Liban : La guerre continue, l’occupation élargit son offensive
Le 17 avril 2026, une trêve était annoncée au sud du Liban. Sept semaines plus tard, les frappes israéliennes s’y succèdent sans relâche. Dimanche, un raid aérien a touché les abords de l’hôpital Hiram à Tyr, blessant 13 membres du personnel soignant. Le ministère libanais de la Santé a confirmé l’attaque dans un communiqué, dénonçant «d’importants dégâts» et appelant «la communauté internationale à mettre un terme à l’escalade et à l’extension des attaques israéliennes». Cet incident n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une série que les Nations unies ont commencé à quantifier, avec des chiffres qui donnent une idée de ce que «trêve» veut dire dans la pratique. Depuis l’annonce du cessez-le-feu, le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) a recensé 36 attaques contre des professionnels de santé, faisant 27 morts et 80 blessés. Si l’on remonte au 2 mars, date à partir de laquelle l’agence onusienne a consolidé ses données, le bilan atteint 182 attaques contre les services de santé, 125 morts et 311 blessés parmi le personnel médical. Dans son dernier rapport publié samedi, l’OCHA signale que trois incidents touchant les services de santé ont encore été enregistrés entre le 25 et le 29 mai, faisant un mort et trois blessés supplémentaires. L’agence a qualifié la situation de «nombre effroyable de morts et de blessés».
Pendant ce temps, l’armée d’occupation israélienne avance. Dimanche, elle a annoncé avoir franchi le fleuve Litani et étendu ses opérations «à d’autres zones» du sud du Liban, avec pour objectif affiché d’«éliminer les menaces directes» pesant sur le nord de la Galilée et d’«étendre la ligne de défense avancée». Cette progression au-delà du Litani constitue une rupture géographique significative : le fleuve marque depuis l’accord de cessez-le-feu de 2006 la limite de retrait implicite fixée par la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU.
Le premier ministre libanais Nawaf Salam a répondu à cette escalade depuis Beyrouth. Dans un discours télévisé samedi, il a jugé que la «politique de la terre brûlée et de punition collective» menée par Israël «ne lui apportera ni la sécurité ni la stabilité». La France a demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, estimant qu’Israël a «commis une faute majeure» en avançant sur le territoire libanais. Depuis le début des hostilités, les frappes israéliennes au Liban ont tué 3 371 personnes et provoqué le déplacement de plus d’un million de civils selon les autorités libanaises. Plus de 127 000 d’entre eux vivent encore dans 631 abris collectifs, principalement à Beyrouth et dans le Mont-Liban. Les gouvernorats du sud, frappés en priorité, peinent à accueillir ceux qui n’ont pas pu fuir. L’OCHA note une «tendance à la hausse claire et soutenue» des chiffres de déplacement, avec des capacités d’intervention humanitaire qui se heurtent à «de graves contraintes». À cela s’ajoute une pression financière croissante. L’appel d’urgence 2026 pour le Liban n’a réuni que 185,9 millions de dollars sur les 308,3 millions nécessaires — soit à peine plus de 60 % du minimum requis. Les acteurs humanitaires opèrent donc dans un contexte de sous-financement structurel, face à une crise qui s’aggrave de semaine en semaine.
L.S.

