Conflit au Moyen-Orient : Téhéran pose ses conditions, Washington affiche son optimisme
Alors que les négociations entre l’Iran et les États-Unis se poursuivent dans un climat de méfiance persistante, Téhéran a réaffirmé dimanche qu’aucun accord ne sera accepté sans garanties concrètes sur les droits iraniens, pendant que Washington se montre plus optimiste que jamais sur l’issue des discussions. C’est Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien et négociateur en chef, qui a fixé la ligne dimanche dans une vidéo diffusée par la télévision d’État. « Nous n’approuverons aucun accord tant que nous n’aurons pas la certitude que les droits du peuple iranien ont été pleinement garantis », a-t-il déclaré, ajoutant que Téhéran ne croyait « ni aux paroles ni aux promesses » de la partie américaine. La formulation est ferme, mais elle n’est pas nouvelle : depuis le début de ces négociations laborieuses, la République islamique a systématiquement insisté sur la nécessité de résultats tangibles avant tout engagement de sa part. « Notre seul critère est d’obtenir des résultats concrets avant de remplir nos engagements en contrepartie », a précisé Ghalibaf, cité par l’agence Fars. Il venait de prêter serment pour un nouveau mandat à la tête du Parlement, et ce discours s’adressait autant à son auditoire intérieur qu’à la table des négociations.
Du côté américain, le ton est différent. Donald Trump a affirmé, dans une interview enregistrée en début de semaine et diffusée samedi sur Fox News, avoir reçu de Téhéran l’engagement de ne pas se doter de l’arme nucléaire, que ce soit en la fabriquant ou en l’achetant. Cette déclaration, faite dans un format peu conventionnel pour un sujet aussi sensible, puisqu’il s’agissait d’un entretien avec sa belle-fille Lara Trump, n’a pas été confirmée de source iranienne. Elle illustre néanmoins l’écart qui subsiste entre les deux capitales sur la façon de raconter ces tractations.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a appelé les deux parties à « tout faire pour trouver un accord, car la situation est insoutenable », tout en mettant en garde contre des déclarations qui ne seraient pas suivies d’effets. Paris n’est pas seul à surveiller : Ankara aussi. Le chef de la diplomatie turque, Hakan Fidan, a estimé samedi dans les colonnes du quotidien japonais Nikkei qu’un accord était « plus proche que jamais ». Il a surtout insisté sur une question que beaucoup ont tendance à mettre au second plan : la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Pour Fidan, le règlement de ce dossier est « prioritaire par rapport aux dossiers nucléaires », compte tenu de « l’impact international immense » que représente un verrouillage de ce passage stratégique par lequel transite une part substantielle du commerce maritime mondial.
Sur ce point précis, la marine des Gardiens de la Révolution a livré ses propres chiffres dimanche. Vingt-huit navires, dont des pétroliers, des porte-conteneurs et d’autres bâtiments commerciaux, ont franchi le détroit d’Ormuz au cours des dernières vingt-quatre heures « après avoir obtenu une autorisation », selon un communiqué relayé par l’agence Fars. Les pasdarans précisent que ces mouvements se sont effectués « en coordination » avec leur marine, et que « le contrôle intelligent du détroit est effectué de manière continue, avec fermeté et autorité ».
Lyes S.

