosphorique devrait entrer en service vers la fin de l’année 2026 ou au début de 2027. Une fois achevé, le complexe de phosphate intégré devrait générer des milliers d’emplois directs et indirects dans les wilayas concernées, tout en positionnant l’Algérie parmi les acteurs majeurs du marché mondial des fertilisants, un secteur devenu crucial pour la sécurité alimentaire mondiale. Avec le retour de Saipem aux commandes de l’ingénierie et l’accélération des différentes phases préparatoires, le projet de phosphate intégré entre désormais dans sa phase concrète. Plus qu’un simple investissement industriel, il incarne l’ambition de l’Algérie de transformer ses richesses minières en un puissant moteur de croissance, de création d’emplois et de rayonnement économique à l’échelle internationale.
Sofia Chahine

