Journée de l’Afrique : Les axes du soft power algérien
À l’occasion de la Journée mondiale de l’Afrique célébrée ce 25 mai, Selma Malika Haddadi, vice-présidente de la Commission de l’Union africaine, a livré à l’APS une déclaration qui dépasse le simple exercice commémoratif. Le tableau qu’elle dresse de l’engagement algérien sur le continent est celui d’un retour assumé, construit sur plusieurs années de reconquête diplomatique. Haddadi pose d’emblée le contexte. Cette journée revêt une importance particulière au moment où le continent « traverse une conjoncture délicate et exceptionnelle sur les plans politique, économique, sécuritaire et humanitaire ». Entre les coups d’État au Sahel, les crises humanitaires à l’Est et les pressions économiques extérieures, l’Afrique de 2026 n’est pas en paix avec elle-même. Mais la vice-présidente de la Commission de l’UA refuse le pessimisme : elle se dit convaincue que « l’Afrique, qui s’est affranchie de décennies de colonialisme et d’asservissement, est de nouveau capable de relever le défi grâce à l’esprit de solidarité et d’unité entre ses peuples ».
Sécurité et médiation
C’est sur les dossiers de paix et de sécurité que l’argumentaire de Haddadi est le plus nourri. Elle décrit une Algérie qui joue « un rôle de premier plan dans les questions de consolidation de la paix et de la sécurité sur le continent, en favorisant les solutions politiques pacifiques aux différentes crises africaines, en promouvant les efforts de médiation et en rejetant les interventions étrangères ». Le mandat de membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU est cité comme une étape supplémentaire dans cette trajectoire. Haddadi relève que l’Algérie « poursuit ses efforts colossaux dans les fora internationaux pour faire entendre la voix de l’Afrique ».
Elle s’arrête également sur la présidence algérienne du Forum des chefs d’État du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs pour la période 2024-2026, et sur la reconnaissance exprimée lors du dernier Sommet de l’UA au président Tebboune pour son engagement dans la criminalisation de la colonisation. La Conférence internationale sur les crimes coloniaux en Afrique, organisée à Alger, est présentée comme l’illustration concrète d’une diplomatie de la mémoire assumée.
L’économie et les infrastructures comme levier d’influence
L’engagement n’est pas seulement diplomatique. Sur le plan économique, Haddadi rappelle que l’Algérie a soutenu « dès le début » la création de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), et qu’elle contribue « au financement de différents projets de développement dans nombre de pays africains, dans l’objectif de promouvoir le développement durable et de consacrer le principe d’appropriation des capacités et ressources africaines ». Elle cite des projets tangibles — la route transsaharienne, l’interconnexion énergétique entre pays du continent — comme autant de « projets stratégiques reliant l’Algérie à la profondeur africaine ». Ces chantiers, combinés à l’organisation de plusieurs événements économiques d’envergure, font selon elle de l’Algérie « une plateforme d’avenir pour diverses initiatives », ancrant sa position sur la scène régionale et internationale.
Sur le volet éducatif, moins médiatique mais structurant, Haddadi souligne que l’Algérie « n’a ménagé aucun effort pour offrir toutes les facilités nécessaires aux étudiants du continent, notamment à travers l’octroi de bourses d’études », et que les universités algériennes accueillent « chaque année des milliers d’étudiants africains ». C’est le versant discret d’une politique d’influence qui mise sur le temps long.
Elle évoque une « transformation diplomatique de qualité » des dernières années, qui aurait permis à l’Algérie de « retrouver sa place privilégiée comme acteur central au sein du continent africain, grâce à la vision stratégique reposant sur le renforcement de la profondeur africaine, l’ancrage du principe de coopération sud-sud et la promotion de l’histoire de solidarité enracinée envers les peuples du continent ». Ce retour, Haddadi le résume en une vision : celle d’une Algérie « force de proposition et de médiation fiable œuvrant pour le développement et la stabilité dans le continent ».
Hocine Fadheli

